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17/09/2018 16:50 EDT | Actualisé 17/09/2018 17:19 EDT

Penser le système de santé autrement pourrait changer la donne

Il est temps de nous ouvrir à de nouveaux partenaires en santé et d’imaginer de nouvelles structures où les trajectoires de soin ne seront plus interrompues.

Donner accès à un médecin ou une IPS en moins de 36 heures ou jusqu’à 21h, 7 jours sur 7? Pourquoi pas? Sauf que les données probantes, elles, recommandent plutôt la prise en charge par des équipes multidisciplinaires et non des soignants solos.
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Donner accès à un médecin ou une IPS en moins de 36 heures ou jusqu’à 21h, 7 jours sur 7? Pourquoi pas? Sauf que les données probantes, elles, recommandent plutôt la prise en charge par des équipes multidisciplinaires et non des soignants solos.

Depuis le début de la campagne électorale, les sondages se suivent et se ressemblent: la santé est le sujet qui intéresse le plus les électeurs. Alors pourquoi, le débat ne lève-t-il pas? Pourquoi les citoyens se contentent-ils de promesses qui ne changeront rien?

Annoncer la construction d'un hôpital ou la rénovation d'un autre, c'est encore se baser sur un système hospitalocentré. Des super cliniques, en veux-tu, en voilà: très bien. Mais tant qu'elles n'auront pas une approche et un financement attaché à une prise en charge populationnelle, elles n'amélioreront pas la santé des Québécois.

Rétablir la gratuité de la procréation assistée? Climatiser tous les établissements de santé? Transformer les CHLSD en maison des aînés? Peut-être de bonnes idées. Mais est-ce une priorité par rapport à la couverture des soins dentaires jusqu'à 18 ans ou le remboursement des visites chez le psychologue? Donner accès à un médecin ou une IPS en moins de 36 heures ou jusqu'à 21h, 7 jours sur 7? Pourquoi pas?

Sauf que les données probantes, elles, recommandent plutôt la prise en charge par des équipes multidisciplinaires et non des soignants solos. Et l'on pourrait continuer sur des pages et des pages.

Ces promesses veulent répondre à de vraies problématiques, mais ne s'attaquent jamais à leur cause: un système dans lequel on n'arrive plus à innover.

Ces promesses veulent répondre à de vraies problématiques, mais ne s'attaquent jamais à leur cause: un système dans lequel on n'arrive plus à innover et où les projets pilotes se succèdent sans jamais prendre leur essor que ce soit faute de financement récurrent ou d'une implantation à la grandeur du Québec.

Résultat, les médecins ont beau faire de la médecine de haute voltige et les équipes médicales donner d'excellents soins, le patient se retrouve trop souvent comme une bille dans une machine à boules, soumis à une trajectoire de soins aléatoire où personne ne coordonne son épisode de soin.

Dans notre quotidien, nous rencontrons de plus en plus d'exemples de nouvelles pratiques comme des cliniques virtuelles ou des téléconsultations.

Pourtant, je vois tous les jours des médecins qui innovent. Dans notre quotidien, nous rencontrons de plus en plus d'exemples de nouvelles pratiques comme des cliniques virtuelles ou des téléconsultations.

Un système de santé basé sur nos besoins

Il existe aussi des modèles sur lesquels s'appuyer pour donner les soins autrement. La littérature scientifique vante, par exemple, des systèmes comme le Kaiser Permanente, un consortium américain de soins intégrés qui dessert une population de plus de 11 millions de personnes. Il est considéré comme un des meilleurs en matière de qualité et de sécurité des soins aux États-Unis, en plus d'être l'un des plus performants. Les organismes d'évaluation internationaux le présentent aussi comme un des meilleurs systèmes de santé.

Les professionnels de la santé, constitués en équipe de soins, auraient une responsabilité collective des résultats et de la trajectoire de soins et services des patients.

Dans un modèle de ce type, le réseau public serait capable de s'associer avec des groupes médicaux et d'autres partenaires pour leur attribuer le financement nécessaire à la prise en charge de leur population d'un territoire donné et la couverture des soins pourrait continuer d'être financée par l'État.

Le Québec y gagnerait un système basé sur une approche populationnelle, où l'on met l'accent sur la promotion de la santé et la prévention des maladies. Les professionnels de la santé, constitués en équipe de soins, auraient une responsabilité collective des résultats et de la trajectoire de soins et services des patients. Ces derniers, comme leurs proches et la communauté, seraient enfin incités à se responsabiliser face à leur santé. Ce sont en effet les principes directeurs qui encadrent les actions cliniques et de gestion du modèle Kaiser.

Si nous voulons avancer, il est temps de nous ouvrir à de nouveaux partenaires en santé, d'imaginer de nouvelles structures dans lesquelles tout le monde pourra travailler ensemble et où les trajectoires de soin ne seront plus interrompues. Bref, une vision de la santé. Peut-on rêver à un projet de société en santé pour le Québec?

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