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07/02/2016 09:25 EST | Actualisé 07/02/2017 05:12 EST

Le français à Montréal: une responsabilité collective

Il faut arrêter de blâmer les personnes immigrantes concernant la francisation ou leur volonté d'apprendre l'anglais. La société d'accueil est aussi engagée dans le recul du français.

La responsabilité de la société d'accueil est aussi engagée dans le recul du français à Montréal, qui est un problème systémique. Il faut également arrêter de blâmer les personnes immigrantes concernant la francisation ou leur volonté d'apprendre l'anglais.

Les nouveaux arrivants issus même de pays francophones et francophiles deviennent de plus en plus convaincus de la force d'attraction de l'anglais. Les immigrants africains et maghrébins d'expression française constatent, sur le terrain de l'employabilité, qu'il est plus facile de se trouver un emploi en parlant anglais.

Aussi, des immigrants allophones, à qui on demande d'aller étudier le français, n'arrivent pas à s'intégrer sur le marché du travail québécois parce qu'on exige qu'ils parlent anglais, et ce, sans que ce soit relié à un domaine ou à un territoire d'emploi nécessitant une maîtrise de l'anglais. Ce qui pose un réel problème.

Cette situation dramatique demande un leadership très fort de la part de tous les gouvernements, leadership qui devra être maintenu par le nouveau gouvernement libéral si le Québec entend conserver son caractère unique en Amérique du Nord. La richesse de cette belle société est aussi celle de sa particularité en Amérique du Nord. Certaines personnes immigrantes décident de venir au Québec par rapport à cette spécificité. Il faut être fier de montrer et de défendre cette différence.

Les immigrants francophones ou francophiles s'étonnent du fait que la langue anglaise soit plus utilisée dans le marché de l'emploi alors qu'ils ont été choisis sur la base du fait français. Ils se trouvent ainsi désorientés entre le discours et la réalité sur le terrain qui démontre une grande présence de l'anglais.

Aussi, il ne faut pas rejeter uniquement la faute sur cette catégorie de la population concernant la perte de vitesse de la langue française. Des Québécois «pure laine» abordent certaines personnes immigrantes en leur parlant en anglais dans les commerces. De ce fait, les néo-Québécois ne pourraient être plus royalistes que les rois. Mieux, ces immigrants ne seront pas fiers de parler la langue française quand, dans des entrevues, ils seront disqualifiés à cause de leur non-maîtrise de l'anglais.

En fait, la charte de la langue française stipule à son 46e article qu'«il est interdit à un employeur d'exiger pour l'accès à un emploi ou à un poste la connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d'une langue autre que la langue officielle, à moins que l'accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance» (chapitre VI, article 46). La réalité sur le terrain prouve que certaines personnes immigrantes sont parfois recalées à des entrevues parce que les employeurs évoquent la thèse de «l'accomplissement d'une tâche qui nécessite une connaissance de l'anglais».

Dans ce cas-ci, le message que l'on veut donner aux personnes immigrantes qui veulent vivre pleinement leur francophonie est plutôt équivoque. Certains employeurs défendent bec et ongles que leur principal objectif consiste à faire prospérer leurs affaires, peu importe la compétence ou les compétences et connaissances linguistiques. Dans les offres d'emploi, on voit souvent, dans les exigences linguistiques, «la maîtrise de la langue anglaise ou le bilinguisme». Il est vrai que, dans certains domaines relatifs au service à la clientèle, tourisme, télécommunications, la maîtrise de la langue anglaise devient un atout incontournable; par contre, il y a d'autres domaines où on n'a pas besoin de maîtriser cette langue pour se trouver un emploi. Une utilisation systématique de cette exigence quant à l'anglais met sur la touche des immigrants francophones compétents unilingues.

Il faut entendre le cri du cœur des nouveaux arrivants qui se disent étonnés du décalage entre la promotion du fait français à l'étranger et les exigences du bilinguisme des employeurs québécois. Dans une province francophone, c'est une question de bon sens de dire qu'on devrait être capable de travailler et de vivre en français. La langue de Molière ou de Tremblay est une très belle langue qu'il faut préserver. Elle est un vecteur de l'identité d'une société qui veut survivre dans un contexte linguistique très difficile. Elle veut survivre aussi dans un contexte où on veut accueillir des personnes immigrantes, mais qui acceptent de vivre et de travailler en français pour perpétuer la langue.

Elle est aussi le vecteur d'une identité québécoise qui cherche à se redéfinir en donnant une place aux personnes immigrantes qui font siennes les valeurs fondamentales de la société québécoise. La question de la langue est trop importante pour qu'on ne la sacrifie au nom de certains principes économiques, voire utilitaristes. Elle est le trait d'union d'une francophonie diversifiée et riche des apports des uns et des autres.

Les quatre partis politiques s'accordent sur le fait qu'il faut protéger et défendre la langue française, mais avec des approches et des visions différentes sur l'interprétation de la Loi et son application. Les partis politiques québécois expriment souvent que «la langue française doit être l'affaire de tous», un vœu pieux qui devrait se traduire souvent en actes concrets.

Lire la suite de l'article sur le blogue personnel de Doudou Sow.

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