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08/08/2015 08:40 EDT | Actualisé 08/08/2016 05:12 EDT

Je pense donc tu suis?

J'aime aller écouter et partager avec ceux dont trop souvent on oublie de demander l'avis.

Il y a quelques jours, je rentrais fraîchement du pow-wow de Kahnawake, encore bercée par les rythmes des percussions, et regardais défiler sur les réseaux sociaux et dans la presse images et articles sur ces festivals (à Winnipeg, Edmonton, Montréal) qui ont pris la décision d'interdire sur leurs sites le port de coiffes autochtones traditionnelles.

Un parti pris qui, aussi surprenant cela me semblait-il, divisait les lecteurs.

La raison invoquée est simple: la coiffe, emblème culturel et spirituel des Premières Nations, n'est portée que lors de cérémonies traditionnelles et spirituelles, par les personnes en ayant mérité l'honneur. Par conséquent, son utilisation en tant qu'accessoire de mode est considéré comme déplacé, irrespectueux, blasphématoire, ou du moins semble nier l'existence et l'importance accordée à cette parure.

Un débat vraiment passionnant. Plus intéressant encore, les commentaires des internautes sur ces multiples articles, et tous leurs posts de relais dans les réseaux sociaux. Je me surprends à lever les yeux au ciel en en lisant certains qui ressemblent à: «Et puis quoi encore? Considérant que le pantalon a été inventé par les Perses, on vous demanderait de ne pas en porter pour ne pas offenser les festivaliers iraniens» ou «et si un Autochtone veut porter une coiffe avec des plumes, vous allez lui demander sa carte d'indien?».

À la lecture de ce dernier commentaire, je réalise que mon réflexe immédiat, la pensée que mon cerveau a formulée se résume en trois mots «atelier idAction mobile». Je traduis: depuis un peu plus de trois ans je travaille pour Exeko, et ai vu y naître à mon arrivée cette camionnette insolite, grosse boite à prétexte, qui arpente les rues de Montréal quatre fois par semaines à la rencontre des citoyens, et plus particulièrement de ceux en situation d'itinérance, jeunes, et autochtones notamment. Ateliers de réflexion, partage de savoirs, philosophie, art, aucune sortie ne se ressemble. J'aime aller écouter et partager avec ceux dont trop souvent on oublie de demander l'avis. Cette question si simple: «Et toi, qu'est-ce que tu en penses?».

À travers la pratique de la médiation intellectuelle, on intègre certaines postures éthiques, physiques, réflexives, certains comportements humains que l'on prend plaisir à dépoussiérer. C'est un grand terme, certes, mais les règles du jeu en sont très accessibles: on pense avec l'autre et non pour l'autre. On n'essaie pas d'interpréter ce qu'untel croit, on le lui demande. Systématiquement. Ce premier pas est d'une grande simplicité, presque naïve. Il s'agit de suspendre ses préjugés, d'oublier parfois ce que l'on sait de notre interlocuteur et de son étiquette sociale, ou de la garder en tête afin d'aller chercher l'expertise et expérience dont l'on ne dispose pas soi même. L'étape d'après consiste à ouvrir grand ses oreilles, et à reconnaître le potentiel enrichissant du contact de l'autre, de ses points de vue, si divergents puissent-ils être des nôtres. Après tout, c'est aussi à travers le discours d'autrui qu'on construit, qu'on valide, qu'on révise ses propres convictions, non? Pas de double agenda, juste l'intérêt pur et la curiosité de connaitre la réponse à une question donnée.

Aussi chaque sujet donne-t-il matière à débat. Celui des coiffes autochtones est l'un d'eux et m'évoque entre autre la grande question de l'appropriation ou réappropriation culturelle. Veut-on faire démocratiser (pour ne pas dire dénaturer) des symboles, au détriment des valeurs qui y sont rattachées? Peut-on surtout présumer de la position des principaux concernés sur un sujet, sans leur poser la question? Plus délicieuse encore est la diversité d'opinions récoltée, qui semble challenger ce que l'on appelle l'opinion publique, et parfois même faire un pied de nez aux défenseurs de la cause débattue...

«De savoir que l'on cherche à avoir ma parole, pour moi c'est une reconnaissance de la valeur de ce que je pense et de ce que je suis» - un participant idAction

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