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19/05/2015 02:38 EDT | Actualisé 19/05/2016 05:12 EDT

À quand un réel leadership visant à éliminer les mesures de contrôle?

La journée du vendredi 15 mai marque une grande victoire pour l'ensemble des personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale. Tout particulièrement pour Lise Brouard et ses pairs qui ont subi, à l'hôpital de Valleyfield, des mesures d'isolement et de contention abusives lesquelles ont mené à un recours collectif.

La Cour Supérieure a entériné une entente à l'amiable intervenue entre Lise Brouard, le Collectif de défense des droits de la Montérégie (CDDM) ainsi que le Centre hospitalier régional du Suroît de Valleyfield.

L'entente hors Cour permettra à toute personne ayant fait l'objet d'une mesure d'isolement et/ou de contention, entre juin 2005 et juin 2008, à l'hôpital de Valleyfield, de recevoir une indemnité. Le montant total de l'entente s'élève à 600 000 $.

Ce entente à l'amiable vient confirmer l'existence de pratiques abusives liées aux mesures de contrôle et fait retentir la sonnette d'alarme quant à la responsabilité du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

En effet, en 2002, le MSSS s'est engagé, dans ses Orientations ministérielles, à réduire, voire à éliminer les mesures de contrôle dans les meilleurs délais, et ce, sur la base de données probantes. Un plan d'action, assorti aux Orientations, contenait des mesures porteuses d'avenir.

13 années plus tard, trop peu a été fait! Résultat, des pratiques barbares comme le «code 2222» ayant eu cours à Valleyfield traumatisent les personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale!

Lors l'application du code 2222, six intervenants maîtrisaient une personne, la déshabillaient, lui mettaient une culotte d'incontinence, la saucissonnaient des pieds au cou dans une combinaison digne de l'époque médiévale que l'on appelle Argentino, l'attachaient sur une civière, la plaçaient en salle d'isolement et lui injectaient un médicament!

Lise Brouard, la requérante du recours collectif, a subi cette horrible mesure à huit reprises! «Je pensais y laisser ma peau! J'ai eu peur de mourir. Être une dizaine d'heures attachée, couchée sur le ventre dans un carcan, à essayer d'avaler. T'es pris, tu baignes dans tes sécrétions, tu pleures, ils ne m'ont pas donné d'eau de la journée, ni nourriture...», a-t-elle péniblement expliqué en conférence de presse.

«Vivre un ou des épisodes de contention, c'est une honte par rapport aux autres, il y a plein de préjugés par rapport à la psychiatrie... Tu n'en parles pas. Tu as honte d'avoir été ''soigné'' au département de psychiatrie.», a-t-elle poursuivi.

Pour notre association de défense des droits en santé mentale, qui milite depuis de longues années pour l'abolition des mesures de contrôle et leur remplacement par des alternatives plus humaines, si le MSSS avait exercé son leadership dès 2002, de tels événements tragiques auraient pu être évités.

À ceux et celles qui seraient tentés de croire que de telles pratiques sont exceptionnelles, nous rappelons que dans les hôpitaux, dans les départements de psychiatrie, dans les CHSLD et même dans les centres jeunesse on continue tous les jours d'attacher les personnes, de les isoler, de les mettre sous contention chimique. L'expérience sur le terrain des groupes membres de notre association en témoigne.

Et que dire des décès liés aux mesures de contrôle? On compte 21 décès en 12 ans selon les données que nous avons obtenues du Bureau du coroner en chef (2000-2012). Il faut que cela cesse!

En 2013, le Rapporteur spécial de l'ONU, Juan E. Méndez, recommandait l'interdiction absolue de ces mesures de contrôle et leur remplacement par des services à l'échelon de la communauté, car il associait ces pratiques à des traitements cruels, inhumains et dégradants.

Qu'attend le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec pour agir ?