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22/03/2016 05:39 EDT | Actualisé 23/03/2017 05:12 EDT

J'ai toujours aimé le métro

Les attentats de Bruxelles d'aujourd'hui n'étaient qu'un sujet de discussion à midi, rapidement balayé par de bien piètres banalités. Comme si nous étions tous prêts à accepter que l'horreur devienne un fait divers.

J'ai envie de hurler, mais je n'y arrive pas. Abasourdi, touché, blessé, ému... Tout est là pour me faire hurler, ou au moins avoir le sursaut celui qui souffre. Mais, même si j'en ai honte, je n'y arrive pas. J'ai peur que la fatalité et le déni aient gagné.

Pourtant, je sais très bien que, non, ces énièmes attentats ne feront pas grandir chez moi la peur, au sens premier du terme. Je continuerai de prendre le métro dès que j'en aurai l'occasion, de prendre un avion pour découvrir le monde qui nous entoure, et de projeter de me rendre pour un «petit week-end» à Bruxelles. Tout ça est décidé depuis l'année dernière, impossible pour moi de revenir là-dessus.

Ce qui me fait peur, c'est cette vieille impression de m'habituer à cette situation. Les attentats de Bruxelles d'aujourd'hui n'étaient qu'un sujet de discussion à midi, rapidement balayé par de bien piètres banalités. Comme si nous étions tous prêts à accepter que l'horreur devienne un fait divers. Est-ce peut être une façon de se protéger? De se prouver que la vie, en tout cas la nôtre, continue? Alors oui, j'ai pris presque égoïstement des nouvelles de proches vivant à Bruxelles, lu quelques articles, eu la gorge serrée devant quelques éditos et vidéos et je me suis dit que c'était ainsi. Je m'en suis voulu quelques instants pour être honnête.

Et en même temps, je me dis que nous n'avons pas le choix. Aujourd'hui en stage, j'ai suivi au bloc opératoire, deux patientes, dont l'une faisait le don de son rein à une de ses plus chères amies. Comment, sous ces beaux hospices et devant tant d'humanité, ne pas vouloir faire continuer la vie?

Pourtant, depuis que je suis rentré chez moi, une question me hante: «La fatalité a-t-elle vraiment gagné? Dans mon esprit et dans la réalité?». Alors, soudainement, je me suis rappelé de plusieurs souvenirs dans le métro. Parce que, oui, j'ai toujours aimé le métro. Je me suis revu guider ma mère dans le métro parisien à 13 ans, aimer (sûrement parce que je ne le prends pas tous les jours) me terrer sous terre pour découvrir 20 minutes plus tard un nouveau ciel, et profiter de ce temps pour me perdre dans le regard de ces dizaines d'inconnus.

J'ai également eu le flash de mes rencontres musicales dans celui de New-York, notamment lorsque je changeais de quai uniquement pour laisser quelques dollars et un sourire à ceux qui transforment notre voyage. J'ai toujours aimé le métro parce que c'est le lieu où l'on pouvait, de manière éphémère, rencontrer n'importe qui et où n'importe quoi pouvait arriver. N'importe quoi, même le pire, visiblement...

Illuminé par ces souvenirs, surement futiles, encore plus aujourd'hui, je me suis rappelé que, malgré tout, je ne renoncerai pas, la fatalité ne gagnerait pas.

Alors oui, j'ai toujours aimé le métro. J'ai aussi toujours aimé ces portes ouvertes sur le monde que sont les aéroports. Et surtout, j'ai aussi toujours aimé Bruxelles pour son coté cosmopolite et les belges pour leur joie de vivre. Même si mon esprit semble vouloir se protéger en penchant du côté de la fatalité, je sais que mon cœur le refusera, coute que coute. Pour ces nouvelles victimes, je me battrai pour que mon innocence ne soit pas encore tout à fait perdue. Je ne peux pas les abandonner et je ne laisserai pas gagner le moindre bout de terrain à ceux qui voudraient nous faire perdre toute foi en l'humanité et la vie. Je ferai tout mon possible, amis belges et amis d'ailleurs touchés par la terreur, je vous le promets.

D'ailleurs, en pensant très fort à Bruxelles ce soir, et un peu à Paris, la première chose que j'irai faire, c'est d'aller en ville pour boire une bière avec des amis en terrasse. Peut-être pour oublier. Peut-être pour rendre hommage. Peut-être aussi pour réaffirmer haut et fort, que même si nous souffrons, nous restons débout, assoiffés de vie et d'espoirs. Je vous laisse le soin de trancher la question, puisqu'à vrai dire, je ne peux pas m'y résoudre moi-même ce soir...

Ce billet a initialement été publié sur le Huffington Post France.

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