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14/10/2015 09:58 EDT | Actualisé 14/10/2016 05:12 EDT

Justin Trudeau, la griserie du pouvoir

Justin Trudeau est visiblement grisé par la perspective d'être le premier ministre du Canada lundi prochain, ce qui provoque des excès de confiance dans son camp.

Justin Trudeau est visiblement grisé par la perspective de devenir premier ministre du Canada lundi prochain, ce qui provoque des excès de confiance dans son camp.

Tout le monde en convient, le chef du Part libéral a un parcours presque sans faute depuis le début de cette campagne électorale qui a débuté au coeur de l'été. Les attentes étaient basses dans son cas, mais il faut reconnaître qu'il a confondu ceux qui le décrivaient comme un «junior» en politique qui allait se casser la gueule, vite fait.

À quelques jours des élections, il affiche un triomphalisme prématuré. Il spécule ouvertement sur les lendemains du 19 octobre et annonce qu'il fera tomber le gouvernement Harper rapidement si les conservateurs sont reportés au pouvoir avec une minorité de députés.

Les électeurs ne souhaitent pas retourner voter dans 3, 18 ou 24 mois après avoir subi cette campagne beaucoup trop longue et très coûteuse. Ils souhaitent également un gouvernement stable, capable de prendre des décisions difficiles et ils frémissent quand on leur parle de coalitions ou d'alliances circonstancielles.

Certains évoquent une crise constitutionnelle arbitrée par le Gouverneur général.

Vox populi, vox dei, si les Canadiens optent pour un gouvernement minoritaire il faut respecter leur choix.

La coalition Stéphane-Dion-Jack Layton-Gilles Duceppe de 2008 a fait long feu quand les électeurs ont réalisé que le nouveau premier ministre serait le chef libéral appuyé par des bloquistes.

Le Canada a survécu a bien des gouvernements minoritaires (Stephen Harper à deux reprises), mais il n'y pas pas de cas récent ou des oppositions se sont liguées, avec succès, pour prendre le pouvoir.

Le chef du PLC parle dorénavant, sur la foi de sondages, de former un gouvernement majoritaire lundi prochain. C'est plausible, mais il ne faut pas oublier que les sondeurs se sont trompés royalement lors des élections en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique, en Angleterre... Ils ont découvert, en faisant leur post mortem, que le vote conservateur est sous-estimé de 3% ce qui rétrécit l'écart entre libéraux et conservateurs. Le 19 octobre, et les jours suivants, c'est le nombre de députés élus et le pourcentage du vote populaire qui fera foi de tout.

Les libéraux ont le vent dans les voiles mais ils devraient éviter d'être présomptueux en cette fin de campagne. Éviter, par exemple, d'évoquer le rôle d'un comité de transition.

La démission-surprise de Dan Gagnier, coprésident de la campagne de Justin Trudeau, illustre bien ce danger de se voir au pouvoir. Gagnier est joueur important qui a fait carrière à Ottawa avant de devenir le chef de cabinet de Jean Charest au Québec. Il est lié au lobby gazier et pétrolier avec qui il a collaboré.

Or voici qu'il a fait parvenir un courriel à des dirigeants de TransCanada pour expliquer comment ils devaient approcher le nouveau gouvernement pour éviter que la construction du pipeline Énergie Est ne connaisse des retards. Dans la missive, ce dernier donne des conseils sur les portes d'entrée au conseil des ministres, révèle qu'il devrait être composé de 25 ministres et situe un budget libéral quelque part en février. C'est ce qui s'appelle être vite en affaires.

Le Parti libéral a annoncé que Dan Gagnier avait quitté ses fonctions pour ne pas nuire à la campagne du chef. Justin Trudeau a répété à maintes reprises qu'il faudra des études environnementales rigoureuses avant de donner le feu vert au projet.

L'affaire est embarrassante pour les libéraux qui se sont engagés à faire de la politique autrement et qui dénoncent les liens entre Harper et les pétrolières. Serait-ce le retour d'une certaine arrogance libérale?

La campagne n'est pas terminée et il faut éviter de prendre les électeurs pour acquis. Il existe bien des exemples de meneurs qui ont échappé le pouvoir,ou des sièges, dans le dernier droit en raison de maladresses.

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