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22/11/2015 09:55 EST | Actualisé 22/11/2016 05:12 EST

Un mois plus tard: une impression de légèreté

Justin Trudeau a nettement manqué d'instinct politique dans la foulée du carnage de Paris, déconnecté des émotions qui secouaient les citoyens du Canada.

Les 100 premiers jours d'un gouvernement suffisent généralement pour le définir.

La première impression compte.

En 2012, par exemple, le gouvernement de Pauline Marois n'a jamais réussi à se débarrasser de son image de gouvernement désorganisé, après un départ chaotique.

Le gouvernement Trudeau a gaspillé au cours de la dernière semaine une partie de la sympathie qu'il a stockée après avoir évincé Stephen Harper du pouvoir.

Justin Trudeau a nettement manqué d'instinct politique dans la foulée du carnage de Paris, déconnecté des émotions qui secouaient les citoyens du Canada. Le calendrier des sommets l'a projeté sur la scène internationale, mais il n'a pas su trouver, le moment venu, les mots et le ton qu'il fallait pour rassurer ses concitoyens et jouer son rôle de leader.

On ignore toujours de quelle façon le pays va participer à la coalition qui veut effacer Daech de la surface de la Terre.

Il ne reste que 5 semaines pour faire entrer 25 000 réfugiés syriens si on s'entête à maintenir le même échéancier. Les provinces et les municipalités sont dans le noir et attendent le grand plan qui sera connu, bien tardivement, mardi.

Disons-le carrément, il n'y avait pas de gouvernement à Ottawa la semaine dernière durant le Justin World Tour. Quant à la politique étrangère du Canada elle se résume, pour beaucoup, au recours au «selfie».

Durant la campagne électorale, le chef libéral a réussi à évacuer l'image de leader superficiel qu'on lui avait accolée. C'est cette perception qui est revenue. Son défi sera toujours d'éviter de tomber dans le «star system».

Il y a eu, par ailleurs, certaines incohérences dans le message. Pendant que le président Obama révélait que Justin, en conversation privée, lui a dit qu'il allait ratifier le Partenariat transpacifique, la ministre du Commerce international, Christia Freeland, soutenait que le nouveau gouvernement n'est pas lié par les compensations prévues dans cet accord.

Il s'agit tout de même d'une somme de 4,3 milliards de dollars destinée à dédommager les producteurs laitiers sur une période de 15 ans. Les producteurs laitiers sont principalement au Québec.

Le nouveau gouvernement pourrait bloquer le contrat accordé à la Davie pour transformer un navire en ravitailleur, un contrat de 700 millions de dollars. La compagnie Irving fait des représentations auprès des nouveaux ministres pour revoir ce contrat.

Le gouvernement précédent a pourtant signé une lettre d'intention, le navire est déjà dans la cale sèche à Lévis, les ouvriers engagés. Le temps presse puisque le contrat doit être ratifié avant le 30 novembre.

Normalement, un nouveau gouvernement est lié par les engagements pris par le précédent.

Le gouvernement Trudeau a 3 occasions dans les prochains jours pour dissiper cette image de légèreté: la rencontre avec les premiers ministres provinciaux, le plan concret pour l'accueil des réfugiés et son financement, le sommet de Paris sur l'environnement.

Justin Trudeau saura-t-il dissiper les doutes? Il a un avantage indéniable: un gouvernement majoritaire qui peut tabler sur le long terme.

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