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03/04/2016 07:47 EDT | Actualisé 04/04/2017 05:12 EDT

Philippe Couillard: un ou deux mandats?

Deux ans après son élection, Philippe Couillard n'a pas établi de relation de proximité avec les Québécois.

AFP via Getty Images
Quebec Liberal leader, Philippe Couillard(C), addresses the Board of Trade of Metropolitan Montreal April 1, 2014 in Montreal, Canada. The elections are scheduled for April 7, 2014. AFP PHOTO/Francois Laplante Delagrave (Photo credit should read Francois Laplante Delagrave/AFP/Getty Images)

Il y aura deux ans cette semaine, les Québécois donnaient un gouvernement majoritaire (70 députés) à Philippe Couillard.

Celui-ci est arrivé avec un plan bien défini qui tournait autour du redressement des finances publiques. Dans la foulée des révélations de la commission Charbonneau, le nouveau gouvernement promettait transparence et une intégrité à toute épreuve.

Ce plan s'étalait sur quatre ans: deux ans de privation jusqu'à l'élimination du déficit, et deux ans à remettre de l'argent aux contribuables (50% pour abolir la taxe-santé) et à faire baisser la dette (50% dans le Fonds des générations).

L'austérité budgétaire a bien fonctionné, trop peut-être, et le gouvernement a été obligé dans son dernier budget à déroger à son grand plan et à investir en Éducation. Il a accéléré en outre le calendrier sur l'abolition graduelle de la taxe-santé.

Jusqu'en décembre, tout baignait dans l'huile et les libéraux continuaient de dominer dans les intentions de vote.

Puis, des lézardes sont apparues: virage vert surprise, acharnement contre Pétrolia, investissement dans Bombardier, Pierre Moreau foudroyé par la maladie, un remaniement ministériel raté, des ministres qui s'enfargent dans leurs lacets de bottine (Stéphanie Vallée, Gaétan Barrette...), un budget passé en mode furtif en raison de l'UPAC.

Les libéraux souhaitaient qu'on ait nettoyé les écuries en terme de financement des partis politiques, surtout que la commission Charbonneau a accouché d'une conclusion bicéphale. À leurs dires, l'élection de 2014 a lavé le PLQ des péchés qui remontent à Jean Charest.

Ce que démontrent les accusations portées contre Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté et autres c'est que le PLQ- nouveau doit toujours porter publiquement le système mis en place par l'autre PLQ.

Il faut admettre que les acteurs politiques sont souvent les mêmes et Philippe Couillard a reconduit une bonne partie du cabinet Charest.

L'affaire Sam Hamad insécurise bien des gens. Comment des courriels entre deux individus se sont retrouvés à l'émission Enquête? Qui a intérêt à les couler? Y-a-t-il d'autres révélations à venir?

La gestion de cette crise a été lamentable. Dès vendredi matin, le premier ministre aurait dû relever le ministre Hamad de ses fonctions, annoncer que le cas sera soumis au Commissaire à l'éthique et rassurer les Québécois en rappelant que c'est tolérance zéro.

Comparer ce retrait à un congé de maladie, c'est insulter l'intelligence des Québécois. Le ministre Hamad a d'abord parlé d'un «pétard mouillé» avant d'être contraint de se retirer le temps de mener enquête.

Les libéraux seraient bien soulagés si l'enquête se limitait au Commissaire à l'éthique , les dommages seraient limités si Sam Hamad était reconnu coupable d'imprudence. Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois, a fait l'objet d'un blâme de ce Commissaire pour être intervenu dans la vente des studios Mel's, sans encourir de sanction.

Tout cela nous ramène à Philippe Couillard et à son style. Il excelle quand il joue de son style-premier-ministrable, de sa prestance, mais il manque souvent de flair politique à la manière de Jean Charest ou de Robert Bourassa. Deux ans après son élection, il n'a pas établi de relation de proximité avec les Québécois et il manque désespérément de passion quand il touche à des sujets sensibles comme la défense du français, la lutte à l'intégrisme, les revendications traditionnelles du Québec au sein du Canada...

Il impose le respect mais un respect dénué d'émotion.

Les élections sont encore bien loin et le PLQ demeure le parti le plus populaire après deux ans de décisions difficiles.

Ce que François Legault de la CAQ désigné comme le «monopole libéral» est devenu toutefois travaillable.

Philippe Couillard serait-il l'homme d'un seul mandat?

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