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18/01/2017 10:10 EST | Actualisé 19/01/2017 08:29 EST

PCC: le débat qui a fait des perdants

Ces candidats à la direction du Parti conservateur du Canada ont démontré au cours du débat tenu à Québec qu'ils n'ont pas un prérequis pour le job: parler ou comprendre une des deux langues officielles.

Exit Deepak Obhrai, Kellie Leitch, Brad Trost, Lisa Raitt. Ces candidats à la direction du Parti conservateur du Canada (PCC) ont démontré au cours du débat tenu à Québec qu'ils n'ont pas un prérequis pour le job: parler ou comprendre une des deux langues officielles.

Ils ont visiblement échoué leurs cours d'immersion, s'ils en ont suivis. Quand on aspire à diriger un grand parti canadien, à devenir chef de l'opposition et, qui sait, premier ministre, on se prépare et on ne se contente pas d'un «crash course» à la dernière minute ou de lire péniblement des fiches préparées à l'avance.

Les gargouillements du député Obhrai ont fourni du matériel rigolo, mais comment se fait-il que celui qui siège depuis 1997 à la Chambre des Communes soit incapable d'aligner deux mots intelligibles en français? Que fait-il dans cette galère?

Certains affirment qu'ils n'ont cure du degré de connaissance du français des candidats et que seule la compétence devrait prévaloir. Le bilinguisme fait partie de la compétence dans ce poste. Le premier ministre du Canada doit communiquer en français tous les jours. Le futur chef du PCC devrait affronter Justin Trudeau dans un débat télé en français.

48 ans après l'adoption de la loi sur les langues officielles, ce n'est pas trop demandé que des chefs de parti soient bilingues...

Des westerners comme Joe Clark et Stephen Harper ont fait des efforts inouïs pour se faire comprendre. Harper se faisait un devoir de débuter ses allocutions dans sa deuxième langue. 14 candidats font la course. Chris Alexander est un parfait bilingue, Michael Chong s'exprime avec facilité, Rick Peterson, Erin O'Toole, Andrew Saxton peuvent se débrouiller à ce chapitre. Mais qui se souviendra de leurs noms?

Des surprises: Pierre Lemieux est décevant en français tandis qu'Andrew Scheer a intérêt à coller à ses notes écrites. Scheer a, faut-il le rappeler, l'appui de quatre députés du Québec.

La formule du débat et le nombre de participants ne permettaient pas de vrais échanges avec des interventions limitées à 50 secondes. On a laissé parfois des candidats répondre n'importe quoi à une question précise.

Ce débat était taillé sur mesure pour Maxime Bernier et Steven Blaney. Le ton était très agressif entre les deux voisins de comté. Le candidat beauceron centre sa campagne sur l'abolition de la gestion de l'offre et dénonce le «cartel de l'UPA». Il veut faire baisser le prix du lait et du fromage. A contrario, Blaney est un partisan farouche de ce système protectionniste.

Si on se fie aux attaques. Maxime Bernier est le meneur dans cette course et Kellie Leitch l'a accusé dès le départ d'être un «imposteur» et un «menteur». Elle avait pris la peine, aussi, de sortir certaines dépenses de l'ex-ministre. Ses attaques sont tombées à plat en raison de sa méconnaissance de la langue.

Si les conservateurs cherchent un candidat vendable au Québec, ils devraient penser à Chris Alexander. Cet ancien diplomate (il a été en poste en Afghanistan) est de la même génération que Justin Trudeau et il a un parcours intéressant. Il tient un discours musclé sur la lutte au terrorisme et ramènerait, notamment, la déchéance de citoyenneté.

L'ombre de Kevin O'Leary a plané toute la soirée sur ce débat. Le businessman et vedette de téléréalité a affiché un mépris envers son parti et les francophones du Canada en esquivant le débat en français et en lançant sa campagne quelques heures après le débat de Québec. Il devrait se rappeler qu'il y a 78 comtés au Québec. Le sénateur Carignan a raison quand il affirme qu'il serait suicidaire pour le PCC de choisir un chef unilingue.

Les comparaisons entre Kevin O'Leary et Donald Trump sont inévitables. Un Trump par continent, c'est bien assez.

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