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16/08/2018 18:29 EDT | Actualisé 17/08/2018 06:55 EDT

Ouimet, une «job» de bras

Cette affaire va laisser des traces.

MARIO BEAUREGARD/LA PRESSE CANDIENNE

L'affaire François Ouimet témoigne d'une désorganisation au sein du Parti libéral du Québec (PLQ) à quelques jours du déclenchement officiel des élections.

Il est inconcevable de tasser un député, élu sans interruption depuis 24 ans, de manière aussi brutale. L'organisation libérale lui a laissé convoquer son assemblée d'investiture, préparer son matériel publicitaire avant de le balancer... à 24 heures d'avis.

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Tout ça pour faire de la place à une supposée vedette, Enrico Ciccone, ex-joueur de hockey qui a fait de la télé après sa carrière. Ciccone, on s'entend, c'est un bon candidat, mais ce n'est pas une recrue de la trempe de Carlos Leitao ou Martin Coiteux et on aurait, par ailleurs, pu lui trouver une autre circonscription. Ciccone aurait pu aller batailler dans un autre comté moins peinturé rouge que Marquette. Si ce dernier est élu, le PLQ n'aura fait aucun gain au détriment des autres partis.

C'est une véritable job de bras que l'entourage de Philippe Couillard a fait à François Ouimet un député qui a traversé six élections et obtenu une majorité de 15 000 voix en 2014. Bon soldat, ce dernier n'a jamais mis son parti ou son chef dans le pétrin et s'est investi dans le travail parlementaire, au point de devenir le vice-président de l'Assemblée nationale. À 58 ans, il pouvait, jusqu'aux jours derniers, continuer à servir les gens de l'ouest de l'île de Montréal.

«C'est vraiment n'importe quoi et cela tient de la désespérance.»

Les grandes manoeuvres qui précédent les élections dans les partis politiques permettent d'identifier les élus qui ne se représentent pas, de réserver des comtés à des gros candidats, de pousser vers la sortie ceux qui, juge-t-on, ont fait leur temps. Mais cela se fait des mois d'avance et non à une semaine du début de la campagne. Les libéraux ne peuvent plaider l'effet de surprise, la date du scrutin est dorénavant fixe.

Si le but de la manoeuvre est de coller l'étiquette de vétéran de l'Assemblée nationale à François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec, et miner son discours de changement, c'est vraiment n'importe quoi et cela tient de la désespérance. Je ne pense pas que les électeurs jugent un chef de parti sur le critère de ses années en Chambre.

Profondément affecté, François Ouimet soutient que le premier ministre Couillard l'avait assuré d'un siège en le regardant droit dans les yeux au mois de mai, une version qui n'a pas encore été démentie. C'est le genre d'histoire qui fait du ravage dans un caucus quand les députés se disent entre eux que le ''boss'' n'est pas fiable. L'ancien ministre Sam Hamad disait que le premier ministre lui avait promis de le réintégrer dans le conseil des ministres avant de le laisser tomber. Son comté de Louis-Hébert est passé à la CAQ. Contrairement à Jean Charest, Philippe Couillard ne peut s'appuyer sur un appui indéfectible de son caucus et l'épisode Ouimet va laisser des traces.

En présentant son nouveau candidat jeudi, M. Couillard a affirmé qu'il voulait ''ouvrir la porte à l'avenir'. On apprenait pourtant le même jour que la suspension du député Pierre Paradis, 68 ans, avait pris et qu'il pouvait réintégrer le caucus du PLQ. Visiblement, le premier ministre a voulu apaiser son caucus en permettant au vétéran Paradis de retrouver son statut de libéral.

S'il fallait que la campagne du PLQ ne lève pas dans les prochaines semaines, des langues vont se délier.