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08/10/2016 01:20 EDT | Actualisé 11/10/2016 10:21 EDT

Le moment Lisée

En quelques mois, Jean-François Lisée est passé de paria dans son propre parti (pour avoir osé critiquer Pierre Karl Péladeau) à leader élu à l'occasion d'un second tour (50,63% des voix).

Les membres du Parti québécois ont décidé de vivre leur moment Lisée.

En quelques mois, Jean-François Lisée est passé de paria dans son propre parti (pour avoir osé critiquer Pierre Karl Péladeau) à leader élu à l'occasion d'un second tour (50,63% des voix). C'est une trajectoire impressionnante et les autres partis devront prendre au sérieux ce chef de l'opposition officielle qui a démontré des qualités de tribun et d'analyste politique après son triomphe.

La défaite est cruelle pour le jeune député Alexandre Cloutier (39 ans) qui était donné gagnant lors du déclenchement de la course début juin. Il a à peine amélioré son score depuis qu'il a affronté PKP en 2015 (31,7 versus 29,2). Étiqueté comme le candidat de l'establishment, il n'a pu incarner, cette fois-ci, le vent de renouveau dont le PQ a tant besoin. Il a mené une campagne assez terne et s'est fait surprendre par l'activisme de son adversaire qui a réussi à se définir comme celui qui peut faire mal au premier ministre Philippe Couillard lors des élections générales.

Martine Ouellet est apparue extrêmement déçue de cette course où elle récolte 4 points de mieux qu'en 2015. La candidate de la République du Québec s'est ralliée du bout des lèvres à son nouveau chef et il faut s'attendre à ce qu'elle transpose son combat lors du congrès du PQ en 2017.

Avec Lisée, le PQ joue donc à nouveau la carte du «bon gouvernement» en s'engageant à ne pas tenir de référendum avant 2022. Les libéraux ont eu vite fait de soutenir que c'est un leurre, car un chef péquiste cherchera toujours à provoquer le moment où un référendum devient incontournable. Faut-il rappeler que le PQ avait fait voter une loi sur des élections à date fixe, aux quatre ans, avant de précipiter un scrutin après 18 mois au pouvoir?

Le discours de victoire du chef péquiste donne une bonne idée de son plan pour les prochains mois. Un discours substantiel, quoiqu'un peu long. Il a lancé un appel aux libéraux qui ont honte de leur parti en raison des problèmes au niveau éthique. Jean-François Lisée a attaqué la CAQ qu'il a présentée comme un parti brouillon, fédéraliste, qui fait des propositions irréalistes.

Durant cette campagne, il a démontré son intention de chasser sur les terres de la Coalition en ouvrant le débat sur l'identité, en limitant, notamment, le nombre d'immigrants, un sujet tabou au PQ.

Le député de Rosemont et ex-journaliste devient le neuvième chef d'un parti au passé mouvementé, qui a la réputation de bouffer ses leaders. Le dernier sauveur est parti aussi vite qu'il est arrivé. C'est un parti qui ne se laisse pas mater comme l'ont vécu Pierre-Marc Johnson, Lucien Bouchard et même son fondateur René Lévesque, qui n'a jamais hésité à le renverser sur des décisions cruciales.

Le nouveau chef doit affronter un caucus divisé - son adversaire principal avait l'appui de 14 députés -, il doit traverser d'ici quelques mois un congrès qui se penche notamment sur l'article 1 du parti et il doit convaincre les jeunes de reprendre un flambeau qui a été porté par des militants qui ont maintenant la tête grise.

Une des se premières tâches sera de décider du statut de Martine Ouellet qu'il a admonestée devant le caucus il y a quelques semaines. Cette dernière ne pèche par loyauté.

Des adversaires politiques sont convaincus que JFL sera le dernier chef du PQ, mais comme le rappelait le nouveau chef vendredi dans son discours, on a annoncé plusieurs fois ses obsèques.

Le moment Lisée peut se mesurer ainsi: il vient d'obtenir un mandat qui nous mène aux élections générales d'octobre 2018, dans deux ans.

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