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26/10/2016 08:25 EDT | Actualisé 27/10/2016 09:08 EDT

La police et la politique

L'affaire Sklavounos est très embarrassante pour les libéraux. Les sorties maladroites de Jean-François Lisée sur cette question sont en voie d'embarrasser l'opposition.

Le nouveau chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, prend une tangente dangereuse quand il soutient que la police devrait prévenir le pouvoir lorsqu'un élu ou un membre du personnel politique fait l'objet d'une enquête.

Dès que le premier jour de l'affaire Gerry Sklavounos, le chef de l'Opposition officielle a soupçonné une opération de «cover up» de la part du gouvernement, et ce en dépit du fait que les informations étaient parcellaires. Il a mis en doute la parole du premier ministre Philippe Couillard quand ce dernier a soutenu qu'il n'avait pas au courant des accusations qui pesaient contre son député. Il a laissé entendre que «quelqu'un» avait dissuadé Alice Paquet de donner suite à sa plainte pour agression sexuelle... avant qu'on apprenne que cette dernière a, pendant un certain temps, refusé de collaborer avec la police.

Jean-François Lisée est allé plus loin en dévoilant que le gouvernement du Parti québécois avait été prévenu à trois reprises que des enquêtes visaient des députés ou des attachés politiques. Pardon? La police avertit le bureau du premier ministre quand un élu est dans la mire de la SQ? Que fait-on du principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs?

Pressé de questions, le chef péquiste a refusé de préciser de qui il s'agit ou si cela s'est produit sous le gouvernement Marois ou antérieurement.

Jean-François Lisée prétend qu'il existe une procédure, une «pratique habituelle», pour informer le «bunker» des enquêtes sur du personnel politique.

Le député Harold Lebel, ex-whip du PQ, celui qui s'occupe de la discipline dans un caucus,a indiqué hier qu'il n'a jamais été au fait d'une telle procédure, contredisant son chef.

Le chef du PQ allègue que les élus doivent être au-dessus de tout soupçon ce qui leur vaudrait ce régime de faveur dans le cas d'une enquête policière.

L'esprit cartésien de Jean-François Lisée a des ratés quand iI affirme que cela permettrait au conseil exécutif de dire «on va te déplacer, on va te suspendre de tes fonctions»...«dans le respect de la présomption d'innocence».

Face à la justice, les parlementaires doivent être traités comme tous les autres citoyens et ne pas avoir une longueur d'avance. On doit, surtout, éviter d'instituer une police politique qui se rapporterait directement au bureau du premier ministre.

Jamais à court d'idées, le chef du PQ suggère maintenant d'adopter une loi pour obliger les députés, ministres, membres de cabinet, hauts fonctionnaires, à informer le conseil exécutif s'ils font l'objet d'une enquête (???).

L'arrivée du nouveau chef de l'Opposition officielle à Québec devait permettre, disait-on, d'élever le niveau des débats. L'affaire Sklavounos est très embarrassante pour les libéraux. Les sorties maladroites de Jean-François Lisée sur cette question sont en voie d'embarrasser l'opposition.

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