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29/03/2016 06:00 EDT | Actualisé 30/03/2017 05:12 EDT

Jean Lapierre, Monsieur Politique

Jean Lapierre c'était Monsieur Politique au Québec, un formidable vulgarisateur qui avait ses entrées dans tous les partis sur la scène fédérale, provinciale, municipale.

Jean Lapierre c'était Monsieur Politique au Québec, un formidable vulgarisateur qui avait ses entrées dans tous les partis sur la scène fédérale, provinciale, municipale.

Je parlerai d'abord de l'homme que j'ai appris à aimer en le côtoyant quotidiennement durant les travaux de la commission Bastarache (vous savez celle qui enquêtait sur les allégations de l'ex-ministre Marc Bellemare qui a accusé le premier ministre Jean Charest de nommer des juges sous pression d'organisateurs politiques).

De l'avoir croisé dans des congrès politiques, je le connaissais déjà un peu. Sans être un intime, nous avons travaillé côte à côté pendant des semaines durant la commission et partagé bien des repas et bien des discussions politiques.

Dieu qu'il m'impressionnait lorsque nous allions dîner à la petite cafétéria en face de l'édifice où se déroulaient les travaux de la Commission.

Les gens le reconnaissaient et venaient lui serrer la main... tout en lui demandant son opinion sur ceci ou cela. Politicien né, mais surtout un homme qui aimait les gens, il prenait le temps de leur répondre et d'échanger en toute simplicité. Importuné? Pas du tout, Jean adorait ce contact direct avec les citoyens.

Rien ne lui faisait plus plaisir que de sauter dans l'autobus de TVA durant une campagne électorale et de sillonner les routes du Québec. Il ne comprenait pas comment certains journalistes pouvaient hésiter à entreprendre ce marathon.

Ç'était aussi un collègue généreux toujours prêt à refiler une information ou à la valider. Le jeune journaliste qui couvrait son premier congrès découvrait un homme d'une grande écoute qui s'est bâti un réseau d'informateurs pancanadien.

Ancien ministre fédéral, bilingue (étudiant il a travaillé dans l'Ouest pour le devenir), Jean Lapierre gardait bien vivant un réseau au Québec et dans tout le Canada et il avait une longueur d'avance sur beaucoup d'entre nous.

Il m'avait expliqué que tous les jours de la semaine il lunchait avec une source différente, histoire d'être bien informé.

On sait qu'au Québec il collaborait avec TVA, LCN, Paul Arcand au 98,5 à Montréal, au FM 93,3 à Québec mais on ignore peut-être qu'il enchaînait les entrevues aux radios locales avant de participer à des émissions à CTV ou CBC.

Les cabinets politiques le respectaient, et le craignaient au plus haut point. Ils surveillaient nerveusement son commentaire et il était le premier chroniqueur «spinné» par les stratèges des partis. Qu'en pense Jean Lapierre? a-t-on entendu souvent.

Son omniprésence média, y compris sur les réseaux sociaux, en a fait LE commentateur, l'équivalent d'un «syndicated» chez nos voisins.

Surtout, les gens vont se rappeler du style Lapierre, de son sens de l'humour, de ses expressions savoureuses de Madelinot. Les Lapierrismes du type «il est raide comme une barre de fer qui a passé l'hiver dehors», «il était heureux comme un chien dans une boîte de truck»... Vous avez sans doute une petite capsule humoristique de Jean Lapierre qui vous fait sourire.

Avec Jean Lapierre, la politique n'était jamais plate. Sa grande réalisation aura été de rapprocher la chose politique des citoyens.

Un ami m'a demandé un jour pourquoi Jean Lapierre ne retournait pas en politique.

Parce que ce n'était pas nécessaire. Il avait plus d'influence que bien des ministres... et beaucoup plus de plaisir.

Les grands partent toujours trop vite et trop jeunes. Ç'est un dur coup pour le Québec.

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