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02/06/2015 12:25 EDT | Actualisé 02/06/2016 05:12 EDT

Monsieur, un vulgarisateur extraordinaire

Tout au long de sa longue carrière, dans les coulisses du pouvoir ou au pouvoir, Jacques Parizeau aura été un vulgarisateur extraordinaire.

Ce grand commis de l'État, associé à toutes les étapes de la Révolution tranquille, s'est joint au Parti québécois en 1969. D'abord fédéraliste, il a déjà raconté être devenu souverainiste dans le train qui l'amenait à une réunion fédérale-provinciale à Ottawa.

Coup de tonnerre le 15 novembre 1976, le Parti québécois de René Lévesque prend le pouvoir et le nouveau premier ministre souverainiste nomme le député de l'Assomption, fraîchement élu, ministre des Finances.

Avec son allure de banquier et son doctorat en économie de la London School of Economics, Parizeau apporte au PQ une caution financière indispensable. Il deviendra rapidement le numéro 2 du régime, le socle du gouvernement Lévesque.

Parizeau se sert de la présentation des budgets pour démontrer ses talents de pédagogue. Exercices plutôt ennuyeux généralement, ses budgets deviennent des grands moments de la vie politique, une immense salle de cours. Habit trois pièces, une main dans la veste, il donne une dimension politique aux chiffres. De 1976 à 1984, il incarnera LE ministre des Finances du Québec.

Une petite anecdote illustrera son formidable esprit d'analyse et son talent de pédagogue. Le Québec et les provinces renégocient les Accords fiscaux avec Ottawa, dossier complexe s'il en est un, qui impliquent des milliards de dollars. Parizeau en fait un exercice public ou chaque rencontre est suivie par des journalistes de tout le Canada qui s'intéressent à la péréquation et aux programmes de transferts.

Le ministère des Finances du Québec a développé une équipe très qualifiée capable de décortiquer rapidement les propositions fédérales. En fait, c'est le Québec qui donne le «score» à chaque province durant les négociations, car elles ne sont pas aussi bien équipées. Le jour de la conclusion des Accords, le ministre des Finances fédéral, Allan MacEachen, passe en coup de vent et donne des explications compliquées aux journalistes. Il se produit alors quelque chose de formidable: les journalistes du Canada anglais demandent au ministre d'un gouvernement souverainiste de leur expliquer la position fédérale et ce que ça signifie pour les provinces! Jacques Parizeau se prête au jeu avec bonne grâce et impressionne la galerie par ses connaissances.

Le «Beau Risque» de 1984 amène Parizeau à laisser la politique, mais il revient aux affaires en 1989, commençant une longue traversée du désert. Le 12 septembre 1994, il devient premier ministre, mais sa victoire, annoncée comme décisive, est beaucoup plus courte que prévu.

Malgré tout, il fonce vers son unique objectif: faire l'indépendance par le biais d'un référendum. L'appui à la souveraineté stagne et le premier ministre utilise les ressources de l'État pour lui donner du tonus. Les études LeHir sur les avantages de la souveraineté sont minées par des scandales.

Le second référendum est déclenché pour le 30 octobre 1995. La campagne du OUI dirigée par Parizeau se dirige vers un échec jusqu'à la nomination de Lucien Bouchard, le charismatique chef du Bloc québécois, à titre de «négociateur en chef». Le premier ministre Parizeau a accepté de jouer les seconds violons pour arracher un OUI. Peu s'en faut, mais la victoire du NON met fin à la carrière de Jacques Parizeau.

Au lendemain du référendum, les journalistes qui ont fait la tournée apprennent dans l'autobus que «Monsieur» (nom donné en France au frère du roi) tiendra une conférence de presse à Québec. Dans l'amertume de la défaite le soir du 30, Jacques Parizeau a blâmé les votes ethniques et l'argent dépensé illégalement, déclenchant un tsunami de protestations.

Le politicien Jacques Parizeau a assumé pleinement ses convictions et occupé le poste de premier ministre de façon éphémère, peu intéressé à diriger une simple province. Le grand vulgarisateur, le pédagogue de la nation, n'aura pas réussi à convaincre la majorité de ses concitoyens de franchir le pas vers la souveraineté.

Ceux qui l'ont connu se rappellent d'un grand seigneur, imprégné du sens de l'État, un orateur captivant obstinément fidèle à des convictions profondes.

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