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17/03/2015 09:39 EDT | Actualisé 17/05/2015 05:12 EDT

Immigration: Le test du sirop d'érable

La Coalition Avenir Québec chasse de plus en plus sur les terres du Parti québécois.

Les propositions de la CAQ sur l'immigration illustrent bien ce virage nationaliste que le chef François Legault a donné à son parti l'automne dernier.

Le deuxième parti d'opposition cherche à répondre à une inquiétude réelle de nombre de Québécois

qui redoutent la montée de l'intégrisme et, aussi, un effritement de notre identité nationale.

Au cours des dernières semaines, la CAQ avait tenté de se raccrocher, assez maladroitement, au discours identitaire en proposant, par exemple, de créer une espèce de police des valeurs dans la foulée de l'affaire de Shawinigan (refus de la ville d'autoriser une mosquée!).

La Coalition et son jeune député Simon Jolin-Barrette ont produit un document assez étoffé sur la refonte de la politique d'immigration. Le constat général est bien fait, mais les solutions retenues apparaissent inapplicables ou conduiraient à un cauchemar bureaucratique.

Les constats : 42 % des nouveaux immigrants ne parlent pas français à leur arrivée. Ce ne serait pas si inquiétant si on ne constatait pas que 80 % d'entre eux ne suivaient aucun cours de francisation. Quant au taux de chômage des néo-Québécois, il demeure trop élevé 5 ans après que ceux-ci eurent défait leurs valises, à 17 %.

La solution de la CAQ consiste à convenir d'un pacte avec les nouveaux arrivés qui bénéficieraient d'un « certificat d'accompagnement transitoire » de 3 ans. À la fin de ce 3 ans, le demandeur serait soumis à une évaluation sur 3 critères : la connaissance de la langue française, la recherche d'un emploi et la connaissance des valeurs québécoises.

Séduisante en théorie, cette approche comporte des difficultés d'application.

L'immigrant se retrouverait, de fait, sur un siège éjectable s'il échoue son évaluation. Devra-t-on expulser une famille complète si seul le père est incompétent en français? On voit se profiler des drames humains et des contestations juridiques interminables.

Le document caquiste suggère la possibilité d'une rallonge d'un an et l'intervention du Tribunal administratif en appel d'une décision défavorable. C'est ouvrir un nouveau chantier pour les avocats.

Le test sur les valeurs québécoises me fait tiquer. Si ce sont bien celles prévues par la Charte des droits et libertés (nous en avons 2), est-il nécessaire de les répéter? Comment juger si la personne livre le fond de sa pensée?

À une certaine époque, dans les officines du Parti québécois, on parlait, à la blague, du « test du sirop d'érable » pour juger si un immigrant était bien intégré à notre société. Serait-ce la version 2.0 de ce test?

Généralement radine quand il s'agit de dépenses publiques, la CAQ est prête à consacrer 80 millions $ à cette nouvelle version de la loi sur l'immigration.

En raison de sa décroissance démographique, le Québec doit miser sur une main-d'œuvre étrangère pour propulser son économie. La perspective d'être retournés à leur pays d'origine au bout de 3 ans refroidirait bien des ardeurs au sein des candidats à l'immigration.

La CAQ est à la recherche d'une plateforme maintenant que les libéraux appliquent leur programme en matière de finances publiques.

Le Parti québécois est en période de transition et est encore échaudé par le débat déchirant sur la Charte des valeurs.

Quant au gouvernement libéral, il est hésitant chaque fois qu'il est question d'identité. Malgré ses failles, le document caquiste nourrira peut-être sa réflexion.

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