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21/05/2018 18:45 EDT | Actualisé 21/05/2018 18:47 EDT

Ces gens d'affaires et la politique

«Les hommes d'affaires font rarement de bon politiciens.»

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Les hommes d'affaires font rarement de bon politiciens. Plus souvent qu'autrement ils quittent la scène politique avec un goût amer dans la bouche.

Alexandre Taillefer fera-t-il mieux?

Revenu aux affaires de l'État en 1985, Robert Bourassa a voulu casser le modèle québécois et il a recruté lors des élections une brochette d'hommes d'affaires influents: Paul Gobeil, Pierre MacDonald, Pierre Fortier, André Vallerand... de quoi faire pâlir de jalousie le trio économique de Philippe Couillard.

On se rappelle surtout du rapport Gobeil préparé par un groupe de "sages", rapport qui aurait enclenché une petite révolution dans notre État québécois. D'une simplicité brutale, le rapport proposait d'abolir ou de fusionner toute une série d'organismes publics et il remettait en question les missions du gouvernement du Québec.

Parmi ses recommandations: confier le rapport d'impôt du Québec à Ottawa. Bourassa avait confié le Conseil du Trésor à Paul Gobeil, ex-grand patron de Provigo. Son leitmotiv: l'État doit être dirigé comme une business. Les commentateurs ont eu vite fait de dire qu'on était passé de l'État-Providence à l'État-Provigo.

Les autres vedettes économiques devaient plancher, notamment, sur la dérèglementation, et simplifier la vie aux PME. On pourrait affirmer aujourd'hui que c'était la "droite dure" qui était au pouvoir avec le PLQ.

Que s'est-il passé? Pas grand-chose. Le rapport Gobeil a goûté à la déchiqueteuse et son auteur a été muté aux Affaires internationales! Il a laissé la politique et est retourné dans l'alimentation. Ses collègues au profil d'affaires ont laissé peu de trace de leur passage.

Du fameux trio économique de 2014 de Philippe Couillard, il ne restera bientôt que Carlos Leitao (Finances). Jacques Daoust a démissionné dans l'amertume et est décédé. Martin Coiteux a fait un job remarquable pour couper les dépenses au Trésor mais a été transféré dans des ministères à clientèle (Affaire municipales-Sécurité publique). Il a annoncé qu'il quittait son siège à l'automne après un mandat.

Pierre Karl Péladeau a fait une entrée tonitruante sur la scène politique mais aura duré à peine un an à la tête du Parti québécois. À Ottawa, Bill Morneau a eu un apprentissage très difficile et a constaté qu'on ne peut cacher bien longtemps ses actifs.

Les hommes d'affaires ont une fâcheuse tendance à sous-estimer la difficulté de faire bouger les choses en politique. L'immobilisme, la résistance de l'appareil administratif, la nécessité de travailler en collégialité, les humeurs d'un premier ministre, la presse... C'est une chose de répondre à un conseil d'administration ou à ses actionnaires mais une autre de répondre quotidiennement de ses faits et gestes devant les médias et l'opposition.

Deux choses m'étonnent dans la nomination d'Alexandre Taillefer à titre de président de la campagne électorale du PLQ. Celui-ci n'a aucune expérience terrain et n'a pas milité avec les libéraux. Habituellement, un président de campagne joue un rôle obscur et connait le prénom de tous les présidents d'associations et de tous les candidats. Il doit posséder aussi le programme du parti.

Deuzio, Alexandre Taillefer a fait ombrage toute la semaine au premier ministre Couillard confirmant que nous avons glissé, subrepticement, dans la période post-Couillard marquée par une course au leadership. Ajoutons à cela les fins de carrière de nombreux ministres et l'information voulant que l'épouse du premier ministre, Suzanne Pilote, affirme à qui veut l'entendre qu'elle hait la politique et souhaite qu'il laisse sa fonction et nous avons une atmosphère de fin de régime.

Les libéraux ont lancé Alexandre Taillefer sur le devant de la scène car ils avaient besoin de prouver qu'ils peuvent attirer des vedettes. Je ne suis pas convaincu qu'ils en ont mesuré toutes les conséquences. Son entrée a été ratée, voyons voir s'il réussira ou tant d'autres grosses pointures des affaires ont échoué.