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19/11/2013 06:50 EST | Actualisé 19/01/2014 05:12 EST

Fatima fait plier Couillard et le PLQ

Philippe Couillard s'est fait piler sur le corps dans l'affaire Fatima Houda-Pepin. Son leadership en gardera les traces mais les libéraux y ont gagné une position vendable lors des prochaines élections.

Le nouveau chef du PLQ a fait l'erreur de se braquer dans le dossier de la Charte des valeurs. Dans une déclaration qui se retourne contre lui il affirmait, en septembre dernier, qu'il faudrait «lui passer sur le corps» avant d'appuyer cette Charte qui sème la division.

La dissidence ostentatoire de la députée de LaPinière l'a forcé à un compromis un peu gênant. Non seulement, Mme Houda-Pepin ne s'est pas excusée devant le caucus, elle réintègre le comité qui prépare deux projets de loi, un sur les accommodements, l'autre sur la façon de freiner la montée de l'intégrisme (modification de la loi de la DPJ).

Surtout, le PLQ assouplit sa position et serait prêt, le cas échéant, à interdire les signes religieux chez les employés de l'état qui exercent l'autorité, soit les juges, les procureurs de la couronne, les policiers, gardiens de prison..tel que le suggérait le rapport Bouchard-Taylor.

Cet épisode démontre que le chef non-élu au Parlement peut se faire traverser sur une question de principe.

Philippe Couillard n'a pas démontré le flair d'un Jean Charest ou le contrôle que ce dernier exerçait sur son caucus. En neuf ans de pouvoir libéral, zéro voix dissidente, ce qui, au bout du compte, n'est pas nécessairement un signe de santé démocratique.

Dans l'entourage du chef de l'Opposition, on estime qu'il aurait été plus dommageable de perdre la seule députée musulmane à l'Assemblée nationale que de reculer temporairement. Les libéraux ont donc jeté du lest.

Philippe Couillard a sous-estimé la popularité de la Charte péquiste auprès de l'électorat, hors-Montréal et Québec. Il y a une vingtaine de députés des régions qui sont très heureux que Fatima ait brisé la ligne de parti sur cette question controversée.

Tout en reculant, le chef libéral a imposé deux balises importantes. D'abord l'interdiction des signes religieux visibles doit se faire en respectant les deux Chartes des droits, celle du Québec et celle d'Ottawa.

Deuxièmement, le PLQ demeure opposé farouchement à l'utilisation de la clause dérogatoire, une position qui les distingue de la CAQ.

Le gouvernement Charest avait voulu obliger les fonctionnaires à travailler à visage découvert. Déjà là, cette interdiction avait soulevé des objections de la Commission des droits de la personne qui avait ajouté des critères de sécurité et de communication.

L'obligation de respecter les Chartes dessine donc un corridor juridique très étroit. Au bout du compte, on réalisera peut-être que c'est une voie de garage qui a permis de gagner du temps.

Les députés et candidats libéraux auront, pour leur part, une position plus défendable devant leurs électeurs lors des élections du printemps.

La CAQ, Québec solidaire, et maintenant le PLQ, se rapprochent sur ce que devrait être la Charte des valeurs, pendant que le gouvernement demeure aussi rigide.

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