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11/01/2015 07:15 EST | Actualisé 13/03/2015 05:12 EDT

Charlie et le Québec

Le gouvernement Couillard n'a pas l'intention de précipiter la présentation de son projet de loi sur la laïcité dans la foulée des événements sanglants qui ont bouleversé la France et le reste du monde.

En ces matières sensibles, la précipitation est la plus mauvaise des politiques. Le gouvernement s'est déjà engagé à faire adopter une nouvelle version du projet de loi 94, projet qui avait été laissé en plan sous le régime Charest. Parrainée par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, cette législation préciserait que les services publics doivent être donnés à visage découvert, ce qui exclut le niqab et la burka.

Il irait donc beaucoup moins loin que la déplorable Charte des valeurs qui interdisait tout signe religieux aux employés de l'État qui encouraient un congédiement pur et simple.

Dimanche, le premier ministre a souligné lors d'un rassemblement à Québec qu'il fait éviter les raccourcis et faire un lien entre la tuerie de Charlie Hebdo et la communauté musulmane établie au Québec. Il prônait une certaine «distance» face aux évènements avant de bouger.

Faut-il rappeler que les deux attentats qui ont tué des soldats, à Saint-Jean-sur-Richelieu et Ottawa, sont l'oeuvre des jeunes Québécois qui, c'est le dénominateur commun, se sont tournés vers le radicalisme islamique.

Certains lobbies s'agitent pour pousser rapidement une législation sur la neutralité de l'État et ressusciter le débat identitaire. Une loi d'ordre général ne peut empêcher des actes de terreur.

Par contre, le gouvernement aurait intérêt à accélérer la mise sur pied d'un comité multipartite sur la radicalisation religieuse.

Ce comité a été évoqué lors d'une rencontre entre le premier ministre québécois et des leaders de la communauté musulmane à la mi-novembre. Il regrouperait, bien sûr, des gens de l'Immigration, Diversité et Inclusion mais aussi d'autres ministères et l'objectif serait de repérer ces bombes à retardement.

Impossible de faire de la détection sans le concours actif des mulsumans dans leur communauté locale et il faut y greffer un volet policier.

L'ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin en avait fait son cheval de bataille, avant que son parti ne lui montre la porte.

On soutient dans les coulisses libérales que les propositions de la députée ne tenaient pas la route et étaient nettement inconstitutionnelles. Il faut reconnaître que celle-ci, en plein débat sur la Charte, avait mis le doigt sur le bobo.

Certains élus semblent décidés à prendre des mesures plus musclées. Le député caquiste Benoit Charette disait cette semaine qu'il faudra se résoudre à sacrifier des droits individuels pour protéger la collectivité. Son point de vue a sûrement rallié bien des gens au cours des derniers jours.

«Nous faisons face à un débat sur la sécurité et non sur l'identité», martèle-t-on dans les coulisses du gouvernement.

On verra au cours des prochaines semaines quel parti, PLQ, CAQ, PQ occupera le mieux le terrain de la sécurité lorsque l'émotion sera moins vive.

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