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16/01/2018 09:00 EST | Actualisé 18/01/2018 16:25 EST

Assez des châteaux de cartes dans l’Est du Québec

Les stratégies en matière de développement et d’investissement doivent pouvoir être modulées en fonction des réalités de chaque territoire.

Getty Images/iStockphoto

Après l'échec de la relance de la Gaspésia à Chandler qui a couté près de 700 millions de dollars il y a environ 15 ans, voilà qu'une autre tache de plus de 1,5 milliard se dessine : la cimenterie McInnis. À lui seul, le marché du ciment comporte des données qui défavorisaient dès le départ ce projet. Mais mon intention n'est pas d'argumenter sur cet axe spécifique. Face aux deux dossiers, la discussion pourrait porter sur des tenants et aboutissants de chacun. Par contre, aucune conclusion unanime ne s'en dégagerait. Pourquoi ? Parce que des dimensions plus fondamentales n'y seraient pas considérées. Ces dernières concernent principalement la structure socio-économique proprement dite de l'Est-du-Québec: les projets centralisateurs, bien qu'alléchants, en raison de leur taille ne sont pas une solution dans le contexte territorial.

La Gaspésie l'a vécu durement et le Bas-Saint-Laurent n'est pas à l'abri non plus puisque le territoire a déjà subi les effets de la décroissance de la Gaspésie. Les indices démographiques et économiques le confirment (diminution et vieillissement de la population, recul du PIB au cours des dernières années). Mais devant ce constat, quelles sont les options ? Ce qui est certain, c'est qu'il est inutile de sombrer dans le jugement du passé, mais il serait constructif d'en dégager des apprentissages.

Revenons sur ces deux projets mentionnés plus haut sur la stricte base de leurs coûts. Ils totalisent plus de 2 milliards de dollars dont près de la moitié provient de fonds publics (subventions, prêts garantis, etc.). En repartant d'une même somme, au lieu de mettre tous les oeufs dans le même panier, les investissements pourraient être répartis différemment. Par exemple, il pourrait y avoir la création d'un portefeuille d'investissement régional de taille, ce qui serait le premier pas vers un changement de stratégie. Ce portefeuille pourrait avoir une structure de base simple : un dollar du privé appuyé par un dollar du portefeuille. En mettant à la disposition 1 milliard de dollars, nous pourrions totaliser 2 milliards d'investissements. Mais cette fois, ce ne serait pas le même chemin qui serait emprunté que précédemment.

Dans le cas du projet McInnis, chaque emploi coûte un peu plus de 7 millions de dollars (200 emplois à 7,8M$=1,56 milliards de dollars). Quand on considère qu'un tel montant est de beaucoup supérieur au chiffre d'affaires de bien des PME dans l'est et que ces dernières arrivent à créer en moyenne un emploi par tranche de 250 000$ d'investissement selon les secteurs d'activités, nous comprenons rapidement que la logique d'investissement actuelle ne sert pas les collectivités et ne supporte pas le développement régional.

Si les investissements sont faits à l'échelle des PME exclusivement et dans l'optique de création ou d'expansion de ces dernières, 2 milliards de dollars donneraient au final 8000 emplois directs créés (@250 000$ chaque = 2 milliards de $). À ces emplois directs, il faut aussi considérer les emplois indirects qui en découleraient. Donc, ce seraient plus d'emplois créés que peuvent combler les territoires du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine ensemble.

Partant de cette hypothèse, en appliquant un taux de survie de 25% à ces PME bénéficiant de ces investissements, 2000 emplois nets s'en dégageront directement et quelques centaines de plus indirectement. Les effets découlant d'une telle approche sur l'économie régionale, sur la démographie et sur la vitalité du territoire seraient palpables.

Les effets découlant d'une telle approche sur l'économie régionale, sur la démographie et sur la vitalité du territoire seraient palpables.

Évidemment, un tel exercice nécessite un changement fondamental dans les façons de faire. Ce serait par contre plus conséquent en matière de développement, en plus d'être mieux arrimé au contexte socioéconomique de l'Est du Québec. Puisque 2018 est l'année des élections provinciales, la population est en droit d'exiger qu'une telle approche soit dorénavant privilégiée par le prochain gouvernement, non seulement au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, mais sur l'ensemble des régions du Québec. Les stratégies en matière de développement et d'investissement doivent pouvoir être modulées en fonction des réalités de chaque territoire.

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