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07/03/2018 09:00 EST | Actualisé 07/03/2018 09:57 EST

La plongée du président des Philippines dans une guerre antidrogue

Un rapport d’Amnesty International indique qu’entre le 1er juillet 2016 et le 21 janvier 2017, la vague d'assassinats fait ravage aux Philippines.

NOEL CELIS via Getty Images
Abattre ceux qui représentent un danger pour l’ordre établi permet une plus grande sécurité, selon la police et le gouvernement.

Sous un froid lacérant en Amérique du Nord s'engonce dramatiquement une horreur aux Philippines. Alors que Trump mène une drogue contre l'opium aux États-Unis, Rodrigo Duterte le président des Philippines, depuis juin 2016, mène une guerre, sans relâche, contre la drogue. Considérant les trafiquants et consommateurs de drogues comme les dangers majeurs au progrès économique et social des Philippines, il s'est engagé à les exterminer, allant jusqu'à se comparer à Hitler qui «a massacré trois millions de juifs» et à encourager la police et la population à les exécuter de manière sommaire tout en leur promettant l'impunité «Faites-en sorte qu'il n'y ait pas de traces des corps.». Pour Duterte, se limiter aux paroles symboliques ne neutralise pas la violence causée par le trafic de drogue, il faut s'y attaquer violemment.

Ses paroles ont donné lieu à de nombreuses expéditions punitives menées aussi bien par la police que par des escadrons de la mort, composée d'individus non identifiés. Duterte mène bien plus qu'une guerre contre la drogue. C'est une guerre contre les acquis démocratiques du pays, mais surtout une guerre contre l'ensemble de la population, dont les droits humains sont bafoués quotidiennement. Arrestations illégales, meurtres, incarcérations d'individus et morts de différents journalistes inquiètent la Commission des droits de l'Homme des Nations unies. Selon des chiffres officiels publiés par Amnesty International en 2016, 4000 individus ont été tués par la police de Duterte, dont 2290 sont jugés des meurtres illégaux. Cette violence se perpétue et elle est considérée comme légitime par Duterte et son gouvernement. Abattre ceux qui représentent un danger pour l'ordre établi permet une plus grande sécurité, selon la police et le gouvernement.

Quelle est l'ampleur de la situation ? Un rapport d'Amnesty International indique qu'entre le 1er juillet 2016 et le 21 janvier 2017, la vague d'assassinats fait ravage aux Philippines. Les chiffres les plus récents font désormais état de plus de 13 000 victimes, civils, journalistes internationaux tués par la police et 7000 assassinats tués par la milice de Duterte et les escadrons de la mort, une création militaire et anonyme sous l'égide du président.

De fait, les nouvelles rapportent quotidiennement les noms de nouvelles victimes, dont la mort survient dans des circonstances souvent similaires. Lorsque la victime est laissée par les forces de police, elle est accusée d'avoir forcé les policiers à se défendre, qui maquillent ensuite la scène de crime en déposant une arme à ses côtés et falsifient leurs rapports. Dans le cas des escadrons de la mort, ceux-ci se déplacent généralement en motos, opèrent par groupe de deux ou trois, et ciblent des vendeurs ou consommateurs de drogue présumés, avant de disparaître. D'ailleurs, le parti de l'opposition, des membres de l'Église catholique, différents groupes étudiants, des collectifs d'artistes et des groupes pour les droits humains conteste pour dénoncer une situation qui, de jour en jour, s'empire. Certains comparent même l'ancien régime dictatorial de 1972 à 1981 du Philippin Ferdinand Marcos à celui de Duterte, notamment en raison des violations massives des droits humains. Des groupes comme Amnesty International appellent la Cour pénale internationale à l'ouverture d'une enquête indépendante pour établir les faits des différents homicides causés par la police. La procureure de la Cour pénale internationale vient d'annoncer qu'il y aura un examen préliminaire sur les crimes contre l'humanité causé par la guerre sanglante du président Duterte pour lutter contre la drogue. Cette action de la part d'une organisation internationale démontre que l'état des droits humains aux Philippines est alarmant, notamment en ce qui a trait les homicides illégaux présumés.

Le Canada sous l'égide du premier ministre Justin Trudeau se proclame comme étant un exemple parfait, sur la scène internationale, de la défense des droits humains, alors il se doit de condamner cette situation désastreuse.

Ce climat d'impunité prévalant aux Philippines, notamment lorsqu'on voit que le président et son administration encouragent les meurtres sont extrêmement préoccupants en matière de droits humains. Il faut que ce crime s'arrête. Le Canada sous l'égide du premier ministre Justin Trudeau se proclame comme étant un exemple parfait, sur la scène internationale, de la défense des droits humains, alors il se doit de condamner cette situation désastreuse. Rappelons qu'en tant que partenaire commerciale des Philippines, notre gouvernement offre des formations aux institutions policières et à l'armée philippins, le Canada doit ouvrir les yeux et prendre position pour condamner les abus du régime de Duterte. Il est temps d'agir.

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