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25/08/2016 10:29 EDT | Actualisé 25/08/2016 10:29 EDT

La présidentielle américaine sera déterminante pour les ÉtatsUnis et la Chine

La dernière bataille entre les États-Unis et la Chine pour la prépondérance mondiale n'aura pas lieu dans le Pacifique, mais au centre de la région intermédiaire, à savoir en Méditerranée orientale. Pour que Washington l'emporte sur Beijing, il est indispensable que Moscou et ses alliés, dont l'Iran, se rangent du côté des États-Unis. Avec Trump à la présidence, l'alliance Washington-Moscou sera assurée. Avec Hillary Clinton présidente, le risque d'un affrontement américano-russe sera grandement augmenté et donc la Chine aura toutes les chances de gagner la bataille finale. Voilà, le vrai enjeu des élections présidentielles américaines pour l'avenir de la planète.

Actuellement, l'échec américain au Moyen-Orient, si Washington n'arrive pas à déloger Erdoğan, aura des conséquences tragiques pour le camp occidental. L'histoire de l'Empire ottoman de 1919-1922 se répétera. Les alliés occidentaux d'alors avaient essayé de mettre à mort la Turquie, ce qui eut pour conséquence l'apparition d'un général de génie, Mustafa Kemal, qui se tourna résolument vers Lénine, celui-ci lui accordant toute son aide contre les armées alliées. Kemal gagna contre toute attente (le seul après la victoire alliée de 1918 à réussir à renverser en sa faveur, au bout de trois ans, les traités de la Conférence de la Paix) et obligea les Occidentaux à le reconnaître et à le soutenir par la suite, dans son énorme entreprise de reconstruction.

Erdoğan est actuellement une bête traquée, comme l'était Kemal en 1919. Au-delà de son sort personnel, car il risque l'assassinat, il sait que son pays sera démantelé par la formation d'un Kurdistan indépendant, préparé de longue date par les États-Unis et Israël. Or, depuis 100 ans, le Kurdistan s'est approché à plusieurs reprises de l'indépendance avant qu'au dernier moment les intérêts contradictoires des puissances aient fait échouer ce projet.

La Russie n'a aucun intérêt à voir un Kurdistan indépendant pro-américain et pro-israélien. De même, ni la Syrie ni l'Irak, ni l'Iran ni bien entendu la Turquie ne sont prêts à céder du territoire pour la constitution d'un Kurdistan indépendant.

Erdoğan ose proposer à Poutine que Moscou prenne le contrôle de la base américaine d'Incirlik, sur le sol turc, qui, conserve un armement nucléaire! De plus, l'Arabie saoudite, forteresse des intérêts américains dans le Proche Orient, est mise en danger par le Yémen, dont l'ancien président Ali Abdullah Saleh vient de proposer à la Russie de lui accorder le contrôle de toutes ses bases aériennes, de ses ports et de ses aéroports. En effet, Saleh est l'éminence grise derrière la prise du pouvoir au Yémen par les forces shiites Houthi, soutenues par l'Iran. Le 28 juillet 2016, Saleh et les forces Houthi ont annoncé qu'ils s'alliaient formellement contre les forces d'invasion saoudites.

La longue période électorale américaine rend difficiles de grandes manœuvres de Washington dans la région, ce qui profitera jusqu'à la fin de l'année à la Russie.

Le premier ministre turc Binali Yildirim vient d'annoncer, que «la base d'Incirlik est mise à la disposition de la Russie, si celle-ci en fait la demande officiellement», car d'une façon non officielle ceci a déjà été négocié entre Poutine et Erdoğan à Moscou. Pendant ce temps, le gouvernement turc a dressé une pancarte à l'entrée de cette base américaine qui appelle le gouvernement américain «à respecter la volonté du peuple turc». L'objectif étant clairement de mettre à jour les actions de Washington en faveur du coup d'État anti-Erdoğan.

Tout en bombardant l'État islamique, la Russie et la Syrie viennent de donner carte blanche à Erdoğan, pour bombarder les Kurdes en Syrie du Nord, au grand dam de Washington. Le ministre adjoint des Affaires étrangères de la Russie, Mikhaïl Bogdanov, a déclaré que l'Iran, la Turquie et la Russie ont entamé des pourparlers pour la création d'une alliance en vue de résoudre le problème de la guerre en Syrie, apparemment sans le concours des États-Unis, ce qui fut confirmé par Erdoğan qui déclara de son côté que la Russie, l'Iran, l'Irak et la Turquie doivent s'unir en faveur de la Syrie. Donc éventuellement pour sauver le régime syrien d'Assad! D'ailleurs, la Turquie et l'Iran ont déjà conclu un accord de règlement du problème syrien.

Certains pensent que le soutien américain au coup d'État manqué contre Erdoğan commence à apparaître comme la plus grande gaffe de ce début de siècle. Entre temps, l'ancien premier ministre Ahmet Davutoglu, espérant secrètement que les Américains auraient le dessus, s'était prudemment retiré du pouvoir trois mois avant le coup d'État, sous prétexte qu'Erdoğan lui-même l'avait exigé. En effet, Erdoğan savait que comme tous les Turcs de l'establishment gouvernemental, Davutoglu conservait des liens d'amitié avec Gülen. Néanmoins, voici qu'à présent Davutoglu apparaît à nouveau sur le devant de la scène comme soutien d'Erdoğan, l'aidant sur le plan international à rétablir des liens de collaboration avec l' Occident.

Pourtant, l'ancien bras droit de Davutoglu, l'ambassadeur Gürcan Balik, vient d'être arrêté pour sympathies envers Gülen. Balik, en 2013, au cours de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, avait arrangé une rencontre entre Davutoglu et Gülen dans la retraite de ce dernier en Pennsylvanie. Ce même Balik devint conseiller du président de la République d'alors, Abdullah Gül, d'août 2013 à juillet 2014 qui par la suite se défendit d'avoir eu connaissance, à l'époque, de la rencontre secrète Davutoglu-Gülen.

En conclusion, il se pourrait que malgré toutes les prédictions, Erdoğan, dans sa course folle vers la sortie, finisse gagnant, en sauvant non seulement sa vie, mais aussi en faisant échec et ma grâce à un renversement d'alliance.

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