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20/07/2016 09:56 EDT | Actualisé 21/07/2016 09:00 EDT

Le Canada doit s'élever résolument contre les débordements insensés du régime turc

Par ses actes immodérés, Erdoğan est en train de détruire son propre pays et sa propre armée qui, jusqu'à présent, constituaient par excellence la barrière de l'OTAN et des valeurs européennes contre le despotisme oriental.

Lettre ouverte à Stéphane Dion

Monsieur le ministre et cher collègue,

En tant qu'historien, spécialiste de la Turquie, berceau, avec la Grèce, de la plus grande civilisation mondiale, de laquelle sont nées toutes les valeurs de la démocratie européenne et, qui plus est, membre de l'OTAN, possédant la plus grande armée de l'Europe, vouée à la défense de nos valeurs de liberté et de respect des droits de la personne, qui, grâce à un grand Européen, Mustafa Kemal Atatürk, s'était résolument engagé sur la voie de la modernité, au point que le 12 janvier 1934, son plus grand adversaire d'hier, le dirigeant de la Grèce, Éleuthère Venizélos, dans une lettre envoyée au comité du prix Nobel de la Paix, de le proposer pour l'obtention du prestigieux prix, je constate aujourd'hui avec effarement que, depuis quelques jours, ce pays sombre dans le sang et la barbarie.

Son président, Recep Tayyip Erdoğan, prétextant un coup d'État de son armée, contre sa personne, réagit comme le plus sanglant des empereurs romains, Caligula, qui après un règne d'horreurs fut assassiné par les soldats de sa garde. Ainsi, par ses actes immodérés, Erdoğan est en train de détruire son propre pays et sa propre armée qui, jusqu'à présent, constituaient par excellence la barrière de l'OTAN et des valeurs européennes contre le despotisme oriental.

Tous les Canadiens savent pertinemment que grâce aux activités pacifiques de Fethullah Gülen et de son mouvement Hizmet, spécialement à Ottawa, les accusations de M. Erdoğan selon lesquelles celui-ci représente un danger pour le maintien de la loi et de l'ordre public ont toujours été rejetées comme infondées par nos services de sécurité canadiens.

Cher Stéphane Dion, je m'adresse à vous afin qu'en tant que ministre des Affaires étrangères du Canada, notre pays s'élève résolument contre les débordements insensés du régime turc et, en tout cas, s'oppose au rétablissement à Ankara de la peine de mort.

Voici quelques informations supplémentaires pour votre gouverne: en avril dernier, je fus invité tous frais payés en Turquie, par les cercles du gouvernement d'Erdoğan, afin de me persuader que la démocratie turque fonctionnait. Je m'aperçus dès le premier jour que mes sites sur internet avaient été interdits d'accès. De plus, venant du Canada, où la présence du mouvement de Gülen est très présente, je fus bombardé par une propagande intense qui visait à me persuader que l'imam en question, père spirituel d'Erdogğan pendant toute la durée du gouvernement de ce dernier, de 2003 à 2013, période pendant laquelle tous deux travaillaient main dans la main, était soudainement devenu un terroriste! En effet, Gülen accusa en 2013 son ancien protégé de premier ministre de s'être plongé dans la corruption, en enrichissant sa famille, son fils et son gendre. Le 17 décembre 2013, le jour où une enquête pour corruption avait été ouverte contre des ministres du cabinet Erdoğan et de son fils Bilal, circula un vidéo qui révélait l'étendue de la fortune occulte de la famille d'Erdoğan - une fortune de plus d'un milliard de dollars que le premier ministre essaya de faire disparaître en achetant des appartements et en payant d'avance des hommes d'affaires avec lesquels il travaillait.

Alors que j'accordais plusieurs entrevues à la presse, à la radio et à la télévision turques contrôlées par l'AKP, le parti du régime, je réussis à obtenir de certains services un renseignement vérifiable: un coup d'État éclaterait en septembre, pendant lequel Erdogan perdrait la vie et serait alors formé un gouvernement du parti parlementaire fasciste modéré MHP, sous la direction d'une femme, Meral Aksener.

Il semblerait que le président Erdoğan eut vent de l'affaire et précipita, en sa faveur un coup d'État d'opérette qui avait toutes les caractéristiques du faux. À savoir: 1) le coup se manifesta vers 10h30 du soir, au lieu de 3h du matin. 2) Il fut déclenché sans arrestation au préalable de la hiérarchie gouvernementale. 3) Les journaux, radios et télévisions continuaient de fonctionner. 4) Le Parlement à Ankara fut bombardé, contrairement au plan des insurgés qui avaient tout intérêt à conserver un profil démocratique parlementaire, puisqu'il était prévu qu'au lendemain du coup, un parti parlementaire, le MHP, gouvernerait le pays.

À présent, au lendemain de la boucherie, Recep Tayyip Erdoğan est totalement isolé, se mettant à dos Américains, Européens, Russes et Israéliens, avec une armée exsangue, incapable de défendre le pays contre une intervention étrangère. Certains pensent qu'il connaîtra bientôt le sort de Kadhafi.

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