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27/02/2018 09:00 EST | Actualisé 27/02/2018 09:00 EST

En 2018, on dit Bye-Bye la commission… scolaire!

L’image de la pyramide inversée qu’utilise la CAQ montre bien l’importance de placer l’enfant au cœur de son développement pédagogique.

Getty Images/Blend Images

La nouvelle gouvernance scolaire proposée par la CAQ, plutôt bonne, ne fait état d'aucun fondement historique de l'éducation. Or, pour qui s'est intéressé auxdits fondements, force est de constater que leur plan de gouvernance scolaire, loin d'être un 4-30-sous-pour-une-piastre, comme certaines critiques entendues, s'enracine profondément dans l'histoire de la pédagogie, depuis au moins trois siècles, en Europe d'abord, puis au Québec, depuis l'année charnière 1974.

Autre temps, autres mœurs, dirons-nous, car si les commissions scolaires furent une réponse à une organisation de l'éducation, suivant la Loi pour l'instruction élémentaire dans le Bas-Canada de 1845, les centres de services que propose la CAQ, notamment la place de l'enfant au centre de sa formation scolaire, s'inscrivent dans la tradition pédagogique de l'Éducation Nouvelle, éducation alimentée par différents courants de pensée dont, notamment, celui de mettre l'enfant au cœur même de sa propre formation (on réservera le mot « élève » pour la fonction sociale de l'enfant).

L'image de la pyramide inversée qu'utilise la CAQ montre bien l'importance de placer l'enfant au cœur de son développement pédagogique. Depuis le XVIIIe siècle, c'est le message qu'ont porté Jean-Jacques Rousseau et Pestalozzi (Suisse), Dewey (USA), Steiner (Croatie), Montessori (Italie), Decroly (Belgique), Neill (Écosse), Freinet (France) et bon nombre d'autres. Au Québec, ce courant pédagogique a donné lieu aux écoles alternatives dont l'école Jonathan à Ville Saint-Laurent, qui fut la première du genre en 1974. Ses objectifs étaient :

  • « Concevoir un nouveau modèle éducatif, essentiellement et exclusivement centré sur le développement intégral de l'enfant ;
  • Créer un milieu de vie communautaire au sein duquel l'école et le milieu familial sont vécus en continuité ;
  • Créer un milieu où les parents participent activement comme coéducateurs et coadministrateurs. »

Parallèle saisissant avec le Plan de Gouvernance scolaire de la CAQ, n'est-ce pas? Entre l'école Jonathan et l'école dite publique, 45 ans d'histoire divergente se sont écoulés. L'enfant intégral d'un côté, l'élève social de l'autre. Quarante-cinq ans d'administration publique sont passés et l'enfant scolaire sert toujours de toile de fond au raisonnement de l'appareil gouvernemental et syndical. Outre les meilleures conditions de vie (s'il en est) qu'ont réalisées les syndicats pour leurs membres des écoles publiques, comment se sont-ils rapprochés des objectifs de l'école Jonathan de 1974? On est en 2018.

Avec ces centres de services, la CAQ revient à l'essentiel. On peut y voir que son initiative de gouvernance scolaire se fonde dans une tradition pédagogique éprouvée, qui a, non seulement résisté à l'usure du temps, mais qui s'est développée et bonifiée au fil des recherches et des constats en sciences de l'éducation. En fait, l'Éducation nouvelle (elle a ses détracteurs, il faut bien s'en douter...), illustrée par les écoles alternatives au Québec, s'est développée en réaction aux carcans scolaires, d'apparence légitime, certes, mais devenus rigides et sclérosés quand on en considère ses résultats. Le décrochage scolaire en est d'ailleurs leur meilleur porte-parole...

Pour la réussite des centres de services, les directions d'école auront les coudées franches en termes de projets éducatifs, d'équipes-écoles, d'initiatives créatrices. La littérature en sciences de l'éducation est abondante et montre que l'équipe-école et l'enfant constituent l'équation pédagogique la plus équilibrée pour la réussite de ce dernier. L'élève, comme dimension sociale de l'enfant, est issue d'une société, certes, mais surtout d'une famille, d'une communauté, d'une proximité. Les valoriser nourrit la dimension affective de l'enfant, dimension et condition sine qua none de son développement et de sa réussite.

Les 45 dernières années de l'histoire scolaire au Québec ont-elles réussi à éduquer les gouvernants de l'éducation?

Cependant, malgré l'énorme contribution des sciences de l'éducation et l'influence positive et significative des écoles alternatives dans la vie de milliers de jeunes au Québec, force est de constater que les idéologies politiques, économiques et syndicalisantes ont dominé la gouvernance scolaire. Les 45 dernières années de l'histoire scolaire au Québec ont-elles réussi à éduquer les gouvernants de l'éducation? Ces instances d'immobilisme social, qui sont trop souvent partisanes du statu quo ou, pire, du nivellement par le bas, sont beaucoup trop en conflit d'allégeance avec les tours à bureaux que sont les commissions scolaires pour émettre un jugement scientifique impartial en ce qui concerne ces dernières.

Considérant la gigantesque contribution des sciences de l'éducation et l'abondance des connaissances scientifiques sur le bien fondé de l'enfant au centre de son développement scolaire, comment l'existence des commissions scolaires pourrait-elle encore se justifier? Rien dans la littérature n'en autorise la continuité.

C'est ce que j'ai observé après plus d'un quart de siècle d'enseignement universitaire, de recherches scientifiques, d'innovation organisationnelle et de travail au ministère de l'Éducation comme expert de la présente réforme.

En 2018, on dit Bye-Bye la commission... scolaire!

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