LES BLOGUES
20/09/2016 02:48 EDT | Actualisé 20/09/2016 02:52 EDT

La stratégie du plat de lentilles

Pour combattre cette stratégie de la peur du référendum utilisée avec succès par les fédéralistes, la solution est simple: ne plus parler d'indépendance, remettre à plus tard le référendum et gouverner le Québec comme une province.

Sans le dire ouvertement dans ses discours, Jean-François Lisée s'avoue déçu et découragé par le peuple québécois qui, subjugué par la propagande des fédéralistes, n'adhère pas au projet de pays. Dans ces conditions, ce n'est pas la peine de faire un référendum qui sera perdant.

Pour combattre cette stratégie de la peur du référendum utilisée avec succès par les fédéralistes, la solution est simple: ne plus parler d'indépendance, remettre à plus tard le référendum et gouverner le Québec comme une province.

Ainsi le Parti québécois pourra battre les Libéraux, reprendre le pouvoir et remettre le Québec sur le chemin de l'intégrité politique. C'est la stratégie du plat de lentilles. Comme les Québécois ne veulent pas posséder tout le coffre d'outils et se diriger eux-mêmes, il suffit de leur proposer de bien gérer la province et de remettre aux calendes grecques l'ambition nationale.

Cette logique peut paraître séduisante pour les assoiffés de pouvoir qui se contentent d'un horizon à court terme, mais elle comporte toutefois des angles morts ou des zones d'ombre. À moins que le PQ renonce définitivement à l'indépendance, ses adversaires dénonceront comme avant son agenda caché et l'accuseront d'entretenir les divisions et la chicane comme ils l'ont fait par le passé. Rien en effet ne garantit que le renoncement au projet national sera gagnant à la prochaine élection.

On semble oublier que le PQ n'est pas seul sur le terrain de l'opposition aux Libéraux et que la CAQ par son positionnement clairement fédéraliste a vraisemblablement plus de crédibilité pour séduire un électorat réfractaire au changement politique. La CAQ est moins vulnérable aux attaques libérales et peut mieux que le PQ rallier les déçus du Parti libéral. Son opposition à la corruption libérale a été autant sinon plus mordante que celle du PQ. La seule condition gagnante dans ces circonstances serait une alliance entre la CAQ et le PQ, mais celle-ci est peu vraisemblable, car elle serait coûteuse politiquement pour le PQ qui perdrait ses soutiens progressistes au profit de QS et d'ON.

Mais admettons pour les fins de la discussion que le PQ connaisse un sursaut de crédibilité avec sa stratégie provincialiste et qu'il réussisse à prendre le pouvoir. Quelles seront alors les conséquences sur le retour de l'indépendance à l'agenda politique?

L'expérience passée a montré que dans la meilleure des hypothèses, la bonne gouvernance provinciale n'a pas conduit les Québécois à devenir plus indépendantistes pour deux raisons essentielles.

D'abord gouverner signifie forcément mécontenter parce que prendre des décisions dans un contexte de rareté des ressources ne permet pas de satisfaire tout le monde. Ensuite, les péquistes ont trop tendance à l'oublier, il y a un État canadien qui ne restera pas inerte face à un gouvernement anciennement souverainiste. Il fera tout en son pouvoir pour imposer sa volonté hégémonique et combattre la légitimité des politiques du gouvernement du Québec. La bataille se fera comme dans le passé à armes inégales et le gouvernement péquiste sera entravé et accusé d'entretenir la chicane.

La réélection de ce gouvernement péquiste pour exercer un deuxième mandat et enclencher le processus référendaire en 2022 est hautement improbable, car rien ne permet de penser que les causes qui avaient justifié la mise au rancart de l'option auront été effacées par quatre ans de gouvernement péquiste. La pensée magique du bon gouvernement risque de se briser sur le roc de l'inégalité des rapports de forces.

Ceci est d'autant plus vrai que l'enjeu de l'indépendance aura été occulté de l'espace public pendant quatre ans. Au mieux si le PQ au pouvoir sert les intérêts du Québec, il aura démontré que l'indépendance n'est pas une nécessité et que le fédéralisme n'est pas l'enfer, au pire il aura fait la preuve de son incompétence et discrédité l'idée même de réaliser l'indépendance.

En 2022, l'opinion publique ne sera pas plus convaincue de la nécessité de faire l'indépendance et fera à nouveau confiance aux Libéraux qui auront profité de l'opposition pour se refaire une virginité politique. La loi de l'alternance assurera la victoire des fédéralistes. En 2018 comme en 2022, on aura changé la sauce, mais on se contentera encore de lentilles.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Qui pourrait devenir chef du PQ Voyez les images