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25/10/2015 09:18 EDT | Actualisé 25/10/2016 05:12 EDT

Pour sauver le principe de laïcité

Le 7 avril 2014, la débâcle du Parti québécois fut aussi celle de la laïcité. Le gouvernement libéral qui a pris le pouvoir en a fait disparaître le concept et même le mot dans son projet de loi 62.

Le 7 avril 2014, la débâcle du Parti québécois fut aussi celle de la laïcité. Le gouvernement libéral qui a pris le pouvoir en a fait disparaître le concept et même le mot dans son projet de loi 62 présenté par la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, le 10 juin dernier, pour parler plutôt du respect de la neutralité de l'État.

Mais pas longtemps après cette élection , il y avait eu la sortie de Jean-François Lisée avouant qu'il n'aurait pas voté pour le projet de loi 60 du ministre Drainville qui proposait l'interdiction universelle des signes religieux dans l'ensemble de l'appareil étatique. Ce fut un premier torpillage politique de ce modèle de laïcité.

Puis s'est ajouté celui consécutif à l'entente survenue dans un débat, au printemps dernier, entre les quatre aspirant(e)s à la chefferie du Parti québécois, à l'effet que le parti adopterait dorénavant la position de la CAQ réservant l'interdiction des signes religieux qu'aux juges, policiers et enseignants, soi-disant parce qu'ils sont en autorité. Ce fut, en effet, le deuxième torpillage politique de ce modèle de laïcité qui tenait sa valeur principale de son application universelle. Dorénavant, le PQ serait prêt à cautionner une application restreinte et discriminatoire de ce modèle de laïcité. On me permettra de douter que ce modèle tronqué de laïcité fasse partie de sa prochaine plateforme électorale en 2018.

Pour ces raisons, je crois que la laïcité est en situation d'échec total au Québec et en passe de devenir un cadavre politique. Plus de deux ans de débat à ce sujet et un tel constat est accablant pour le Québec et sa démocratie. En effet, il y a de quoi décourager tous les citoyens de débattre d'un sujet sur une aussi longue période pour n'aboutir absolument à rien.

Aussi, je propose, pour sauver le principe et le mot, que tous les partis intéressés ou concernés par ce dossier profitent de ce projet de loi 62 qui sera débattu sans doute bientôt en commission parlementaire, pour s'entendre sur un minimum de laïcité ou peut-être, plus justement dit, d'apparence de laïcité qui préserverait tous les droits et augmenterait la liberté.

Pour convenir de ce minimum, je suggère, en particulier, que:

1) L'Assemblée des évêques du Québec, par ses représentants, demande au premier ministre de lui remettre le crucifix de l'Assemblée nationale et, en lieu et place, d'y inscrire les trois valeurs suivantes, autant ancestrales qu'universelles : LIBERTÉ, FIDÉLITÉ, PARTAGE.

2) Daniel Baril, le MLQ et autres associations de laïques, demandent qu'une journée par année soit consacrée à la laïcité pour laquelle tous les personnels des institutions publiques seraient invités à laisser librement à la maison leurs signes religieux.

3) Jacques Frémont, président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et, de concert si possible, avec des associations religieuses militant pour la défense de la liberté de religion, demande que soit introduit dans notre Charte des droits et libertés la disposition suivante : L'État et ses institutions sont neutres et laïques et, en conséquence, la liberté de conscience et le libre arbitre y sont premiers et précèdent tout choix religieux.

Cette dernière disposition pourrait être plus audacieuse, mais cela supposerait que ces trois groupes, y compris les porteurs du dossier de la laïcité pour chacun des partis politiques, conviennent formellement d'un modèle alternatif de laïcité et demandent qu'il soit inclus comme tel dans la Charte sous la forme d'une Déclaration de laïcité, laquelle, à titre de proposition, est déjà entre leurs mains.

En conclusion, au moins, si ces trois groupes allaient de l'avant avec mes suggestions de demandes, publiquement et en commission parlementaire, et si elles étaient acceptées par la ministre Vallée à titre d'amendements à son projet de loi 62, nous pourrions, comme Québécois, boucler dignement ce dossier de la laïcité et espérer que ce modèle de laïcité d'un jour donne naissance à une nouvelle liberté, celle d'enlever volontairement son voile, son turban, sa kippa, sa croix ou autres signes religieux dans les institutions publiques.

Et qui sait, au fil du temps, naîtrait peut-être, ce que je souhaite, un modèle de laïcité basé non plus sur des interdictions, mais sur l'exercice libre et ostentatoire de la liberté de conscience. Une liberté de plus, donc un gain pour la culture et l'identité québécoises, alors une identité manifestement inclusive.

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