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26/03/2016 09:13 EDT | Actualisé 27/03/2017 05:12 EDT

Le féminisme, un contre-islamisme souhaitable

On a pensé interdire le voile par une loi proclamant la laïcité des institutions publiques. Selon moi, cette approche ne peut fonctionner au Québec et s'est avérée, d'ailleurs, contreproductive.

À la veille du 8 mars, Journée internationale de la femme, Lise Thériault, ministre responsable de la Condition féminine, se déclarait non féministe, et en appui la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, également. Il en a résulté un débat intéressant et utile quant au sens à donner en 2016 au féminisme au Québec. On a donc appris.

Oui, clairement, se dire féministe convient autant aux hommes qu'aux femmes, dans la mesure où l'on recherche l'égalité de l'homme et de la femme, mais surtout dans la mesure où l'on s'engage à poser des gestes concrets en ce sens. Bref, pas d'action, pas de féminisme.

Grâce à ce débat, le féminisme est positivement relancé et il est à espérer que son rayon d'action dépasse le Québec.

Parmi les actions posées en son nom, certaines devraient avoir une portée mondiale et résonner positivement et de façon encourageante pour les femmes en perte de liberté, donc de possible égalité, à travers le monde, en particulier les femmes musulmanes dont le sort devrait au plus haut point nous préoccuper, hommes et femmes, au nom de l'humanisme le plus fondamental.

Pendant le long débat sur la charte des valeurs ou de la laïcité, un argument de fond de la part de ses défenseurs, telle Djemila Benhabib, était de dire : oui, il faut interdire les signes religieux dans les institutions publiques, en particulier le voile islamique, puisque celui-ci est un symbole de soumission. Et beaucoup de femmes au Québec appuyaient et appuient encore cet argument un peu brutal.

Alors, permettez que je reprenne en tentant quelques nuances.

L'islamisme, cet utilisation politique de l'islam, veut cacher le corps des femmes en commençant avec le hijab et l'islamisme radical (ex. : Arabie saoudite, Iran, groupe État islamique) veut le cacher totalement sous peine de sanctions, voire de lapidation. On pourrait parler d'islamisme soft et d'islamisme hard, empruntant ainsi à la pornographie ces référents.

Et cela convient tout à fait. Dans la porno, on dévoile le corps des femmes ; dans l'islamisme, on le voile. Dans les deux cas, la femme, en partie ou en totalité, est réduite à son corps.

Il s'agit d'un corps instrumentalisé plus ou moins à l'extrême, et pour des fins diamétralement opposées, bien sûr. Il y a donc une grande différence. Dans la porno, dire «non» est un exercice de liberté possible. Dans l'islamisme, dire «non» est une possible autocondamnation au fouet ou à la mort.

Constatant cela, je pose une question : comment en tant que féministes (hommes ou femmes) devrions-nous agir pour créer l'espoir d'une libération pour toutes les femmes qu'on emprisonne ainsi dans des tissus, souvent gris ou noirs, à travers le monde?

On a pensé - et plusieurs parmi nous le pensent encore - interdire le voile par une loi proclamant la laïcité des institutions publiques. Selon moi, cette approche ne peut fonctionner au Québec et s'est avérée, d'ailleurs, contreproductive. La preuve en est l'échec combiné de la Charte des valeurs et du Parti québécois en avril 2014.

Pourquoi? Parce qu'il est pour le moins contradictoire de vouloir libérer la femme en confisquant sa liberté de religion, laquelle est légitime et protégée par nos Chartes des droits, québécoise et canadienne.

Ne serait-il pas mieux de chercher à octroyer aux femmes voilées d'ici une liberté supplémentaire, celle de dire «non», volontairement, de façon ostentatoire et publique, à la liberté de religion, comme une façon de dire que dans le «oui» à la liberté de religion, il doit y avoir aussi le «non».

Ne serait-ce pas là une façon de créer un peu d'espoir pour les femmes dans le monde qui ne peuvent dire «non» sous peine de mort? En fait, se donner un outil légal officialisant la liberté de non-religion.

C'est la raison pour laquelle je préconise pour le Québec une laïcité d'invitation plutôt que d'interdiction. L'invitation à laisser à la maison tout signe religieux, mais pas toujours, uniquement à des moments déterminés de l'année. Ce pourrait être, par exemple, un seul jour ou une seule semaine.

Mais pour y arriver, quelques conditions sont nécessaires :

1) Que des femmes voilées, féministes ou non, souhaitent publiquement l'exploration d' une telle avenue pour la laïcité ;

2) Que des autorités religieuses de diverses confessions la souhaitent également pour le Québec et, aussi publiquement, au nom d'une nécessaire solidarité avec les femmes qui souffrent moralement et physiquement à cause de l'extrémisme religieux ;

3) Que des défenseurs, naguère de la laïcité d'interdiction, osent prendre position en faveur de cette nouvelle approche. Parce qu'il est urgent de donner le signal à l'international qu'ici, le «oui» à la liberté de religion est lié à un «non» possible et exprimé publiquement et fièrement de façon laïque, à certaines occasions.

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