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24/11/2015 03:13 EST | Actualisé 24/11/2016 05:12 EST

Être un non-pays par la «canadianisation» du Québec

Être un non-pays signifie de refuser le défi de démontrer à la face du monde qu'on peut «être quelque chose, comme un grand peuple» comme aimait le dire René Lévesque.

Le 19 octobre, les Québécois ont donné 40 députés au Parti libéral de Justin Trudeau et 10 seulement au Bloc québécois.

On explique cela par le vote stratégique visant à sortir Stephen Harper. La résultante est que des souverainistes, en assez grand nombre, ont voté libéral parce que, à l'évidence, ils tiennent à un certain Canada pour lequel ils ont un attachement. Nous avons donc des souverainistes «canadianistes» selon l'expression d'Antoine Robitaille, bien que non fédéralistes.

De plus, Philippe Couillard, notre premier ministre est bien en selle malgré ses politiques d'austérité. À la suite de ses victoires à l'élection partielle du 9 novembre, il se réjouit de l'arrivée des libéraux à Ottawa. Six Québécois sont aux conseil des ministres et ainsi, enfin, les Québécois participent à la gouverne du Canada.

Alors, nous avons ici non seulement le premier ministre mais beaucoup de Québécois libéraux qui se font de plus en plus «canadianistes», avant même d'être fédéralistes.

Le jour précédent cette élection, le 8 novembre, François Legault réorientait son parti, la CAQ, en annonçant que sa formation voulait, dorénavant, faire progresser le Québec dans le Canada en demandant au fédéral quelques pouvoirs supplémentaires mais au rythme du bon vouloir et de la générosité canadienne, donc sans condition. En adoptant ce nationalisme naïf, ce parti et son chef s'affichent franchement «canadianiste», mais ni souverainistes et ni fédéralistes.

Françoise David et son parti, Québec solidaire, sont tout à fait d'accord avec la vision multi-culturaliste de Justin Trudeau (on l'a remarqué lors du débat sur la Charte des valeurs ... et de la récente saga du niqab) et incidemment, avec celle aussi du Parti libéral de Philippe Couillard dont ils ne se distinguent que par leur idéologie de gauche.

Quant au souverainisme de ce parti, il s'agit d'un moyen parmi d'autres pour atteindre un idéal socialiste. En attendant ce grand jour, on a un parti plutôt «canadianiste» sur le fond (Amir vient de demander l'aide du fédéral pour stopper Gaétan Barrette sur la question des frais accessoires) quoique souverainiste dans la forme. Une sorte de trompe l'oeil politique.

Option national avec Sol Zanetti est un parti authentiquement souverainiste mais en l'absence de tout député donc de l'appui des Québécois, il demeure, au mieux, le gardien de la bonne conscience souverainiste, et d'un authentique projet d'indépendance nationale.

Être un non-pays

Si l'analyse précédente est juste, il est possible de conclure que les Québécois, en se «canadianisant» sans conditions, font de plus en plus le choix d'un non-pays pour le Québec qui se contentera d'être un appendice canadien. Plutôt triste!

Car, être un non-pays signifie d'abord, comme Québécois, d'avaler les yeux fermés la couleuvre constitutionnelle de 1982 et de jouer le jeu du fédéralisme «Trudeauiste», multi-culturaliste et centralisateur. Et puis, ce faisant, d'accepter de s'effacer comme nation pour ne devenir que des citoyens canadiens «made in Québec».

Être un non-pays signifie aussi refuser de faire parti du concert des nations et donc d'apporter notre contribution particulière à l'amélioration de l'humanité comme membre à part entière des Nations-Unies.

Être un non-pays signifie, surtout, de refuser le défi de démontrer à la face du monde qu'on peut «être quelque chose, comme un grand peuple» comme aimait le dire René Lévesque.

La question qui se pose maintenant est la suivante: le Parti québécois peut-il, raisonnablement et dans un avenir rapproché, inverser cette tendance mortifère sinon suicidaire pour le Québec et son identité et redonner aux Québécois le goût du pays ? Peut-être, mais à la condition que, rapidement, il crée un électrochoc politique majeur pour inverser cette tendance lourde vers le non-pays ou la «canadianisation» du Québec qui s'installe de plus en plus dans les mentalités.

Mais cet électrochoc, pour être efficace, positif et aux effets durables, ne peut se faire sans la complicité du patient. Or, le patient ne souhaite pas, dans un premier temps, de rupture avec le Canada. En effet, selon un sondage CROP récent dont faisait état Josée Legault, au moins 4 québécois sur 10 et, surtout, 52% des jeunes de 18 à 34 ans souhaitent une nouvelle entente avec le Canada plutôt que le statu quo ou l'indépendance.

En conséquence, le Parti québécois ne devrait-il pas demander, formellement, au premier ministre Philippe Couillard de proposer au fédéral et aux autres provinces une nouvelle entente qui devrait être constitutionnalisée avant les célébrations du 150ie anniversaire de la Confédération en 2017? Et de demander également au premier ministre que le contenu de cette entente, proposée aux Canadiens, recueille l'accord de tous les partis de l'Assemblée nationale? Et, finalement, aller jusqu'à suggérer un projet d'entente qui serait minimalement acceptable pour le Parti québécois?

Pour moi, en tant que souverainiste, ce projet pourrait être le suivant, c'est à dire l'inclusion dans la Constitution canadienne d'une Déclaration d'identité de la nation québécoise comprenant des pouvoirs souverains additionnels dans les domaines de la langue, de la culture et de l'immigration.

Si le Parti québécois prenait une telle initiative en s'emparant de ma proposition, cela créerait l'électrochoc nécessaire pour que le Québec se remette sérieusement à réfléchir à son avenir.

Et si cette nouvelle entente se concluait positivement, le PQ dirait lui aussi, bien sûr, Oui à une «canadianisation» effective du Québec pour 2017, mais dans l'honneur.

Note: à titre de suggestion, voici ma proposition de Déclaration d'identité:

«Depuis plus de 400 ans, à force d'espérance et de persévérance, le Québec s'est imposé au monde, non seulement comme une terre de paix et d'accueil, mais aussi de créativité et de productivité. Dans leur coeur et leur vie, depuis très longtemps, c'est la terre et la langue française qui les lient tous et toutes, et les lieront toujours ...ces gens du pays , de façon distincte sur ce continent de verdure et de glace.

Et par dessus tout, c'est la liberté qui nourrit leurs actions, la fidélité, leurs souvenirs, et le partage, leur avenir. Incidemment, par la présente déclaration, un nouveau partage est consenti avec le peuple du Canada.

Ce triple trésor de valeurs communes auquel s'ajoute la richesse de leurs valeurs fondamentales, en particulier, l'égalité de l'homme et de la femme, la laïcité... et la neutralité de l'État, obligent ce peuple du Québec, d'une rare humanité, tellement plein d'humour et, qui aime bien manger..., à défendre et à accroître autant que nécessaire les pouvoirs qui protègent et favorisent sa singularité au Canada et en Amérique du Nord, c'est-à-dire, ceux d'une nation souveraine.

Prenant à témoin la Constitution canadienne, ses premiers, ses anciens (francophones et anglophones) et ses nouveaux habitants s'unissent à nouveau, aujourd'hui et pour demain, afin de développer et faire fructifier cet héritage.

Le peuple du Québec, par la présente déclaration d'identité se veut fédérateur et reconnaissant envers le Canada de lui consentir, avec les outils financiers appropriés, des pouvoirs souverains additionnels et exclusifs, en matière de langue, de culture et d' immigration.»

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