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19/03/2016 09:09 EDT | Actualisé 20/03/2017 05:12 EDT

Notre impuissance nationale

Notre premier ministre consolide sa vision du Québec, celle d'un territoire canadien sur lequel vit une minorité francophone qui doit être neutralisée, en particulier par une immigration augmentée de type canadienne.

Selon notre nouveau premier ministre, Justin Trudeau, élu le 19 octobre dernier avec une majorité de députés au Québec, le multiculturalisme et l'accueil de la diversité sont sources de progrès et de liberté. Ce qu'il vient de répéter, d'ailleurs, à Washington lors de sa visite chez les Obama.

Dès la campagne électorale, il avait proclamé ou rappelé le dogme multiculturaliste premier, institué par son père, à savoir que le nationalisme, qu'il associait au «tribalisme», est négatif pour l'évolution des sociétés parce que, principalement, il est, selon lui, une source de divisions.

Et dès son arrivée au pouvoir, pour établir son propre dogme de la diversité absolue, il a fait suspendre l'appel en Cour suprême du gouvernement Harper pour l'interdire et a plutôt fièrement autorisé le port du niqab lors de la cérémonie d'assermentation pour devenir Canadien, faisant de Zunera Ishaq une héroïne de l'acceptation par le Canada de toutes les différences, qu'elles soient ethniques, culturelles ou religieuses.

Et au Québec, la semaine passée, le plus Canadien et le plus «double-trudeauiste» de nos premiers ministres depuis longtemps, Philippe Couillard, n'a pas hésité dans cette veine antinationaliste en accusant François Legault de «souffler sur les braises de l'intolérance».

Pourquoi ? Parce qu'il a osé s'inquiéter de l'augmentation des immigrants au Québec, de 50 000 à 60 000, et de notre capacité réelle à non seulement bien les accueillir au plan matériel, du logement et du travail, mais en même temps au plan culturel, c'est à dire de la langue française et des valeurs québécoises.

Cette arrogance du premier ministre a été dénoncée largement et même qualifiée d'«odieuse» par le chroniqueur Joseph Facal dans Le Journal de Montréal du 12 mars dernier.

Malheureusement, la prochaine élection provinciale n'est qu'en 2018. Notre premier ministre aura donc tout le temps pour consolider sa vision du Québec, celle d'un territoire canadien sur lequel vit la plus importante minorité francophone du pays. Une minorité qui doit être neutralisée dans son désir d'affirmation, en particulier par une immigration augmentée de type canadienne, dont l'obligation première, selon lui apparemment, est de maîtriser l'une des deux langues officielles au Canada. Point !

À part la réaction bienvenue, et largement appuyée par la population, de François Legault, qu'avons nous pour nous opposer d'ici 2018 à cette dérive nationale ?

À part quelques coups de gueule par-ci, par-là, nous sommes plutôt démunis comme société distincte. Notre vigueur nationale est de plus en plus inopérante à cause de nos divisions partisanes. En plus, l'absence de référent institutionnel pouvant rappeler le premier ministre à l'ordre et à la réalité, telle une Constitution québécoise, incluant une déclaration d'identité et la loi 101, nous laisse finalement impuissants au plan national. Une impuissance qui ne peut plus durer.

Pour contrer cette impuissance, à défaut de pouvoir compter sur un «Viagra politique», il faut faire renaître le désir de s'affirmer en tant que nation. Pour y arriver, les oppositions, toutes différemment nationalistes, doivent se rapprocher, s'exciter ensemble à l'idée de faire renaître la fierté québécoise et, surtout, se donner de nouveaux outils pour la traduire en de nouvelles et grandes institutions, et ainsi la protéger.

Alors, humblement, à titre de simple citoyen, je suggère deux manœuvres, ou jeux de mains politiques si on préfère, à faire dès maintenant :

1) Que le PQ et la CAQ poursuivent leur rapprochement (un exemple positif : l'affaire Bombardier) et conviennent dès maintenant, en invitant aussi QS, de travailler ensemble à la rédaction d'un projet de Constitution nationale ;

2) Que le PQ et la CAQ envisagent, ce faisant, de se coaliser ,en invitant aussi QS, afin de défaire ce gouvernement libéral en 2018, en proposant aux Québécois, en plus d'un programme politique commun, une démarche d'affirmation nationale claire et en deux temps :

a) Demander au Canada de faire partie de la Constitution canadienne en tant que nation, selon notre propre formule, avec, au minimum, des pouvoirs souverains dans le domaine de la langue, de la culture et de l'immigration, donc entériner et concrétiser la démarche nationaliste de la CAQ ;

b) En cas d'échec, après un temps raisonnable octroyé au Canada (de deux ans maximum, par exemple), soumettre, selon le désir du PQ, au peuple du Québec, par voie référendaire, la question suivante : voulez-vous que le Québec déclare son indépendance du Canada ?

En 2016, ne sommes-nous pas rendus là ? Que les oppositions prennent, d'urgence, les moyens pour retrouver notre puissance nationale, sans laquelle l'avenir du Québec-nation, à moyen terme, ne peut devenir qu'une histoire ancienne.

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