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21/03/2015 08:09 EDT | Actualisé 21/05/2015 05:12 EDT

Mettre à l'essai un modèle de laïcité évolutif

Au risque de passer pour un hétérodoxe de la laïcité, je soutiens que le régime de laïcité souhaité par 51% de Québécois et juridiquement contraignant, n'est pas politiquement possible pour l'instant.

Au risque de passer pour un hétérodoxe de la laïcité, je soutiens que le régime de laïcité souhaité par 51% de Québécois (La Presse, 21 février) et juridiquement contraignant, comportant des interdits pour les personnes, n'est pas politiquement possible pour l'instant. Je propose donc qu'un consensus soit recherché et éventuellement trouvé autour d'un régime de laïcité moralement et éthiquement contraignant exclusivement, et qu'il soit mis à l'essai. On n'a rien à perdre à expérimenter un tel modèle basé sur la confiance et, de ce fait, nécessairement évolutif.

À cet effet, je suggère l'approche suivante en cinq étapes, assortie d'une formule de dialogue possible pour y arriver:

  1. Par une proclamation unanime de l'Assemblée nationale, laïciser l'État québécois et toutes les institutions publiques.
  2. Préciser que cette laïcisation ne crée pas l'interdiction du port de signes religieux laissant le visage découvert ni l'interdiction de la présence d'objets religieux.
  3. Préciser que cette laïcisation signifie, cependant, que tout objet, signe ou vêtement religieux porté par des personnes est, dans l'espace laïque, désactivé de toute signification cultuelle pour ne conserver qu'une signification patrimoniale, personnelle ou collective. Et que la célébration respectueuse et occasionnelle de la valeur de ces patrimoines n'est pas non plus interdite.
  4. Préciser que cette laïcisation signifie que dans l'espace laïque, tous accommodements religieux pour le personnel ou rituels religieux personnels n'ont pas leur place. Par exemple, un local de prière, une prière ou un signe de croix, etc.
  5. Préciser que cette laïcisation ,sans l'interdiction des signes religieux, sera chaque année, par exemple le 7 avril, célébrée à titre de contrat moral entre Québécois et qu'il sera suggéré, pour cette journée, à tous les membres du personnel, de laisser volontairement à la maison tout signe religieux. Ceci pour démontrer le sens premier de la laïcité à la québécoise, à savoir que dans l'espace laïque, l'identité citoyenne et la liberté de conscience sont premières et que c'est le choix collectif des Québécois.

En conclusion, la formule de dialogue pour arriver à un tel consensus devrait, à ce moment-ci, être une formule citoyenne. Citoyenne dans le sens où, par exemple, je souhaiterais que le maire de Montréal Denis Coderre prenne l'initiative d'organiser un forum avec tous les leaders religieux et autres concernés par la laïcité, pour identifier, à partir de ma proposition, un modèle qui soit rassembleur pour sa ville ; et que la députée et chef de Québec solidaire fasse la même opération auprès des femmes, pour qu'elles trouvent dans la laïcité une protection supplémentaire contre l'intégrisme radical, voire violent. Et, finalement, que les résultats de ces deux forums soient présentés au gouvernement du Québec dont le rôle serait de poursuivre le dialogue par d'autres consultations, au besoin, pour harmoniser les propositions présentées dans le but d'incorporer un modèle consensuel de laïcité au projet de loi déjà annoncé pour le mois de juin.

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