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27/07/2015 10:32 EDT | Actualisé 27/07/2016 05:12 EDT

Liberté, fidélité, partage

Je souhaiterais qu'on inscrive ces trois valeurs en lettres de feu, et, si possible, dans un plan cartésien stylisé, au-dessus de la tête du président de l'Assemblée nationale.

Venons-en à nos valeurs intimes!

On se rappelle que le 11 janvier dernier les Français se sont réunis à la suite de la tuerie à Charlie Hebdo, accompagnés de dignitaires de nombreux pays, pour exprimer leur deuil, mais aussi pour dénoncer cette attaque à la liberté d'expression, une valeur fondamentale de toutes les sociétés démocratiques.

Ils n'ont pas manqué aussi de souligner que ce qui les rassemblait étaient les valeurs, plus intimes et plus identitaires, qu'ils chérissent comme peuple depuis leur révolution de 1789: liberté, égalité, fraternité.

Nous, au Québec, avons 400 ans d'histoire et sommes la plus vieille société d'origine européenne dans les deux Amériques. Nous, également, avons fait une révolution, celle des années 1960 et 1970 que nous appelons «tranquille». Cependant, nous n'avons pas profité de cette révolution pour nous définir intimement en terme de valeurs, comme l'avaient fait les Français.

À défaut, nous nous sommes dotés simplement, en 1975, d'une Charte des droits et libertés de la personne, comme plusieurs sociétés occidentales le faisaient à l'époque à la suite de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par les Nations unies en 1948.

À mon avis, il est urgent de se définir maintenant, alors que le Québec se diversifie de plus en plus et se mondialise.

Pour ne pas perdre nos repères, ne devrions-nous pas, en effet, proclamer nos valeurs que j'appelle intimes, ou authentiquement québécoises?

Aussi, comme simple citoyen, par le présent texte je veux apporter ma contribution en souhaitant faire naître un débat autour des trois valeurs, en titre: liberté, fidélité, partage.

Pour en expliquer l'à-propos de façon très simple, je dirais que peu d'entre nous, au Québec, seraient contre, sauf peut-être en ce qui concerne la fidélité, qui a été longtemps utilisée - et, peut-être, surutilisée - par la religion catholique (les «fidèles»), donc qu'il est nécessaire de réuniversaliser cette dernière, ainsi que les deux autres. Je dirais qu'elles pourraient s'inscrire de façon symbolique tout à fait dans une sorte de plan cartésien de notre identité collective.

Sur la ligne verticale, nous aurions la fidélité, en référence à nos ascendants, à nos ancêtres, à nos racines, peu importe leur nature ou origine. En fait, à soi-même et... à notre passé.

Sur la ligne horizontale, nous aurions le partage, en référence à l'humanité présente à améliorer, à notre devoir de solidarité, d'entraide et d'égalité à construire ensemble, jour après jour, de façon démocratique, et de faire tout cela en partageant une langue commune, le français, un même territoire et... un même avenir.

Et pourquoi ces deux valeurs en particulier? Parce qu'elles ont des résonances affectives et émotionnelles profondes qui rejoignent notre âme de peuple, toujours en recherche d'équilibre entre la transcendance selon l'axe vertical, et l'immanence selon l'axe horizontal de ce plan cartésien .

Enfin, et la plus importante des trois, la liberté, qui, dans le plan cartésien évoqué, est le point qui se déplace de gauche à droite et de bas en haut selon les besoins du moment, personnels ou collectifs, mais toujours à la recherche d'une plus grande autoréalisation ou réalisation politique comme société, une société qui se veut radicalement pacifique, prête à avancer avec respect, et patience s'il le faut, mais qui dit, actuellement, de plus en plus fort: hâtons-nous lentement à nous rassembler, pour éviter que notre diversité devienne dispersion et perte d'énergie, donc source de stagnation, voire de recul.

En terminant, je souhaiterais qu'on inscrive ces trois valeurs en lettres de feu, et, si possible, dans un plan cartésien stylisé (pourquoi pas un concours auprès de nos artistes?), au-dessus de la tête du président de l'Assemblée nationale.

Donc à la place du crucifix, dont les évêques du Québec devraient officiellement demander au premier ministre qu'il leur soit remis, disons pour éviter l'opprobre éventuelle possible du musée, mais, surtout, comme contribution positive à la laïcité de nos institutions. Parce que, aussi, d'être remplacé par ces trois valeurs, il ne s'agirait pas d'une perte mais d'un gain identitaire ,il s'agirait d'un accomplissement, d'une occasion de fierté pour tous les Québécois.

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