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04/06/2015 11:57 EDT | Actualisé 04/06/2016 05:12 EDT

Laïcité: un prix de consolation

Il apparaît clair que le désir de laïcité de la majorité de la population ne sera pas considéré, mais que le mot même sera absent du projet de loi du gouvernement Couillard.

De septembre 2013, moment de l'annonce de ses premières intentions, jusqu'à l'élection du 7 avril 2014, Bernard Drainville avait réussi à intéresser les Québécois à débattre des bienfaits de se donner un régime de laïcité officiel afin de finaliser légalement les rapports entre l'État et les religions.

Pour y arriver, son projet de loi 60 proposait, certes, de mieux baliser les accommodements religieux, mais surtout d'adopter une position claire quant au port de signes religieux ostentatoires: une fois la loi adoptée et après un an de tolérance, ceux-ci n'auraient plus leur place dans toutes les institutions publiques.

Cette option à portée universelle était appuyée par une majorité importante de la population qui tenait également, pour des raisons patrimoniales, à garder le crucifix à l'Assemblée nationale, ce qui était prévu aussi par son projet.

Malheureusement, une minorité de la population (41% des votants ou 29% des électeurs inscrits), celle qui a appuyé le Parti libéral, lequel s'était montré farouchement contre ce projet de laïcité au nom de la préservation intégrale et sans compromis de la liberté de religion et de son expression, a permis d'en disposer définitivement par le résultat de l'élection.

Définitivement, parce que depuis, le Parti québécois s'est lui-même divisé sur le bien-fondé de l'approche qu'il avait d'abord proposée aux Québécois. En effet, ce n'est que récemment, soit au débat du 7 mai à Montréal, que les finalistes à la course à la chefferie se sont mis d'accord sur une option commune: la laïcité par l'interdiction des signes religieux chez le personnel en autorité (policiers, juges, enseignants) exclusivement, et le retrait du crucifix de l'Assemblée nationale.

Une option, cependant, qui risque de ne jamais voir le jour étant donné deux incertitudes: celle pour le PQ de prendre le pouvoir en 2018 et celle, dans le cas contraire, en priorisant ce dossier, de donner des chances supplémentaires au projet de pays.

À l'évidence, ce dossier sera plutôt fermé par la présentation d'un projet de loi ce mois-ci par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. On peut présumer que son projet tournera autour d'une confirmation officielle de la neutralité de l'État, de quelques balises pour encadrer les accommodements religieux, et de quelques restrictions, uniquement en lien avec la sécurité, en ce qui concerne le port de certains signes religieux tels la burqa ou le niqab.

Hormis le maintien, sans doute, du crucifix, pour l'essentiel il apparaîtra clair pour la majorité de la population qui le souhaitait que son désir de laïcité non seulement ne sera pas considéré, mais que le mot même sera absent du projet, pour ne pas dire lessivé.

Pour éviter que cette opération ne soit finalement qu'une duperie démocratique, je suggère à la ministre Vallée, d'inclure au moins dans son projet de loi à venir un prix de consolation.

Ce prix pourrait s'inspirer de l'une des propositions que j'ai présentées en Commission parlementaire sur le projet de loi 60, le 23 janvier 2014: celle d'instituer une journée de la laïcité.

Lors de la célébration de cette journée, pour démontrer la primauté de la liberté de conscience avant tout choix religieux, le personnel des institutions publiques serait invité à laisser volontairement à la maison tout signe religieux. Ainsi, s'établirait peu à peu une culture de la laïcité.

Si Stéphanie Vallée, en tant que ministre de la Condition féminine, pouvait rallier en particulier les femmes à ce concept, ce serait plus qu'un prix de consolation, ce serait un pas en avant pour la démocratie qui plairait à tous les Québécois.

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