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25/02/2014 12:18 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Mine Arnaud: comment engloutir les fonds publics

Le projet d'usine de terres rares de Quest, à Bécancour, a été accueilli favorablement dans la communauté. Pourquoi? Parce que le promoteur a mis cartes sur table, ce que le promoteur de la Mine Arnaud n'a malheureusement pas compris, engouffrant ainsi 25$ millions de fonds publics.

À la base limitée à une approche passive envers la pollution environnementale, la tendance générale des études d'impacts sur l'environnement (EIE) au Canada se dirige de plus en plus vers l'intégration du concept de durabilité en amont de la planification de projet. Dans un futur parfait, les études d'impact sur l'environnement deviendraient ainsi des études de durabilité. En revanche, depuis la loi omnibus C-38 du gouvernement Harper, il semble plutôt que nous avons fait un pas en avant pour deux pas en arrière. Il y a toutefois d'autres aspects des EIEs qui ont connu des progrès dans les dernières années.

Le processus de participation publique ainsi que l'engagement des parties prenantes font partie de ces aspects qui se sont nettement améliorés. Dans le secteur minier, en particulier, on observe un changement dans la communication du risque, et la crise du marché minier qui dure depuis 2011 n'y est pas pour rien. Un rapport tout récent de Deloitte exhorte les minières d'abandonner l'approche traditionnelle envers les communications qui se limitait jusqu'à présent à un dialogue soit limité au monde des affaires (business to business), soit à un flot à sens unique quand le public était concerné. La fragilité du marché minier encourage donc les acteurs à adopter les concepts modernes d'évaluation et de communication du risque, dont les mots clefs incluent « engagement avec les parties prenantes », transparence et intégration.

Le récent projet d'usine de terres rares de Quest, à Bécancour, illustre parfaitement ces nouvelles tendances. Dès la publication du choix du site pour la construction de l'usine, le président de Quest, Peter Cashin, a annoncé la création d'un comité de suivi Bécancour, composé d'élus, de membres de l'UPA (Union des producteurs agricoles), de membres de la communauté autochtone des Abénaquis Wôlinak, ainsi que divers représentants locaux, et ce, en plus de l'examen du BAPE. Pour beaucoup, ceci ne veut pas dire grand-chose. Ces comités de suivi sont monnaie courante au Québec, et le BAPE est une étape obligatoire pour tout projet d'envergure. La compagnie Quest ne fait-elle donc qu'appliquer les règles? Pas forcément.

On peut appliquer les règles tout en faisant une réflexion en amont du projet, ou on peut percevoir les règles de manière antagoniste et rechigner tout au long du processus. L'exemple tout récent du jugement du BAPE sur la Mine Arnaud à Sept-Îles tombe dans la deuxième catégorie. D'après le BAPE, Investissement Québec ainsi que le promoteur du projet de mine d'apatite n'ont aucunement pris en compte l'acceptabilité sociale du projet.

Un cours 101 en communication du risque commence toujours avec la notion introduite par le père de la discipline, Dr. Peter Sandman, et sa formule (risque = danger + indignation). Selon lui, le facteur d'indignation populaire est entièrement assujetti aux peurs irrationnelles et émotives, et n'est en rien associé au degré de danger réel. En d'autres termes, peu importe le danger associé à un projet, l'indignation populaire peut exploser si certains facteurs entrent en jeu, les plus importants d'entre eux étant la transparence et la relation de confiance avec le promoteur. Dans le cas de la Mine Arnaud, ni l'un ni l'autre ne sont présents. À l'opposé du motto transparence, le BAPE juge que « la nature incomplète de l'étude d'impact, la nature confidentielle de certaines données et le manque d'écoute du promoteur auraient favorisé un climat d'insécurité où les jugements intuitifs, voire émotifs, relatifs aux risques pouvaient à l'occasion s'éloigner de l'appréciation experte ».

L'approche de Quest Terre Rares prend alors toute sa valeur. L'usine de traitement des terres rares est potentiellement extrêmement nocive pour l'environnement, pourtant le projet a été accueilli favorablement dans la communauté. Pourquoi? Parce que le promoteur a mis cartes sur table, ce que le promoteur de la Mine Arnaud n'a malheureusement pas compris, engouffrant ainsi 25 millions $ de fonds publics d'Investissement Québec d'après Le Devoir.

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