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04/02/2014 01:07 EST | Actualisé 06/04/2014 05:12 EDT

De l'usage des armes à feu en démocratie, et par les policiers

Le fait de posséder une arme à feu face à un opposant qui n'en a pas crée de fait une inégalité: la personne armée peut ainsi dominer l'autre et potentiellement le tuer sans que ce dernier puisse se défendre.

Le fait de posséder une arme à feu et d'avoir légalement le droit de s'en servir ajoute une inégalité supplémentaire: les personnes en présence ne sont visiblement pas en situation d'égalité. Le sociologue Max Weber parlait en juste cause ici du monopole de la violence légitime.

Il faut mentionner une dernière inégalité criante: la parole du détenteur de l'arme à feu, l'agent de la paix (sic) en tant que membre d'un corps policier et d'une institution étatique, tend à valoir davantage que celle des citoyens ordinaires, que ce soit devant les tribunaux ou dans l'espace public. On l'a vu à maintes reprises lors des «enquêtes» de la police sur la police lorsqu'un citoyen a été abattu par un policier, alors que les «résultats» de ces «enquêtes» affirment péremptoirement qu'aucune faute de nature criminelle n'a été commise. Pensons aux cas de l'homicide de Freddy Villanueva par le policier Jean-Loup Lapointe, policier qui porte toujours une arme à feu sur lui et conserve son droit de tuer. Je pense aussi à cet homme, abattu sur la rue Berri, devant chez moi, ce lundi 3 février, alors qu'il avançait vers un policier dans un état second et armé d'un marteau. Il m'est difficile de comprendre que le policier n'ait rien trouvé de mieux, pour le «maîtriser», que de l'abattre en pleine rue tout en risquant des dommages collatéraux, comme c'est déjà arrivé pour cet infirmier ce rendant à son travail en juin 2011.

Aux dernières nouvelles, nous sommes supposés vivre dans une démocratie libérale et un État de droit qui mettent au premier rang les principes de liberté individuelle (notamment le droit de ne pas être tué arbitrairement par les forces répressives de l'État) et d'égalité devant la loi (voulant que tous les citoyens jouissent des mêmes droits et des mêmes obligations).

Or, l'inégalité entre d'un côté le possesseur et l'utilisateur légitime d'une arme à feu (ici un policier) et, de l'autre, n'importe quel citoyen, se justifie difficilement, car cette inégalité invalide ces mêmes principes de liberté et d'égalité. En effet, devant une situation donnée, seul le policier est maître de sa décision (faire feu sur un citoyen et le tuer), décision dont on ne mesure pas assez tout le caractère arbitraire et tout l'effet liberticide qu'elle recèle.

Devons-nous penser que ces principes (liberté et égalité) n'animent qu'en partie notre régime politique? Il faudrait alors parler de régime libéral semi-légal plutôt que de démocratie libérale et d'État de droit?

Il est grand temps de réfléchir collectivement sur la possibilité de désarmer la police (ce qui existe déjà en Angleterre), en tant que force répressive paramilitaire, et de remédier au manque de jugement criant dont font preuve les policiers lorsqu'il s'agit de faire usage de la force. En effet, selon le code de déontologie policière, l'usage de la force doit être proportionnel à la menace. Cette règle n'est jamais appliquée pour la force policière, mais un simple citoyen qui répondrait à un coup de poing par un coup de poignard serait accusé d'homicide. Double discours, double logique, double standard : standard des policiers pouvant user de la violence de manière non proportionnelle et arbitraire, et standard des citoyens ordinaires qui ne peuvent se défendre, même si l'agresseur est un policier.

Si la police n'est qu'un corps répressif qui ne sait ni réfléchir ni agir sans faire usage d'une violence disproportionnée (pensons à la répression brutale et injustifiée des manifestations étudiantes pacifiques en 2012), si les mots égalité et liberté veulent encore dire quelque chose, à long terme, des alternatives à la police, en tant que force paramilitaire machiste et brutale, doivent pouvoir être penser comme moyen de résoudre et d'arbitrer les conflits sociaux. Toutefois, à court terme, on doit désarmer les policiers en patrouille, éloigner les armes à feu pour que leur utilisation ne soit pas un recours facile et automatique.

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