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21/11/2018 13:13 EST | Actualisé 21/11/2018 13:13 EST

L’indépendance du Québec comme projet de société

Le PQ a oublié d'évoluer et de militer: c'est-à-dire d'aller vers les gens pour les convaincre de la justesse et de la pertinence de l'indépendance.

Comme on le disait à l'époque, et comme on ne s'en souvient plus aujourd'hui, l'indépendance était un projet de société, pas une fin en soi.
Oleksii Liskonih via Getty Images
Comme on le disait à l'époque, et comme on ne s'en souvient plus aujourd'hui, l'indépendance était un projet de société, pas une fin en soi.

L'appel récent à un virage à droite du Parti québécois (PQ) impose de revisiter l'histoire, pour éviter de répéter sans cesse les mêmes erreurs.

Depuis la Révolution tranquille, ayant entrainé un contexte de renouveau social et politique majeur pour la société québécoise, la question nationale s'est intrinsèquement liée à la question sociale. L'indépendance n'était pas un projet de repli, servant à préserver du changement une race et une religion, comme au temps du nationalisme de la survivance.

L'indépendance était la solution envisagée par des progressistes modérés ou radicaux, comme René Lévesque ou Pierre Bourgault, qui percevaient le Canada comme une camisole de force, limitant le processus de modernisation du Québec.

L'indépendance, en étendant le champ des compétences d'un État québécois pleinement souverain, allait donc de pair avec un interventionnisme sociopolitique accru. Elle impliquait une communauté nationale québécoise libre, inclusive et égalitaire.

Comme on le disait à l'époque, et comme on ne s'en souvient plus aujourd'hui, l'indépendance était un projet de société, pas une fin en soi.

Plusieurs événements permettent de comprendre la déroute de ce projet de société: les défaites référendaires, la récession économique des années 1980, la contre-offensive d'Ottawa, la montée fulgurante d'un conservatisme néolibéral, l'intensification et la financiarisation de la mondialisation des échanges, etc.

On néglige de lier l'indépendantisme aux luttes progressistes.

Le nationalisme des années 1980 était avant tout économique. L'avenir du Québec est du côté de la grande entreprise (Québec Inc.) et du libre-échange, nous disait Bernard Landry. Or, la bourgeoisie locale, engraissée avec les fonds publics, n'est pas souverainiste. Et, pendant qu'on lui fait la cour, on néglige de lier l'indépendantisme aux luttes progressistes.

L'indépendance ne devait être ni de gauche ni de droite

Elle devenait une «fin en soi», car un Québec indépendant ne serait pas plus égalitaire ou libre face à la finance internationale, que le Canada ou tout autre pays ne l'est. Le projet d'indépendance se résumait à changer l'adresse du pouvoir.

Depuis le départ de Louise Beaudouin, le PQ n'a plus rien à dire de pertinent sur la nécessaire protection de la diversité culturelle.

Or, faire l'indépendance pour mieux se soumettre aux diktats de la finance internationale demeure de l'assujettissement. Dès lors, l'argument est qu'un Québec indépendant pourra choisir «librement», sans l'intermédiaire du Canada, son asservissement aux flux du grand capital et au rouleau compresseur de l'homogénéisation culturelle Made in America. D'ailleurs, depuis le départ de Louise Beaudouin, le PQ n'a plus rien à dire de pertinent sur la nécessaire protection de la diversité culturelle.

Convaincue des vertus inhérentes de l'indépendance, de la justesse de leur combat et du destin inéluctable et nécessaire de l'indépendance du Québec, la vieille garde souverainiste n'a pas cherché à lier l'indépendantisme aux luttes progressistes (l'environnement, les inégalités, la diversité culturelle, etc.). Le PQ a oublié d'évoluer et de militer: c'est-à-dire d'aller vers les gens pour les convaincre de la justesse et de la pertinence de l'indépendance, qui permettrait de réaliser une société plus égalitaire, plus libre, plus verte, plus inclusive.

Trois jeunes députés, Stéphan Tremblay, Jonathan Valois et Alexandre Bourdeau (baptisés les «trois mousquetaires»), ont bien tenté de sonner le tocsin dès 2004, en avertissant l'état-major péquiste que l'on perdait la jeunesse et qu'il fallait souder la souveraineté à l'environnement.

Qu'à cela ne tienne, la ligne suivie par l'état-major n'a pas changé. Pire, avec la montée de l'Action démocratique du Québec (ADQ), puis de la Coalition avenir Québec (CAQ), il a accentué le virage à droite du PQ, sur les plans identitaires et économiques.

Le grand parti progressiste et indépendantiste est devenu un appareil de pouvoir libéral-conservateur vaguement social-démocrate (comme le sont désormais le Parti démocrate américain ou le Parti travailliste anglais). C'est donc une machine qui aspire à prendre le pouvoir et, peut-être, si les conditions sont réunies, à déclencher un référendum sur la souveraineté. Bref, le PQ ne fait plus rêver.

Le PQ a longtemps surfé sur le «capital politique» accumulé durant ses premières années, notamment son premier mandat (1976-1981), où il aligna, lui aussi, une «équipe du tonnerre». Il fait depuis longtemps campagne sur «l'idée du PQ». Mais voilà, la rente s'est amenuisée d'année en année et le PQ a fait banqueroute en 2018; il a désormais bien peu à voir avec «l'idée du PQ».

«L'idée du PQ» du grand parti progressiste est bien vivante dans son aile gauche, mais elle n'a pas la cote. Pour preuve, le fait que face au progressiste Alexandre Cloutier, le PQ ait choisi comme chef un membre de la vieille garde, Jean-François Lisée, qui proposait, en gros, la même recette que Pauline Marois — avec le résultat désastreux que l'on connaît.

Face au cuisant échec de l'offre péquiste — une politique libérale-conservatrice, autonomiste et vaguement sociale démocrate — le chef par intérim du PQ, Pascal Bérubé, annonce un virage à droite, sans toutefois préciser quelle importance sera accordée à la souveraineté. Va-t-on repousser la question indépendantiste aux calendes grecques? Va-t-on lui donner la première place? Va-t-on la lier aux grands enjeux de notre époque? Ces questions ne sont pas banales ni purement tactiques: elles révèlent la vraie nature d'un parti.

Selon M. Bouchard, il faut désormais choisir entre l'accès au pouvoir et la promotion de l'indépendance. François Legault a fait son choix: pas d'indépendance, pas de projet de société, mais le pouvoir.

La romancière Rita Mae Brown a écrit que «la folie consiste à refaire sans cesse la même chose, mais en espérant un résultat différent.» Or, ce que propose Pascal Bérubé, c'est du pareil au même!

Est-ce que cela veut dire que la refondation du PQ et l'examen de conscience sont terminés? Et, de cela, tout ce qui serait sorti, c'est la proposition éculée du virage à droite du PQ? Face au «champ de ruines», on propose un réajustement vers la droite?

Si c'est le cas, on peut dire que le questionnement fut bref et superficiel, donc qu'on a préféré le confort des ornières à une véritable remise en question.

Rendu à ce point, le PQ pourrait écouter les paroles résignées qu'a prononcées Lucien Bouchard aux funérailles de Bernard Landry. Selon M. Bouchard, il faut désormais choisir entre l'accès au pouvoir et la promotion de l'indépendance. François Legault a fait son choix en conséquence: pas d'indépendance, pas de projet de société, mais le pouvoir.

Le PQ semble aller dans la même voie, auquel cas il pourrait faire de manière inversée comme le Rassemblement pour l'indépendance nationale de Bourgault à l'époque, et se saborder pour rejoindre les rangs de la CAQ. Après tout... les conseillers politiques péquistes y sont déjà!

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