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22/12/2015 02:57 EST | Actualisé 21/12/2016 05:12 EST

L'automne de la petite trahison syndicale?

Est-ce que les leaders syndicaux ont eu peur? Ont-ils été lâches? Sont-ils davantage conservateurs que leur base? Manquent-ils d'ambition? Sont-ils incapables de lire la conjoncture favorable qui se présente à eux?

L'automne syndical a été finalement plutôt tiède, alors que l'automne tout court lui a été chaud. Pourtant, tous les ingrédients étaient là pour qu'il y ait une escalade des moyens de pression de la part des syndicats: un gouvernement néolibéral intransigeant, des syndiqué-e-s gonflé-e-s à bloc, des manifestations de parents devant les écoles, le soutien de la majorité de la population, etc.

Dans ce contexte, l'adoption d'une loi spéciale par le gouvernement libéral était impensable, lui qui n'a pas su convaincre la population qu'il négociait de bonne foi. De plus, avec l'arrêt Saskatchewan (2015) de la Cour suprême du Canada, la donne a changé, car cette dernière a enfin reconnu que la liberté d'association était un droit collectif pouvant aller jusqu'au droit de grève. Ce qui veut dire qu'un employeur, comme le gouvernement, ne peut brimer le droit constitutionnel des syndiqués de négocier librement et de bonne foi leurs conditions de travail.

Pour les libéraux, une loi spéciale, mettant fin à la grève et imposant les conditions de travail de la fonction publique, était donc politiquement impensable et fort probablement anticonstitutionnelle.

Pour une rare fois, la balle était dans le camp des syndicats, qui ont d'ailleurs fortement joué la carte du bien commun, voulant dire par là que leurs revendications recoupaient l'intérêt de la majorité de la population au maintien de l'État social.

Le contexte était donc adéquat pour que les syndicats élargissent leurs revendications pour leur donner une dimension politique en réclamant un réinvestissement public massif notamment dans les secteurs de l'éducation et de la santé.

Ce n'est pas ce qui s'est passé...

Les syndicats ont régi de la même façon que par le passé, en ne cherchant qu'à préserver de peine et de misère leurs acquis, dans un contexte qui leur est pour une rare fois très favorable.

Quand la maison est en feu, se sauver individuellement avec la vaisselle en argent est une tactique rationnelle pour les syndicats. Mais si, comme les syndicats, on a fait campagne sur le bien public, cela est de mauvais goût et représente une sorte de petite trahison de laisser tous les autres brûler avec la maison.

Face aux gouvernements néolibéraux, la division des groupes de la société civile, qui cherchent chacun individuellement à préserver leurs acquis, est le gage d'un échec collectif inéluctable à plus longue échéance. La résistance passive chacun dans son coin est une stratégie révolue qui a prouvé partout son incapacité à lutter efficacement contre les gouvernements néolibéraux et à contrer les politiques d'austérité qui visent à transformer durablement l'État providence, et ce, sans le consentement explicite des citoyens.

Le faible succès présent des syndicats, en se désolidarisant du reste de la société, est le gage d'une plus grande défaite future pour eux et pour la majorité de la population. Il sera aussi plus difficile éventuellement pour les syndicats de convaincre la population que leurs intérêts recoupent l'intérêt général s'ils se rabattent encore sur les vieilles stratégies corporatistes dépolitisées, où ils ne cherchent pas à élargir leur lutte pour qu'elle devienne sociale.

Est-ce que les leaders syndicaux ont eu peur? Ont-ils été lâches? Sont-ils davantage conservateurs que leur base? Manquent-ils d'ambition? Sont-ils incapables de lire la conjoncture favorable qui se présente à eux? Difficile de répondre à ces questions, mais une chose demeure, le gouvernement libéral peut se frotter les mains: il n'avait aucune carte en main et voilà qu'il remporte la mise si facilement, et la population, toujours aux prises avec un État social amoché, perd collectivement.

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