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28/03/2015 08:30 EDT | Actualisé 28/05/2015 05:12 EDT

Le droit de grève aux étudiants? Oui, MAIS...

Alors que l'eau d'érable recommence à couler, certains rêvent déjà d'un nouveau «Printemps érable». 2012 n'est plus, mais un problème de fond demeure : le droit de grève ou de «boycott de cours» aux étudiants est-il légitime et devrait-il être reconnu ? Afin de favoriser la concertation et éviter les psychodrames, la Commission de la relève de la Coalition avenir Québec (CRCAQ) considère que ce droit devrait être reconnu, mais accompagné de balises claires, dont notamment l'accès continu aux établissements pour les étudiants qui désirent poursuivre leur apprentissage scolaire.

Boycott de cours plutôt que droit de grève

En premier lieu, un résumé factuel s'impose. N'étant pas reconnus officiellement comme des travailleurs syndiqués, les étudiants ne devraient pas s'autodéfinir comme des grévistes : le terme «boycott» s'avère plus approprié. Afin d'éviter le chaos, les établissements suspendent leurs activités contre leur gré devant des votes en faveur de la grève. De plus, la protection des professeurs voulant «passer la ligne de piquetage» s'avère difficile, ce qui encourage davantage les établissements à fermer leur porte, ces derniers peinant à assurer la sécurité des professeurs contre la masse étudiante.

Afin que le droit de grève ou de «boycott de cours» aux étudiants soit reconnu, la CRCAQ juge qu'il est important de développer des moyens favorisant sa légitimité. L'absence d'encadrement des procédures de vote et de reconnaissance d'un mandat de grève nuit grandement à l'acceptation de la légitimité des mouvements étudiants. Pour contrer ce manque, la reconnaissance législative du « boycott de cours » se révèle essentielle. Toutefois, cette reconnaissance juridique n'est pas un chèque en blanc. Il est pressant de réévaluer le processus démocratique du vote, ce qui favoriserait un accord par l'ensemble des établissements scolaires.

LIRE AUSSI:

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»La liberté de faire grève s'arrête là où commence celle d'aller en cours - Nicolas Perrino

»Faire grève: un droit acquis - Geneviève Fortier-Moreau

Implanter un système de vote électronique universel

Bien que plusieurs associations l'effectuent déjà très bien avec des procédures légitimes, les pratiques de comptage de votes en démocratie étudiante se révèlent souvent douteuses. Sans verser dans l'anecdotique, les assemblées étudiantes valorisent la pratique du vote à main levée, ce qui rallonge inutilement le processus, une situation problématique aux yeux des jeunes caquistes. Selon nous, la solution la plus efficace serait d'implanter, après une approbation à l'interne, un système de vote électronique universel. L'ensemble des étudiants aurait un délai de 24 heures pour voter secrètement pour ou contre une possible levée de cours, et pour se familiariser avec les raisons de ladite grève. Cela aiderait à la participation de chaque personne, tout en limitant l'influence des tiers partis dans l'opinion des étudiants. Il y aurait aussi une économie de temps et les résultats seraient beaucoup plus précis que le calcul du vote à main levée.

De plus, à notre avis, pour permettre une reconnaissance légitime d'une grève, un taux de participation des étudiants supérieur à 50% serait nécessaire, soit un pourcentage supérieur au taux de participation estimé des jeunes Québécois aux dernières élections. Un vote en faveur du boycott des cours serait effectif avec un vote de 50 % plus un des étudiants qui ont participé à la consultation par voie électronique. Aussi, un effectif minimal de 25% d'appui au «boycott de cours» serait nécessaire pour la rendre légitime, une procédure inspirée des référendums sur les « défusions » québécoises de 2004.

Finalement, l'aile jeunesse de la Coalition avenir Québec croit qu'une déclaration de grève illimitée devrait être perçue comme un «mandat de négociation» ayant comme objectif d'ouvrir les discussions avec l'administration des établissements d'enseignement. Les paramètres et les motifs expliquant les demandes des étudiants seraient définis et transmis aux partis concernés par les futures négociations. Une explication des motifs de «boycott de cours» permettrait de mieux cerner les revendications étudiantes. Évitant ainsi les situations où les revendications ne concernant pas directement le secteur académique, comme en 2005 et en 2012, teintent l'action de « boycott » ou de grève.

En résumé, la CRCAQ croît que les appels au « boycott de cours » seraient davantage reconnus et suivis par les étudiants si :

  • Lorsque les procédures sont encadrées ;
  • Lorsque le vote d'un n'est pas influencé par les volontés d'un autre ;
  • Lorsque la décision de déclarer une grève illimitée se fait avec un taux de participation étudiant d'au moins 50% et un taux d'accord de levée de cours d'au moins 25% des participants ;
  • Lorsque la volonté des étudiants de pouvoir négocier avec les parties concernées autour d'une table ronde est indiscutable ;
  • Lorsque l'accès aux installations et aux cours est maintenu pour les étudiants qui désirent poursuivre leur apprentissage.

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