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11/02/2014 12:55 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

Montréal 1976, Sotchi 2014: les Jeux olympiques et les droits des LGBT

Parfois, chercher à réprimer crée l'effet opposé. Il n'est pas dans la nature humaine d'apprécier de se faire restreindre ses droits. Si Vladimir Poutine ne l'a pas encore compris, il doit être sur le point de le réaliser. En effet, dès l'ouverture des Jeux olympiques de Sotchi, une mobilisation planétaire importante s'est manifestée, et de manière créative, pour soutenir la diversité sexuelle et protester contre la loi antigaie promulguée l'an dernier. Conséquemment, les jeux de Sotchi seront peut-être en les jeux les plus gais de l'histoire des Jeux olympiques... complètement à l'opposé des intentions de Poutine. Il ne fallait pas provoquer.

Il y a parfois des leçons à tirer de l'histoire. Le maire de Montréal Jean Drapeau y a goûté lui aussi. Dès 1975, en prévision des Jeux olympiques de 1976, il entreprend de « nettoyer » les mœurs de la ville de Montréal, en tentant de cacher les sans-abris, les taudis, et les lieux de rencontre gais. Sous accusations de grossière indécence, il pousse la police de Montréal à effectuer plusieurs décentes dans les saunas et les bars gais. L'opération débute en février 1975, donnant lieu à de nombreuses arrestations. Toutefois, plus les décentes se multiplient, plus la communauté LGBT s'organise.

style="float: Au printemps 1976, on crée le Comité homosexuel anti-répression (CHAR), qui organise, le 19 juin 1976, à quelques semaines des Olympiques de Montréal, une première manifestation, regroupant 300 hommes et femmes qui manifestent dans les rues de Montréal. Comme par magie, les descentes s'arrêtent aussitôt. Un premier combat est gagné. L'organisme se transforme ensuite à l'automne 1976 en Association pour le droit des gai(e)s du Québec.

Mais la police de Montréal riposte, en invoquant cette fois-ci la Loi sur les maisons de débauche. Dans la nuit du 21 au 22 octobre 1977, munis de gilets pare-balles et de mitraillettes, les policiers de Montréal arrêtent 146 hommes au bar Truxx. On accuse le propriétaire et les employés d'avoir tenu une maison de débauche et les clients de l'avoir fréquenté. On les amène ensuite aux postes de police pour les enfermer jusqu'au lendemain dans des salles surpeuplées et on les soumet à des tests médicaux pour maladies sexuellement transmises. C'en est trop. À l'ouverture des journaux le matin du 22 octobre 1977, la population est outrée par l'agissement des policiers. Dans la nuit du 22 au 23 octobre, 2000 gais accompagnés de gens sympathiques à leur cause organisent une manifestation spontanée devant le même bar.

Dès le lendemain, la ville de Montréal et la province de Québec changent radicalement leur discours public en adoptant une position largement défavorable à la discrimination. Le gouvernement du Québec ne pouvant désormais plus ignorer la situation organise une rencontre décisive, le 27 octobre, qui décide le gouvernement à amender sa Charte québécoise des droits de la personne. Entérinée le 15 décembre 1977, cette modification fait du Québec, avec le Danemark, l'un des premiers États dans le monde à interdire la discrimination basée sur l'orientation sexuelle.

Sans la provocation excessive du maire Jean Drapeau en prévision des jeux Olympiques, tout cela n'aurait peut-être pas eu lieu. Son attitude a fait s'accélérer la lutte pour les droits des LGBT au Québec. Cet épisode est étonnement méconnu, et pourtant, il y a de quoi être fier d'avoir fait du Québec un leader dans la lutte contre la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. Dans les années qui suivent, les autres provinces canadiennes et de nombreux pays en Occident suivront le mouvement.

À l'heure où l'on cherche à brimer le droit des LGBT en Russie, en plein contexte olympique, il est bon de se rappeler que nos Jeux olympiques, à Montréal, ont contribué à l'avancement des droits des LGBT. La situation actuelle est similaire à Sotchi et les médias ont commencé à rapporter des arrestations de manifestants LGBT en marge des jeux de Sotchi. Espérons cependant que leurs voix seront entendues et que l'attention médiatique portée sur la Russie actuellement amène à moyen terme des avancées en Russie, dans la lutte pour l'égalité des droits pour les LGBT. Ils ont besoin de faire connaître au monde entier la discrimination dont ils sont victimes. Ne les laissons pas tomber.

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