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07/03/2014 11:30 EST | Actualisé 07/05/2014 05:12 EDT

Martine Desjardins et l'opportunisme en politique

On se souvient des trois figures de proue du mouvement étudiant, du printemps érable 2012, Gabriel Nadeau-Dubois, Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins. Ils nous ont impressionnés à l'époque par la clarté de leur discours, la vigueur de leur esprit et la solidité de leur argumentaire. Ils ont inspiré beaucoup de jeunes à prendre conscience de l'importance de s'impliquer dans le monde politique pour faire entendre sa voix. Deux ans plus tard, que reste-t-il de tout ça?

Quand on sait comment le Parti québécois a utilisé le mouvement étudiant pour se faire élire après le printemps érable, on ne peut être que déçu de voir Martine Desjardins se présenter pour ce parti dans Groulx. Cette décision de représenter le Parti québécois est totalement incohérente avec ses prises de position antérieures.

Oh, bien sûr, elle n'est pas la seule. Léo Bureau-Blouin a aussi joint cette formation politique, mais au moins lorsqu'il a rejoint ce parti, il avait la naïveté de croire qu'il pourrait l'influencer positivement. Il ne savait pas encore - et personne ne s'en doutait d'ailleurs - comment le PQ allait trahir le mouvement étudiant avec son sommet sur l'éducation du printemps 2013, un pseudo-sommet où les conclusions étaient écrites d'avance et où il n'y avait pas véritablement d'écoute de la part du gouvernement.

Pourtant, Martine Desjardins était là à ce sommet. C'était même la personne la plus visible du mouvement étudiant. Elle a dénoncé comme bien d'autres la nouvelle politique d'augmentation des frais de scolarité à perpétuité, cachée derrière le concept d'indexation (que Pauline Marois comparait, dans toute sa démagogie, à un gel des frais de scolarité).

Mais en mars 2014, Martine Desjardins ne peut pas plaider qu'elle ne sait pas comment le PQ a trahi le mouvement étudiant. Elle y était, aux premières lignes. Un an plus tard, elle joint le mouvement péquiste. Comment expliquer ce revirement ?

La seule hypothèse plausible qui pourrait expliquer son choix de se présenter pour le Parti québécois serait l'opportunisme politique. À ce sujet, on se souvient en février 2013 de la déclaration de Pauline Marois qui disait de Martine Desjardins «qu'elle serait extraordinaire comme députée». À l'époque, Martine Desjardins plaidait ne pas avoir eu de contact avec le PQ concernant son avenir, mais ni Pauline Marois, ni Jean-François Lisée n'avaient cherché à éteindre la rumeur qui circulait selon laquelle Martine Desjardins pourrait éventuellement joindre les rangs du Parti québécois. Puis, au cours de ce sommet, on a vu Martine Desjardins devenir tout à coup plus flexible quant aux propositions du PQ. La rumeur semble avoir été fondée, la voici candidate...

Comment ne pas avoir envie d'être cynique devant un tel comportement, devant le peu de conviction dont semble faire preuve une certaine frange de la classe politique? Pensons à Daniel Breton et Martine Ouellet, fervents défenseurs de l'environnement, rendus complaisants dans l'exploitation irresponsable du pétrole. Pensons à Gaétan Barette, ancien candidat de la CAQ qui critiquait vertement le PLQ, rendu candidat au PLQ, contre toute logique. Pensons à Jean-Martin Aussant, qui disait vouloir lutter contre vents et marées pour l'indépendance du Québec et a quitté pour l'Angleterre au premier obstacle. Pensons enfin au député transfuge Claude Patry, député du parti fédéraliste NPD, sauter à pieds joints, sans considération pour ses électeurs, au Bloc Québécois, un parti souverainiste. Et que dire de l'incroyable liste de promesses jamais tenues par les vieux partis politiques?

À l'heure où l'on déplore à chaque élection le taux de participation électorale, on constate que rien n'est vraiment tenté dans la classe politique pour donner confiance aux électeurs. L'opportunisme politique tue la santé de la démocratie. Le Québec a désespérément besoin de politiciens intègres, de convictions et de principes. Il a besoin de politiciens cohérents qui ne changent pas de bannière à la première opportunité. Le Québec a besoin de politiciens qui ne sont pas prêts à piller sur leurs principes pour suivre des lignes de partis incohérentes avec leurs valeurs.

Malgré sa jeunesse, et l'espoir d'une nouvelle génération de politiciens intègres qu'elle avait suscités, Martine Desjardins trahit ses convictions et un nombre incalculable de jeunes en plantant le dernier clou sur le cercueil du printemps érable et en ajoutant un nouveau chapitre au livre déjà trop volumineux du cynisme en politique québécoise.

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