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03/01/2019 11:25 EST | Actualisé 03/01/2019 13:04 EST

Quelles sont les chances que Netanyahou soit réélu et complète son nouveau mandat?

Netanyahou est considéré au plan international comme un leader incontournable sur la question palestinienne, la sécurité, la lutte antiterroriste et l’innovation technologique.

NurPhoto via Getty Images
Selon les observateurs israéliens, il est probable que le procureur général porte des accusations de corruption, plutôt avant qu’après les élections.

Les élections parlementaires en Israël auront lieu le 9 avril prochain; un scrutin pour lequel le premier ministre Benjamin Netanyahou est donné favori en dépit d'accusations de corruption par la police.

Netanyahou est suspecté d'avoir reçu des cadeaux s'élevant à 246 000 euros de la part de bienfaiteurs milliardaires en échange d'aide sur plusieurs sujets, d'un accord illicite entre le PM et le propriétaire d'un quotidien israélien qui l'aurait vu mettre des bâtons dans les roues d'un journal rival en échange d'une couverture médiatique favorable de la part du quotidien, et d'avoir fait avancer des règlements au bénéfice de l'actionnaire principal de la plus grande entreprise de télécommunications du pays en échange d'une couverture positive sur un site d'information appartenant à cette même personne.

Tous les sondages donnent le Likoud, le parti de droite de Netanyahou, gagnant par une grande marge sur les autres partis. Pour le moment, les partis de droite performent légèrement mieux que les partis du centre et de gauche. Et, de tous les chefs politiques israéliens, Netanyahou est le plus populaire, suivi de près par Benny Gantz, le chef d'un nouveau parti du centre «Résilience pour Israël» et ancien chef d'état-major de Tsahal. Depuis l'annonce des élections, le paysage politique est en pleine recomposition, autant au centre qu'à droite, avec de nouveaux partis qui se créent et d'autres qui se scindent. Donc, les jeux ne sont pas faits.

Notons que les recommandations de la police israélienne, et récemment du procureur de l'État touchant les accusations de corruption contre Netanyahou et le battage médiatique sur le sujet, n'ont pas réussi à éroder sa popularité et celle de son parti.

Plusieurs facteurs expliquent la forte popularité de «Bibi»

D'abord l'économie se porte très bien depuis plusieurs années. La cote de crédit d'Israël est présentement meilleure que celle de l'Ontario. Sur l'échelle de bonheur, Israël, un pays constamment aux aguets sur le plan sécuritaire, se place 11e dans le monde.

En Israël, on nomme Netanyahou «M. Sécurité» en raison de sa politique sécuritaire musclée. Cependant, il est fortement critiqué par de nombreux experts israéliens en sécurité, qui sont d'avis que les politiques répressives contre les Palestiniens en Cisjordanie ainsi que l'expansion des colonies souvent annoncées en réponse aux actes terroristes sont inefficaces, car elles ne font que perdurer le climat de violence.

L'Iran, une puissance nucléaire potentielle dotée de missiles pouvant atteindre Israël promet de détruire cet État, qui le perçoit comme une menace existentielle.

Les forces iraniennes et celles de son allié du Hezbollah, qui luttent aux côtés du régime d'Assad en Syrie, ont été bombardées avec succès plus d'une centaine de fois par Israël sans que la Russie ne l'en empêche. Sur la question de Gaza, Hamas n'a pas réussi à changer la donne politique avec Israël en sa faveur, malgré la guerre meurtrière de 2014, les manifestations monstres et les actes violents de «la grande marche du retour» orchestrés par le Hamas en 2018. La vague d'attentats des loups solitaires, en 2018, en Cisjordanie et à Jérusalem, a fait de nombreuses victimes surtout chez les Palestiniens.

Les relations politiques, commerciales et sécuritaires se sont resserrées avec plusieurs pays sur tous les continents, exception faite de l'Union européenne (UE) qui a imposé une politique punitive contre les produits et services des colonies (étiquetage des produits des colonies exportés en Europe, accords économiques et scientifiques excluant les colonies). Cependant, Netanyahou a enregistré des succès auprès de certains pays de l'UE en Europe de l'Est, plutôt eurosceptiques et anti-libéraux, visant à miner la politique européenne contre les colonies.

Netanyahou est considéré au plan international comme un leader incontournable sur la question palestinienne, la sécurité, la lutte antiterroriste et l'innovation technologique.

Il a réussi à étendre l'influence d'Israël dans plusieurs régions du globe. Il a ainsi tissé des liens informels au plan sécuritaire et stratégique avec certains pays arabes sunnites surtout l'Égypte, la Jordanie, les pays du Golfe et l'Arabie saoudite, afin de lutter contre l'EI et les velléités hégémoniques de l'Iran au Moyen-Orient. Il a même été invité en visite officielle à Oman alors qu'une de ses ministres a été reçue chaleureusement aux Émirats arabes unis et que l'hymne national israélien (une première) y a été diffusé. Ce rapprochement s'est fait sans que Netanyahou ne cède un pouce sur sa politique d'expansion des colonies de peuplement.

Il a de plus établi d'excellentes relations avec le président Trump qui a reconnu Jérusalem comme la capitale d'Israël, y a déménagé son ambassade et ne s'oppose pas à l'expansion des colonies.

Il a de plus établi d'excellentes relations avec le président Trump qui a reconnu Jérusalem comme la capitale d'Israël, y a déménagé son ambassade et ne s'oppose pas à l'expansion des colonies. Malgré ses mauvaises relations avec l'ancien président Obama, Netanyahou a réussi à faire croître l'aide militaire américaine à Israël de 30 à 38 milliards sur 10 ans. C'est pour cette raison que Netanyahou est vu par la droite comme étant irremplaçable, tant qu'il n'est pas incriminé.

Au plan judiciaire, le gouvernement de coalition, le plus à droite dans l'histoire du pays, a réussi à faire nommer dans les cours inférieures et à la Cour suprême, un bastion du libéralisme en Israël, des juges conservateurs plus ouverts à l'idéologie nationaliste et religieuse.

Selon les observateurs israéliens, il est probable que le procureur général porte des accusations de corruption, plutôt avant qu'après les élections. Si c'est avant, Netanyahou ne compte pas démissionner, car rien dans la loi ne l'y oblige s'il n'est qu'inculpé, tant qu'il n'a pas été condamné et que tous les recours ont été épuisés, soit au début de 2020. S'il est reconnu coupable d'un délit sérieux, il est probable qu'il démissionne et aille en prison, à l'instar de l'ancien président de l'État Moshé Katsav et l'ancien premier ministre Ehud Olmert.

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