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08/12/2017 07:37 EST | Actualisé 08/12/2017 07:38 EST

Ambassade des États-Unis à Jérusalem: est-ce la fin de l’initiative de paix de Trump dans la région?

«Pourquoi a-t-il pris le risque de poser un tel geste?»

La décision du président Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale de l'État d'Israël met fin à la politique américaine de ne pas reconnaitre Jérusalem comme capitale d'Israël jusqu' à ce qu'un accord final entre Israéliens et Palestiniens sur son statut soit conclu.

Cette décision est contrebalancée par des déclarations visant à mettre un baume sur la plaie, soit l'insistance pour que les frontières finales de Jérusalem soient négociées entre Israéliens et Palestiniens dans le cadre d'un accord de paix, le maintien du statu quo touchant le statut des sites religieux à Jérusalem-Est et enfin l'engagement renouvelé des EU pour la «solution de deux états si les deux parties le désirent».

Le déménagement de l'ambassade des EU de Tel Aviv à Jérusalem n'a pas de calendrier précis et pourrait prendre quatre ans et même plus.

Pourquoi Trump a-t-il pris le risque de poser un tel geste? Trump désire remplir sa promesse faite durant la campagne présidentielle de déménager l'ambassade des EU à Jérusalem. Par ce geste, il « livre la marchandise » et "fait mieux » que ses prédécesseurs qui n'ont jamais eu "le courage » de poser un tel geste. C'est donc un geste éminemment politique que Trump pose pour renforcer sa base électorale surtout au sein des évangélistes et des quelques gros donateurs juifs républicains pro-Netanyahou.

Ce geste a été bien accueilli par le premier ministre Netanyahou. A la différence de la politique du gouvernement Netanyahou qui considère Jérusalem (Est et Ouest) comme indivisible, Trump demeure ambigu sur les frontières de la capitale israélienne qui avant 1967 se limitait à Jérusalem-Ouest. Il demeure que l'idée d'une capitale palestinienne à Jérusalem-Est n'est pas exclue par les propos de Trump

L'initiative de paix de Trump lancée il y a quelques mois a-t-elle des chances de survivre suite à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël?

La réaction de la communauté internationale a été généralement négative sauf de rares exceptions. Les réactions les plus stridentes viennent des représentants de l'Autorité palestinienne (AP), de l'Iran et de la Turquie suivis des pays arabes modérés proches des EU tels que l'Égypte, l'Arabie saoudite et la Jordanie.

Selon le leadership palestinien au sein de l'AP, Trump a «détruit la solution des deux états» et dorénavant il compte appuyer la solution d' « un état » binational « avec des droits égaux pour les Palestiniens ». Il ajoute que Washington ne peut plus jouer le rôle « historique de médiateur impartial ». Pour les pays arabes modérés, le geste de Trump constitue une violation du droit international, ce qui est vrai. De plus, il aura des conséquences négatives telles que l'instabilité des pays modérés et la recrudescence du terrorisme. Un sommet de la Ligue arabe et un sommet des pays musulmans seront tenus dans les prochains jours pour décider des actions à prendre par les membres contre la décision américaine.

Les pays alliés des EU tels que la France trouve le geste « regrettable » alors que l'Union européenne (UE) se dit « préoccupée par les répercussions du geste américain sur les perspectives de paix ». L'Allemagne tout comme la Grande-Bretagne, deux alliés proches d'Israël, sont moins diplomatiques et se disent en « désaccord » avec le geste. Le Canada, un ami d'Israël, la Russie, la Chine, les Nations unies et le Vatican réitèrent leur appui au respect des règles internationales à savoir que « la question du statut de Jérusalem ne peut être résolue que dans le cadre d'un règlement du conflit israélo-palestinien ».

Au sein de la communauté internationale, il existe un consensus sur le fait que Jérusalem-Ouest est la capitale d'Israël et que Jérusalem-Est devrait être la capitale du nouvel état de Palestine et qu'un nouveau statut pour la ville, en particulier les lieux saints, devrait être négocié par les parties concernées.

Au moins si Trump avait annoncé aussi dans son discours les contours d'une stratégie de paix donnant-donnant, il aurait pu calmer le jeu.

Le geste posé par Trump crée surtout des désavantages du point de vue des intérêts américains et de la stabilité dans la région à court et moyen terme. En effet, cela ne peut qu'envenimer la situation dans la région en encourageant l'instabilité des pays modérés arabes y compris de l'AP, la violence chez les extrémistes religieux musulmans en raison de la présence des lieux saints musulmans à Jérusalem-Est, et en rendant une solution de paix à court terme plus ardue avec les parties arabes modérées. La « rue arabe » est déjà en furie. A cause de ces menaces, le secrétaire d'état Rex Tillerson et le secrétaire à la défense James Mattis n'auraient pas appuyé la décision de déménager l'ambassade.

Au moins si Trump avait annoncé aussi dans son discours les contours d'une stratégie de paix donnant-donnant, il aurait pu calmer le jeu. Annoncer une telle reconnaissance en faveur d'Israël en offrant si peu aux Palestiniens- soit le soutien conditionnel à la solution de deux états- ne fait qu'éroder à long terme la position des EU comme médiateur sur ce dossier.

Une des implications de la déclaration de Trump est de donner un levier accru aux EU pour amener plus de flexibilité chez la partie israélienne dans une éventuelle négociation de paix. Les chances qu'une telle négociation décolle à court terme se trouvent grandement fragilisées par les déclarations de Trump sur Jérusalem. Au moment où les intérêts des EU, d' Israël et des pays arabes modérés touchant la menace de l' Iran, du Hezbollah et du Hamas convergent et que la cause palestinienne n' est plus dans l' air du temps, la marge de manœuvre de l'AP se réduit en peau de chagrin. Cette nouvelle donne montre que la stratégie suivie par l'AP ne va nulle part.

Même si la plupart des observateurs vouent l'initiative de paix de Trump aux gémonies, il existe un mince espoir si les pays arabes modérés arrivent à exiger plus de flexibilité de l'AP et Trump de même avec le gouvernement Netanyahou.