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26/03/2018 10:29 EDT | Actualisé 26/03/2018 12:19 EDT

Manquer le bateau de l’aérospatial

Nous devons travailler ensemble pour trouver des solutions afin que le Québec demeure un leader mondial en aérospatiale et que notre contribution à ce secteur nous rapporte plus collectivement.

sharply_done via Getty Images

Un troisième âge d'or depuis les débuts et l'ère du jet est sur le point de débuter en aérospatiale. D'ici 2036, 35 155 avions commerciaux (jets régionaux exclus) et 22 000 nouveaux hélicoptères devront être construits. Après avoir franchi le cap des 4 milliards de passagers en 2017, le trafic aérien mondial devrait tripler ces 20 prochaines années. Le développement des drones et des taxis volant sans pilote sont sur le point de bouleverser le monde du transport. Tous les indicateurs pointent vers la création de nouveaux savoir-faire et de nouvelles technologies. De quoi fournir de nombreux bons emplois au Québec.

Actuellement, en aérospatiale, nous sommes plus de 40 000 travailleurs et travailleuses répartis dans plus de 200 entreprises. Notre savoir-faire, mondialement reconnu, repose sur un siècle d'histoire. Une partie de notre réseau d'éducation, de nos infrastructures, de nos institutions et de nos centres de recherches sont dédiés à l'aérospatiale. Il serait donc logique que nous voulions profiter des retombées de cet âge d'or. Cependant, l'ambiance négative qui règne en ce moment nous amène à négliger l'importance de l'aérospatiale, nous en désintéresser et la placer en situation de vulnérabilité.

Des écoles vides

Malgré le fait que 30 000 postes seront à combler durant la prochaine décennie, les programmes d'études en aérospatiale n'attirent pas de relève. Deux fausses croyances sont au cœur de cette pénurie d'inscriptions.

Première fausse croyance, le niveau de spécialisation d'une formation en aérospatiale rendrait les travailleurs et travailleuses dépendant d'un seul métier. Pourtant, les matières étudiées lors d'une formation en aérospatiale apportent un niveau de polyvalence exceptionnel. Les connaissances techniques développées en aérospatiale permettent de maitriser des procédés que l'on retrouve dans plusieurs professions en lien avec la mécanique, l'électronique ou l'usinage de pièces.

Les connaissances techniques développées en aérospatiale permettent de maitriser des procédés que l'on retrouve dans plusieurs professions en lien avec la mécanique, l'électronique ou l'usinage de pièces.

Deuxième fausse croyance, nous avons construit le mythe d'une industrie instable et incapable de générer des emplois durables. Lorsque nous parlons d'aérospatiale au Québec, il est souvent question de scandales de mises à pied ou de délocalisations et peu de nos réussites. Pourtant de 1984 à 2016, le nombre d'emplois dans le secteur est graduellement passé de 25 000 à plus de 40 000. Durant cette période, nous avons connu trois récessions, deux guerres du Golfe, deux crises financières, une crise pétrolière, les attentats du 11 septembre et le SRAS. Ces évènements sont venus bouleverser l'ensemble de nos sociétés. En aérospatiale, elles ont provoqué des baisses temporaires du niveau d'emplois sans en affecter sa progression à long terme.

À la croisée des chemins

Grâce à l'aérospatiale, plusieurs dizaines de milliers de Québécois et de Québécoises bénéficient d'une excellente qualité de vie, de bonnes conditions de travail et de salaires en moyenne 45% plus élevés que dans l'ensemble du secteur manufacturier.

Cependant, si les Québécois et Québécoises n'ont plus d'intérêt pour ce secteur, tôt ou tard les entreprises et leurs clients seront confrontés au défi de tenter de faire réaliser leurs contrats ailleurs. Les maîtres d'œuvre (Bell Hélicoptère, CAE, Bombardier ou Pratt &Whitney), les équipementiers (Rolls Royce ou Safran-Messier-Bugatti-Dowty), leurs nombreux fournisseurs, les institutions publiques, les organisations internationales, les écoles de formation professionnelle et les centres de recherches en aérospatial seront affectés par cette situation. L'effet domino que provoquera le manque de relève pourrait mener à une décomposition du secteur aérospatial, à un ralentissement des certaines avancées technologiques, à des pertes d'emplois et d'opportunités d'emplois ainsi qu'à un affaiblissement de notre économie.

Faire preuve de vision

Depuis 2016, nous avons été plusieurs à dire que les Libéraux ont commis des erreurs dans le dossier C-Séries et que nous devons revoir nos façons de soutenir notre économie. Les hausses de salaire des dirigeants de Bombardier en sont une preuve évidente. Il faut par contre se montrer prudent dans la façon de formuler nos critiques si nous ne voulons pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le traitement de ce dossier a contribué à donner une fausse image de l'aérospatial québécois ce qui a amplifié le problème de pénurie de relève.

Le moment serait plutôt venu de faire preuve de plus de vision et de courage politique en laissant de côté le cynisme. Nous devons travailler ensemble pour trouver des solutions afin que le Québec demeure un leader mondial en aérospatiale et que notre contribution à ce secteur nous rapporte plus collectivement.

En ce moment, la qualité de notre travail et notre réseau de formation sont reconnus mondialement. Montréal partage toujours le titre de capitale mondiale de l'aérospatiale avec Seattle et Toulouse et héberge le plus grand nombre d'organismes internationaux au monde dans ce secteur. Le niveau d'activité, le professionnalisme ainsi que la diversité de notre industrie demeurent une force d'attraction redoutable. Par contre avant qu'il ne soit trop tard, nous devons faire de l'avenir de cette industrie un projet de société dont nous serons fières.

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