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23/12/2018 06:00 EST | Actualisé 23/12/2018 06:00 EST

Gilets jaunes, réseaux sociaux et mondialisation

Les gilets jaunes sont un mouvement anarchique qui se révolte contre le système des partis politiques et des syndicats traditionnels qu’ils mettent au rang des puissances manipulatrices.

On pourrait voir dans le «giletjaunisme» un symbole de révolution contre les riches et pour une meilleure répartition de la richesse.
NurPhoto via Getty Images
On pourrait voir dans le «giletjaunisme» un symbole de révolution contre les riches et pour une meilleure répartition de la richesse.

Mis à part le slogan «Macron Démission!», les rassemblements des gilets jaunes en France ne semblent pas exprimer une position cohérente et unificatrice.

La crise de confiance envers le monde politique

Le thème qui revient souvent à la bouche des manifestants est celui des difficultés économiques: dans l'amalgame des revendications exprimées, on peut noter l'exigence de hausses de salaires, de prêts sans intérêt, de réduction de la TVA, de baisse des coûts de l'essence, de même que les pénalités moindres en matière d'infractions routières, ou encore la restauration de l'impôt de solidarité (ISF), bien que cette dernière mesure risque d'augmenter la fuite des capitaux et de freiner les investissements étrangers.

On pourrait voir dans le «giletjaunisme» un symbole de révolution contre les riches et pour une meilleure répartition de la richesse.

L'élection qui a porté Macron à la présidence de la France en 2017 a été une protestation envers les partis politiques traditionnels. On a attendu des miracles de Macron, qui n'a pas à sa disposition l'avantage des rouages d'un parti politique expérimenté ou d'une assise populaire suffisamment solide. Aussi ne peut-il communiquer adéquatement les bons côtés des mesures économiques qu'il prend. D'où la perception accrue d'une déconnexion du pouvoir et de la population.

D'abord prudentes, l'extrême droite et l'extrême gauche ont tenté de récupérer la vague giletjauniste; les «casseurs» qui n'ont pas besoin de motivation rationnelle n'ont pas manqué de jeter de l'huile sur le feu, augmentant considérablement le nombre de blessés (des centaines) et le nombre d'arrestations (des milliers). L'opinion publique et les médias ont vu d'un œil sympathique ces manifestations et ont fermé les yeux sur certaines violences. Ce ne serait plus le cas si Paris commençait à ressembler de plus en plus à Kaboul ou à Gaza.

La France se porte bien

L'effet des mesures économiques de l'administration Macron est somme toute, limité. La hausse du prix de l'essence de 3,9 centimes pourrait se traduire par le plein d'essence qui coûterait près de 4 euros supplémentaires.

À cela s'ajoute la crainte des effets d'éventuelles mesures écologiques du futur dans le domaine du transport, mesures qui risqueraient d'affecter essentiellement la province. Il n'en demeure pas moins que la France offre une couverture sociale enviable ainsi qu'une assurance maladie universelle; une semaine de travail plus courte et des jours de congé plus nombreux; un âge de retraite plus avancé; une bonne qualité d'enseignement et de services médicaux.

Les évènements du mois de décembre en France surviennent alors même que le président Macron s'apprête à jouer un rôle majeur au sein de l'Union européenne: la chancelière allemande Angela Merkel s'apprête à quitter la politique et la Grande-Bretagne est aux prises avec les difficiles conditions de sortie de l'Union européenne (le Brexit).

Le président Macron a dû repenser ses priorités et porter son attention sur le phénomène des gilets jaunes; il a fait des concessions qui se chiffrent à une douzaine de milliards d'euros.

La Russie de Poutine prend des initiatives de plus en plus osées, en Ukraine notamment; la Chine s'affirme économiquement avec la nouvelle route de la soie et l'Inde émerge également comme puissance majeure. En outre, les gazouillis du président américain Trump sont déroutants.

Le président Macron a dû repenser ses priorités et porter son attention sur le phénomène des gilets jaunes. Il a fait des concessions qui se chiffrent à une douzaine de milliards d'euros, comprenant entre autres mesures l'annulation de l'augmentation du prix du carburant, la hausse du salaire minimum et la défiscalisation des heures supplémentaires. Concessions insuffisantes et tardives? Comment le gouvernement va-t-il en assumer les coûts?

La France vit au-dessus de ses moyens. Les initiatives du président Macron vont dans le sens des réformes dont la France a besoin. Ainsi et à titre d'exemple, l'espérance de vie a augmenté de 20 ans par rapport au début de la Ve République et les fonds de retraite peinent à boucler le budget.

La crise de confiance envers les médias

Par le passé, les messages se transmettaient oralement ou par pamphlets. Aujourd'hui, les téléphones, Facebook et Twitter constituent un relais instantané à l'échelle de la planète. Toute affirmation peut faire boule de neige, être amplifiée et dramatisée à chaque retransmission et, dans le cas d'une manifestation populaire, augmenter considérablement la frustration et la colère des manifestants.

Il faut le rappeler: l'Internet est un fourre-tout. On y place n'importe quoi. Mais on peut y trouver aussi des diamants. Dans les réseaux sociaux, on peut affirmer que le gouvernement infiltre des agents provocateurs au sein des manifestants (il y a été dit que l'État aurait commandité l'attentat au marché de Noël à Strasbourg) et les progouvernementaux peuvent aussi avancer que c'est la Russie, qui a su pénétrer les réseaux informatiques de par le monde, et qui est à la source du marasme présent.

Dans un sens, la crise actuelle est une leçon d'humilité pour les médias qui semblent avoir perdu leur crédibilité au profit de réseaux parallèles.

Pourquoi donc ces manifestations?

Bien que les gilets jaunes ne soient pas un mouvement structuré, il est possible d'avancer certaines hypothèses relativement à la source du malaise actuel.

Nous vivons dans une société de consommation. Il n'y a pas de limite à l'appétence que des publicités savantes provoquent. On est et on sera toujours en manque. Or, les ressorts économiques semblent se détendre ailleurs, dans un monde boursier sophistiqué dont on ne comprend souvent pas les rouages.

En effet, l'enseignement français classique fait retenir aux élèves les dates des batailles de Pavie et de Marignan, mais on ne pense guère y introduire les mécanismes économiques et financiers qui régissent l'économie libérale.

L'incompréhension de ces mécanismes est un ingrédient propice aux théories complotistes voulant que l'économie soit mue par des puissances occultes.

Les gilets jaunes sont un mouvement anarchique qui se révolte contre le système des partis politiques et des syndicats traditionnels qu'ils mettent au rang des puissances manipulatrices.

Hollywood, dont l'emprise culturelle est profonde, a habitué le public à des dénouements-surprises au sein de trames complexes dans lesquelles les héros tentent de lutter contre les manipulations de la toute puissante CIA. Le complotisme permet d'ériger des échafaudages de ouï-dire qui deviennent vraisemblables pour autant qu'ils soient à peine plausibles. À la limite, le complotisme trouve des raisons secrètes dans un fait ou son contraire. Les réseaux sociaux sont tels une boîte de Pétri pour ce qui en va des rumeurs.

Le revers de fortune de la mondialisation

La mondialisation offre à tout un chacun des produits à bas prix, mais elle s'accompagne d'un effet pervers: la fuite progressive des usines et des emplois en Extrême-Orient. Les grandes surfaces remplacent de plus en plus les petits commerces qui génèrent tant d'interaction sociale. En outre, l'automation rend caduc un grand nombre de métiers.

Or, se nourrir du fruit de son travail est la dignité première qui refuse d'être bafouée. Se résoudre à vivre aux frais de l'aide sociale, fût-elle généreuse, est humiliant pour plusieurs. À cette appréhension de l'avenir en marche — chez les jeunes notamment —s'ajoute le besoin grandissant de mieux gérer son temps libre de façon enrichissante et constructive. Au demeurant, c'est le rejet des répercussions de la mondialisation qui a porté Trump au pouvoir aux États-Unis.

La révolte d'un peuple contre ses élites peut mener à une refonte des valeurs qui aille de l'avant ou encore qui dégénérera en violence, en anarchie et autres dérives. Certains slogans affichés durant cette campagne tel que «Le people aux abois/Tuons les bourgeois» ont de quoi préoccuper.

La France se trouve à un carrefour: il devient impératif d'endiguer la vague actuelle en établissant un dialogue qui fasse entendre raison.

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