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09/07/2015 08:30 EDT | Actualisé 09/07/2016 05:12 EDT

L'expansionnisme chiite et la levée des boucliers sunnites

Depuis la révolution iranienne en 1979, l'Iran a cherché à exporter sa révolution «islamique» et à étendre son influence dans les pays disposant de populations chiites importantes.

La scission entre Chiites et Sunnites commença par une guerre de succession à Mahomet à titre de calife entre les Chiites qui étaient partisans de la nomination d'un héritier en ligne directe ou proche de celle-ci, et les Sunnites qui optaient pour un successeur choisi parmi les compagnons du prophète. Cette scission se continua par des guerres, puis par une différenciation idéologique: pour l'islam sunnite, la révélation s'est terminée avec le prophète Mahomet, censé être le dernier des prophètes; la croyance des Chiites en l'arrivée d'un futur mahdi constitue une hérésie aux yeux des sunnites.

Aujourd'hui, les Chiites sont majoritaires en Iran (90-95%), en Irak (65%), et au Bahreïn (65 à 75%). Ils constituent une minorité importante dans d'autres pays: Liban (40 à 50%), Yémen (35 à 40%), Koweït (20 à 25%), Syrie, Turquie et Arabie (15 à 20%), Qatar et Émirats arabes unis (10%) et Oman (5 à 10%). Le Bahreïn à majorité chiite est gouverné par un roi sunnite et la Syrie à majorité sunnite est gouvernée par le clan alaouite se rattachant à la mouvance chiite. La révolte chiite au Bahreïn a été durement matée par l'Arabie et la révolte sunnite en Syrie a dégénéré en guerre civile. De façon générale, les minorités chiites des pays du Golfe ont moins de droits que les citoyens sunnites et leurs doléances ne sont, en fin de compte, guère entendues.

Depuis la révolution iranienne en 1979, l'Iran a cherché à exporter sa révolution «islamique» et à étendre son influence dans les pays disposant de populations chiites importantes, tout comme en Irak, au Bahreïn, en Syrie, au Liban et au Yémen, ou même au sein des Gazaouis qui sont majoritairement sunnites.

Dans les faits, l'expansion de l'influence iranienne est devenue plus agressive suite au retrait graduel des forces américaines d'Afghanistan et d'Irak. Rappelons que l'Iran et l'Irak s'engagèrent dans une guerre qui fit près d'un million de morts. Les guerres du Golfe qui ont suivi l'invasion du Koweït par l'Irak et l'invasion américano-britannique de l'Irak ont largement affaibli ce pays. Aussi, l'Iran y a grandement étendu son influence auprès des Chiites, longtemps brimés par les dictateurs irakiens. Il en fit de même auprès des Chiites libanais lorsque la guerre civile prit fin. Ainsi, l'arc d'influence iranienne s'étend du Golfe à la Méditerranée.

En Iran même, les libertés sont brimées, les condamnations à mort se comptent par centaines et le pays souffre des sanctions internationales qui lui ont coûté plus de 100 milliards de dollars. La mollacratie dispose de moyens qui ne sont pas imputables au parlement iranien: des budgets considérables ainsi que l'armée privée des gardiens de la révolution. Son pouvoir d'action serait décuplé si les sanctions internationales prenaient fin.

L'inquiétude des Sunnites du Proche-Orient se traduit par une aide soutenue aux rebelles syriens, une intervention militaire musclée au Yémen et une grogne publique envers le président Obama. À leurs yeux, l'intervention américaine en Irak a desservi les intérêts iraniens et le président Obama cherche à tout prix un arrangement avec l'Iran sans mesurer les conséquences désastreuses qui pourraient en résulter, y compris la course aux armements nucléaires. En effet, le ralliement désespéré des Sunnites irakiens à l'État islamique n'est que le tantième des aberrations du nouveau Moyen-Orient éclaté. La partisanerie ethnique et religieuse, les intérêts pétroliers et ceux des vendeurs d'armes de même que les ambitions hégémoniques régionales n'ont pas fini de s'entrechoquer dans une confusion machiavélique de jeux d'alliances et de contre-alliances.

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