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25/02/2018 08:00 EST | Actualisé 25/02/2018 08:00 EST

À la recherche du jardin d’Éden: un jardin d’Éden à l’Ouest

Une autre  hypothèse relative à l’emplacement du Jardin d’Éden peut découler des sources bibliques et de l’épopée sumérienne de Gilgamesh.

Fournie par David Bensoussan

Comment interpréter Qédem ?

Dans la Bible, il est précisé que le jardin d'Éden a été planté à partir de Qédém (Genèse 2-8): « L'Éternel-Dieu planta un jardin en Éden, à partir de l'Orient. »

Le mot Qédém a une résonnance particulière. Qédém se traduit par partie frontale, orient ou antique. Qédém a également été légendaire par la sagesse de ses habitants (Rois I, 5-10, Isaïe 19-11), et Job lui-même était « plus grand que tous les fils de Qédém (Job 1-3) ». Élohim Lui-même réside à Qédém (Psaumes 55-20) et chevauche les cieux, les cieux de Qédém (Psaumes 68-34). La nostalgie des temps anciens, les temps de Qédém est un thème lancinant dans la Bible (Lamentations 1-7 et 21-5, Psaumes 143-5, Isaïe 51-9). mais dans ce dernier cas, Qédém signifierait "antique" plutôt qu'un endroit géographique.

La thèse d'un Jardin d'Éden à l'Ouest peut être également étayée par le fait que le mot Qédém que nous rendons par Orient désignait autrefois la proximité de la cité de Haran, incluant le Désert syrien. Ceci est par ailleurs corroboré par d'anciens documents de la douzième dynastie égyptienne. Qédém se trouvait en Aram (la Syrie actuelle): le patriarche Jacob se dirigeait vers Qédém lorsqu'il rencontra des bergers de Haran (Genèse 29-1) : « Jacob se mit en chemin (vers Haran) et alla vers la terre des enfants de l'Orient. »

C'est donc en Haute Mésopotamie qu'il faut situer Qédém pour autant que Qédém soit interprété comme une région géographique.

Recoupements épigraphiques

Lors de son voyage, alors qu'il était en quête d'immortalité, le héros sumérien Gilgamesh entre dans une montagne où l'obscurité est totale avant de déboucher près d'un bosquet de pierre dont les fruits sont la cornaline. Des vignobles "bien à voir" y pendent, les feuilles sont faites de lazulite et les fruits sont "agréables à regarder". Nous avons là une description d'un jardin de pierres précieuses. Ceci rejoint le texte de la Genèse dans lequel il est fait mention d'or et de pierres précieuses (Genèse 2-11 et 2-12) et Ève trouvait que l'arbre du fruit défendu était "agréable à regarder".

Dans Ézéchiel (Ézéchiel 28-11 à 28-19, 31-8 à 31-9, 31-16 à 31-18), il est fait mention du Jardin d'Éden ou Jardin d'Élohim. C'est un endroit où pousse tout arbre "agréable à voir et à manger". On y trouve de l'or et des pierres précieuses. On y trouve cèdres, cyprès et platanes.

Le voyage de Gilgamesh

Prenons en considération la donne voulant que lorsque le héros sumérien Gilgamesh se déplace vers l'Ouest, il longe probablement l'un des fleuves du Tigre ou de l'Euphrate. Beth Éden (Tell Barsip) se trouve sur la rive de l'Euphrate et la consonance de ce site évoque l'Éden. Beth Éden se trouve dans le pays de Qédém au Sud de Haran et que des archéologues ont identifié comme étant Bit Adini dans les annales assyriennes : il y a de cela trente siècles, le roi assyrien Shalmanassar III (858-824) avait conquis un des royaumes araméens du nom de Beth Éden (bêth 'édéne) localisé au Sud de Haran, sur la rive de l'Euphrate. Or, ce site doit être écarté, car il ne concorde pas aux restes de recoupements qu'il est possible de faire entre le texte de la Genèse et l'épopée de Gilgamesh : en effet et au terme de son voyage, Gilgamesh rencontre la mer.

Toutefois, le royaume de Beth Éden s'étendait sur les deux rives de l'Euphrate entre les affluents de Al Balikh au Sud-est et de Sajra à l'Ouest, ce qui limite la frontière nord de ce royaume à une vingtaine de kilomètres au Sud de l'actuelle frontière syro-turque. Il est difficile de parler de "hauteurs de Qédém" dans cette région désertique, ce qui nous amène à remonter le fleuve de l'Euphrate encore plus à l'Ouest et localiser les hauteurs de Qédém plus au Nord dans la Turquie actuelle. Nous devons donc continuer la recherche plus à l'ouest : vers la Méditerranée ou encore en longeant toujours l'Euphrate pour aboutir dans la région du lac de Van en Turquie orientale. D'autres indices convergent vers une telle hypothèse.

Le pays de Hatti

Dans la généalogie de la Genèse (Genèse 10-19), la branche dite protohittite ou Hatti se rattache au Canaan : « Canaan engendra Sidon (nom d'une cité voisine de Tyr), son premier né, puis Heth. » Ce n'est qu'au début de l'Âge de Bronze Moyen que les envahisseurs indo-européens adopteront le nom local d'Hittites. Bien que l'hégémonie politique et militaire des royaumes égyptiens et hittites durant l'Âge de Bronze Moyen soit parfaitement documentée, il se pourrait fort bien que l'hégémonie hittite ait été précédée d'une hégémonie cananéo-phénicienne qui se serait étendue jusqu'en pays Hatti. Dans la Bible, la Terre de Canaan s'étend d'ailleurs du Désert et du Liban à l'Euphrate et inclut le pays des Hittites : « Depuis le Désert jusqu'au Liban que voilà et jusqu'au grand Fleuve, le fleuve de l'Euphrate, tout le pays des Héthéens jusqu'à la grande mer, au couchant, tel sera votre territoire (Josué 1-4). »

Par ailleurs et selon plusieurs historiens de l'Antiquité, les Tyriens faisaient remonter la fondation de leur ville à la plus Haute Antiquité. Le pays de Hatti aurait pu dépendre de Tyr. Y aurait-il une concordance quelconque avec l'incantation d'Ézéchiel au roi phénicien de Tyr qui, comme dans le récit de la Genèse, évoque l'Éden et les pierres précieuses (Ézéchiel 28-11 à 28-19)?

« Fils de l'homme, entonne une élégie sur le roi de Tyr...Tu étais dans l'Éden, le jardin de Dieu; toutes les pierres précieuses te couvraient: rubis, topaze et émeraude, tartessienne, onyx et jaspe, saphir, escarboucle et diamant, de l'or également. »