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18/06/2015 11:37 EDT | Actualisé 18/06/2016 05:12 EDT

6 bonnes raisons d'aimer les profs

Ça fait un an que j'ai laissé mon poste de directeur d'établissement et je réalise à quel point il me manque de dire aux profs qu'ils accomplissent un travail formidable.

C'est plus fort que moi. Ça fait un an que j'ai laissé mon poste de directeur d'établissement et je réalise à quel point il me manque de dire aux profs qu'ils accomplissent un travail formidable. Je sais, on devrait leur dire toute l'année. Mais cette période particulière de la fin des classes se prête tellement bien aux manifestations de gratitude, alors que les élèves et leurs profs sont sur les rotules et les émotions, à fleur de peau. Bien que les raisons qui en sont la cause évoquent une grosse fatigue, nous vivons un merveilleux moment de sensibilité exacerbée. Profitons-en.

Il y a aussi que j'en ai un peu marre des injonctions qui appellent à la transformation des pratiques pédagogiques pour coller à l'air du temps, comme si les profs s'étaient collectivement cloîtrés dans un sanctuaire, déconnectés des innombrables bienfaits de la modernité, pour mieux célébrer les vertus de l'enseignement magistral qui oppresse les enfants depuis le XIXe siècle.

Déjà qu'on cherche à leur imposer des conditions de travail iniques et augmentations salariales fantomatiques, pas besoin d'en remettre avec des jugements à l'emporte-pièce sur leur soi-disant immobilisme.

Voici donc six bonnes raisons d'aimer les profs.

Je me doute bien que certains se plairont à dénicher les parfaits contre-exemples pour chaque affirmation, mais vous savez quoi? Je m'en fous un peu. Pour une rare fois, je me complais avec délectation dans un exercice de généralisation dont tous les profs dignes de ce nom dénonceront le manque de rigueur. Là est le paradoxe: les profs sont rigoureux. C'est la première raison de les aimer. Mais j'assume: généraliser fait du bien, surtout quand c'est mérité.

Je précise tout de même que l'échantillon qui me guide dans la confection de cette liste inachevée est composé des profs que j'ai connus comme élève et comme collègue. J'ai aussi eu la chance de diriger un établissement scolaire où les profs sont extraordinaires. Sur un plan personnel, j'ajoute mon fils, enseignant dans un milieu difficile, et j'en conçois une immense fierté.

Les profs sont courageux

Se lever chaque matin pour aller au boulot, je sais, c'est trivial. Mais quand le travail consiste à animer des groupes de jeunes dont on ne sait l'humeur, la motivation, la profondeur de l'estomac, les tensions à la maison... Avouez qu'une bonne dose de courage s'impose, parce que chaque jour est unique.

Pareil pour composer avec l'agressivité de certains, ou de leurs parents. Tenir bon. Tenir tête, souvent. Avancer. Jamais facile.

Les profs sont compétents

Il est affligeant d'énoncer une telle lapalissade: les profs connaissent leurs matières et les subtils arcanes de la pédagogie pour la transmettre de façon à ce que les élèves apprennent. C'est aussi simple que ça. Pourquoi faut-il le rappeler?

Les profs sont bienveillants

On documente de plus en plus la force de l'impact affectifdans la relation élève-prof. Ici, la bienveillance de l'adulte alimente la dimension émotionnelle de l'apprentissage, et c'est toujours pour le mieux.

Attentifs aux difficultés des jeunes, préoccupés de leur réussite, les profs se font toujours du souci pour chaque enfant qu'on leur confie. Le doute qui les habite les pousse à placer à un haut niveau les exigences humaines de leur métier. Les profs sont des êtres sensibles, toujours malheureux devant l'échec d'un élève.

Les profs sont professionnels

On a parfois tendance à l'oublier! J'ai déjà eu l'occasion de disserter sur l'illusion de l'autonomie professionnelle qui s'exprimait dans le discours officiel sur la réforme, ou le «renouveau pédagogique». On cherchait alors à formater les pratiques pédagogiques selon la doctrine socioconstructiviste, dont les reliquats empoisonnent encore quelques débats sur les pédagogies dites contemporaines. Le professionnalisme des profs se manifeste par le sens critique, le jugement, l'expérience et une certaine conception de la liberté de choisir l'approche qui convient le mieux aux élèves, ce que reconnait la Loi sur l'instruction publique (art. 19). Si les profs sont parvenus à s'approprier la réforme, c'est justement grâce à cette qualité.

Les profs sont capables d'innovation

Oubliez les discours calamiteux qui voudraient nous faire croire à l'ultraconservatisme de la profession et ses méthodes moyenâgeuses. D'abord, ce n'est même pas vrai! Ensuite, l'innovation ne réside pas seulement dans l'iPad, le nuage et Twitter, n'en déplaise aux hérauts du tout numérique. Il est encore possible d'innover dans le monde matériel, en privilégiant les contacts humains sans l'intermédiaire de médias.

Comme tout le monde, les profs sont perméables aux avancées technologiques, mais y progressent avec discernement. On ne saurait trop leur reprocher, quand on apprend le fiasco de l'implantation de l'iPad dans le plus gros conseil scolaire des États-Unis et l'appétit particulier des dirigeants de la Silicon Valley pour la pédagogie Waldorf, où toute techno est interdite, parce qu'elle nuirait à la créativité et la capacité d'attention de leurs enfants.

«Les enseignants sur qui repose l'édifice sont mal payés pour l'importance de leur mission.» Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Alain Dubuc dans son récent billet «Les enfants ne sont pas des paramètres». Le chroniqueur, pas spécialement reconnu pour ses sympathies de gauche, touche un point particulièrement sensible. Quoi qu'il en soit, les profs méritent mieux comme reconnaissance.

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