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18/06/2018 15:38 EDT | Actualisé 18/06/2018 15:38 EDT

Le Québec, une démocratie? Vous voulez rire.

Nos prétendus représentants du peuple ne représentent pas le peuple, mais l'élite.

Le ministre des Finances Carlos Leitao et le premier ministre du Québec Philippe Couillard
Reuters
Le ministre des Finances Carlos Leitao et le premier ministre du Québec Philippe Couillard

Ce que nous appelons démocratie consiste en l'élection périodique de gens que nos médias appellent les représentants du peuple et qui, pendant quatre ans, font ce qu'ils veulent sans trop se soucier de notre avis. Alors que le Québec s'apprête à remplacer une équipe de droite, le Parti libéral du Québec, par une autre, la Coalition Avenir Québec, il est légitime de se demander pourquoi, comme le dit la sagesse populaire, plus ça change, plus c'est la même chose. La raison fondamentale est que nous vivons dans une démocratie de façade. Nos prétendus représentants du peuple ne représentent pas le peuple, mais l'élite.

Première imposture, le corps parlementaire est un club essentiellement masculin. Selon les données de l'Assemblée nationale, la dernière législature comprenait 27,2 % de députées féminines alors que la proportion de femmes dans la société québécoise est de 50,3 %. Toutefois, il ne suffirait pas de truffer la députation d'avocates et de femmes d'affaires pour se retrouver en démocratie, car, autre imposture, l'immense majorité des membres de l'Assemblée nationale sont issus de l'élite. Ce sont d'abord des personnes qui ont bénéficié d'une éducation hors du commun, 79,2 % de diplômés des universités contre 29,4 % pour la population générale. Ce sont tout, sauf des gens ordinaires.

Un déséquilibre entre l'élite et les «gens ordinaires»

Au lendemain des élections générales de 2014, Radio-Canada avait effectué un recensement de l'origine socioprofessionnelle des nouveaux élus. Si on regroupe ces données en deux catégories, élite et gens ordinaires, regroupement certes subjectif, mais néanmoins parlant, on obtient le tableau suivant. 100 de nos 125 parlementaires sortants sont issus de professions liées à l'élite : 26 gestionnaires publics ou privés, 24 chefs d'entreprise, 21 avocats et notaires, 14 journalistes, 9 personnalités du monde de l'économie et des finances, 4 médecins, 2 pharmaciens. Côté «gens ordinaires», on ne retrouve que 25 élus : 6 enseignants, 3 policiers, 2 travailleurs communautaires, 2 syndicalistes, 2 agriculteurs et une infirmière. Et encore à condition de ne pas être trop regardant quant à l'appartenance sociale de ces «gens ordinaires». On pourrait encore réduire leur nombre en établissant une distinction entre professeur titulaire de chaire et prolétaire du corps enseignant, entre simple policier et chef de police, etc.

L'immense majorité de la population québécoise n'est pas représentée par nos supposés représentants du peuple. En effet, quelles sont les professions les plus fréquentes au Québec ? Selon les dernières données disponibles (2010, voir pages 7-8 de ce document), aucun des 5 métiers masculins les plus importants ne se retrouve à l'Assemblée nationale : vendeurs-commerce de détail, camionneurs, gérants-commerce de détail et de gros, charpentiers-menuisiers, cuisiniers. Même situation chez les femmes : adjointes administratives, vendeuses-commerce de détail, caissières, éducatrices et aides-éducatrices de la petite enfance, infirmières. Seule la députée péquiste Lorraine Richard, une infirmière, fait figure d'exception.

Comment s'étonner que les politiques de nos gouvernements soient principalement dictées par les intérêts des riches et des puissants alors que nos élites sont grossièrement surreprésentées au sein de la députation ? En excluant le cas des infirmières, les neuf principales professions masculines et féminines constituent 14,6 % de la population active du Québec. Représentation parlementaire ? Zéro. Au contraire, les avocats et notaires, qui ne comptent que pour 0,6 % de la population active, occupent 16,8 % des sièges de l'Assemblée nationale. Et les médecins et les pharmaciens, 0,75 % de la population active, 4,8 % de la députation. On peut ajouter à ce bilan le peu de représentants de la jeunesse ; 85 % des membres de l'Assemblée nationale ont 40 ans et plus alors que cette classe d'âge ne constitue que la moitié de la population, 52 % pour être exact.

De toute évidence, ce ne sont pas les bénéficiaires du régime qui vont contester ce système politique inique hérité de la période coloniale.

Des idées pour s'en sortir

Comment sortir de ce système élitiste ? Vraisemblablement les élections d'octobre 2018 vont consacrer la victoire de ceux qui ont toujours été au pouvoir, quelles que soient les étiquettes partisanes. De toute évidence, ce ne sont pas les bénéficiaires du régime qui vont contester ce système politique inique hérité de la période coloniale. Une idée fait cependant son chemin, la rédaction d'une première constitution citoyenne du Québec par une Assemblée formée de représentants du peuple, le vrai cette fois-ci. L'Institut du Nouveau Monde et le professeur de théâtre Christian Lapointe lancent ces jours-ci une expérience en ce sens appelée «Constituons!» D'ici un an, 45 citoyens ordinaires sélectionnés par la firme Léger vont sillonner le Québec, recueillir les opinions de la population et rédiger un projet de constitution qui corresponde au régime politique auquel les Québécois aspirent véritablement. Ils vont faire la démonstration qu'il est possible de changer les choses.

Cette expérience n'aura pas force de loi. Aussi, un autre groupe, l'Alliance pour une constituante citoyenne du Québec, lance un appel aux personnes candidates aux élections générales pour leur réclamer un engagement à faire adopter une loi créant une assemblée constituante citoyenne dont les membres seraient tirés au sort à partir de la liste électorale. Le projet de constitution en résultant serait soumis à un référendum exécutoire.

On le sait, près du tiers de nos concitoyens ne se dérangent même plus pour aller voter, 61 % chez les 18-24 ans. Et à trois mois des élections, les sondeurs nous apprennent que les trois quarts des électeurs sont insatisfaits des politiciens qu'ils ont élus quatre ans plus tôt. Si l'on ne veut pas sombrer dans les caricatures de démocraties que sont la ploutocratie américaine, la kleptocratie brésilienne ou les dictatures russes, turques ou chinoises, il serait grand temps de rendre le pouvoir à son propriétaire légitime, le peuple, de nous doter d'une véritable démocratie.

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