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10/03/2018 08:00 EST | Actualisé 10/03/2018 08:00 EST

Baisse de productivité des médecins: le ministre le savait

Le ministre Gaétan Barrette sait qu’il n’a pas une bonne main et qu’il ne lui reste plus que le bluff.

LA PRESSE CANADIENNE

Les articles parus simultanément dans La Presse et Le Devoir du 7 mars présentent les résultats les plus spectaculaires d'une étude ayant pour auteur principal M. Damien Contandriopoulos. On y apprend que, malgré les augmentations fulgurantes de revenus qui leur ont été consenties, les médecins sont de moins en moins productifs.

Il est à la fois choquant et incompréhensible que cette diminution de productivité n'ait pas servi à contenir ces hausses de revenu. Les équipes de négociations du gouvernement ont depuis toujours à leur service des actuaires engagés à temps plein pour analyser les données de la RAMQ. Ainsi, du côté du MSSS et du Conseil du Trésor, on était parfaitement au courant que depuis plusieurs décennies il y a eu une baisse constante de la productivité moyenne des médecins, que celle-ci soit mesurée en nombre d'actes ou en nombre de jours travaillés.

D'ailleurs, dès son entrée en fonction le ministre Barrette qui voulait forcer les médecins à travailler davantage avait laissé couler quelques statistiques. On y apprenait qu'en 13 ans, de 1999 à 2012, les médecins de famille ont réduit de 18 jours leur temps de travail annuel. Les spécialistes ne sont pas en reste. En excluant la garde sur appel, la réduction est de 17 jours pour les médecins des spécialités médicales et de 22 jours pour ceux des spécialités chirurgicales. C'est comme si, avant même de conclure une nouvelle entente, les médecins avaient obtenu une prime de 4 semaines supplémentaires de vacances.

Mis à part cette exception, le ministre s'oppose toujours vigoureusement à la divulgation des études de son propre ministère sur la productivité des médecins. Déjà en 2015, pour contrer une demande d'information, ses représentants alléguaient étrangement devant la commission d'accès à l'information que la divulgation de ces études lèverait le voile sur une partie de la stratégie gouvernementale de négociation. Ces études demeurées secrètes révélaient notamment qu'une proportion importante de médecins travaillent à temps partiel.

Le ministre qui prétend tout savoir affirme sans présenter aucune donnée probante que la baisse de productivité (augmentation du niveau de rémunération et diminution des services médicaux offerts) observée durant la période 2006-2015 ne correspond plus à la réalité des années 2016 et 2017, car il a depuis mis en place des réformes pour corriger cette situation.

Le ministre qui prétend tout savoir dispose des plus récentes données de la RAMQ qui permettraient aux actuaires du MSSS et du Conseil du Trésor de compléter la séquence des chercheurs et de produire des tableaux pour la période 2006-2017, mais il sait pertinemment que ces données ne démontreront aucun bris de tendance et que ses prétentions sont inexactes. Le ministre qui prétend tout savoir continuera-t-il de cacher les données dont il dispose?

Le ministre qui prétend tout savoir continuera-t-il de cacher les données dont il dispose?

Le ministre sait qu'il n'a pas une bonne main et qu'il ne lui reste plus que le bluff. Il tente donc, tout comme le président du syndicat des médecins de famille, de semer le doute sur les conclusions des chercheurs en y allant d'affirmations non appuyées et donc difficilement réfutables.

Le ministre sait qu'il a été largué par son premier ministre et que son règne achève. Mais, sait-il que son passage à la tête du MSSS aura laissé des traces aussi profondes que son passage à la tête de la FMSQ et que dans les deux cas il aura largement contribué à remplir les goussets de ses collègues avec la complicité des Drs Couillard et Iglesias? Un trio infernal vous dites!

Ce texte est cosigné parJacques Piché, retraité du MSSS, professionnel expert, responsable des études sur la main-d'œuvre médicale.

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