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19/04/2015 08:23 EDT | Actualisé 19/06/2015 05:12 EDT

Toutes les vagues de l'océan de Victor del Árbol; polar historique!

Toutes les vagues de l'océan est une claque au visage de l'idéalisme aveugle et pose un regard suspicieux et lucide sur le vingtième siècle.

Une fresque historique enlevante. C'est à cela que nous convie l'auteur espagnol Victor del Árbol avec son troisième polar, Toutes les vagues de l'océan. Cette virée à travers le siècle dernier nous mène de Moscou à Barcelone, de Staline à l'après-Franco. L'enfer déchaîné dans l'URSS de 1933 engendre des conséquences qui perdurent encore dans la Catalogne d'aujourd'hui.

Barcelone 2002. Avocat très peu motivé par sa profession, Gonzalo Gil apprend que sa sœur se serait suicidée après avoir torturé à mort un criminel russe soupçonné d'avoir tué son enfant. Gonzalo ne peut y croire et abandonne presque tout dans l'espoir de réhabiliter sa mémoire. C'est l'occasion de découvrir toutes les cachotteries que sa famille a enfouies depuis si longtemps, de dévoiler des secrets qui remontent à son père, l'héroïque Elías Gil qui s'est battu contre la dictature franquiste.

La construction du récit entremêle avec justesse plusieurs époques situées entre 1933 et 2002. Il ne faut pas y voir une déconstruction littéraire. Le roman suit un fil presque linéaire et les événements du présent trouvent presque toujours leurs explications dans le passé. L'intrigue de départ s'épaissit à mesure que les événements mondiaux prennent de l'ampleur. Les personnages deviennent alors plus grands que nature et se débattent courageusement devant les catastrophes du siècle dernier. Tout y passe : les purges, la guerre, la dictature. La misère humaine dans toute sa splendeur. La confrontation entre les forces du bien et les forces du mal est omniprésente, sauf qu'ici, sait-on vraiment qui représente qui? Les protagonistes de del Árbol sont à la fois des héros et des monstres et ils s'accrochent à leurs vies comme des naufragés en plein chaos.

Le roman de Victor del Árbol est sublime et déroutant. Cette saga familiale prend sa source dans l'esprit du temps de 1933. Une vision idéaliste du concept du communisme pousse quelques jeunes gens à se sublimer pour aider le géant russe à devenir une puissance mondiale. Ils n'ont alors aucune idée des tiraillements internes, entre Staline et Trotsky, par exemple, et se font rapidement arrêter par la police politique (NKVD) puis déporter vers Nazino, l'île des cannibales, en Sibérie, ce qui donne des scènes d'une atrocité angoissante, parce que bien que nous soyons dans une œuvre de fiction, les faits rapportés sont réels. L'idéaliste Elías sombre alors corps et biens. Lorsqu'il refait surface quelques mois plus tard, il ne sera plus le même. Toute sa vie et celles de ses descendants seront assombries par des événements ignobles qu'on ne pourrait associer à un caprice de l'histoire.

Toutes les vagues de l'océan est une claque au visage de l'idéalisme aveugle et pose un regard suspicieux et lucide sur le vingtième siècle. L'Occident s'est tenu bien loin des histoires de goulag, du Guépéou, des dictatures et de l'intégrisme. Victor del Árbol vient rappeler avec ce roman au souffle épique que ces dangers sont t6oujours à nos frontières, sous un autre visage, certes, mais c'est la même grimace.

Il y a toujours une première goutte pour faire naître une cascade qui déferle avec furie, accablement et violence puis, suite au déchaînement, vient l'apaisement. Merci, Victor!

Victor del Árbol, Toutes les vagues de l'océan, Éditions Actes sud/actes noirs. Traduit de l'espagnol par Claude Bleton (Un millón de gotas, 2014). Février 2015. 596 pages.

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