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21/12/2015 04:30 EST | Actualisé 20/12/2016 05:12 EST

«Quand j'étais Théodore Seaborn» de Martin Michaud: roman à l'emporte-pièce!

Avec Quand j'étais Theodore Seaborn, Martin Michaud livre un roman spectacle qui ne parvient malheureusement pas à occulter ses nombreuses invraisemblances.

Le nouveau Martin Michaud est arrivé. Quand j'étais Théodore Seaborn entremêle le suspense à l'espionnage et vous invite à jouer le jeu de l'aventure! Si vous n'acceptez pas d'emblée que tout ce que l'auteur québécois raconte est plausible, il y a de fortes probabilités que vous ne jouerez pas longtemps.

Théodore Seaborn, un jeune publicitaire montréalais dépressif et sans emploi, croise son sosie au détour d'une rue : un double qu'il décide de suivre avec obsession, convaincu que l'inconnu appartient à une cellule terroriste et qu'il prépare un attentat. Lorsqu'il se retrouve enfin face à lui, un accident malencontreux le force à prendre sa place. Il va ainsi voyager de Montréal à Raqqa et se retrouver au milieu des djihadistes où il apprend qu'il devra créer une arme pour les terroristes.

Le récit se lit comme on boit du petit lait. On retrouve, intacte, la touche qui a fait le succès de l'auteur québécois : une narration vive et pétillante, ainsi que de l'action et des retournements de situation à tous les chapitres. Cependant, l'intrigue semble forcée et devient par le fait même incroyable.

Le personnage de Seaborn est peu développé et va demeurer flou tout le long de l'intrigue. Les lignes de cocaïne qu'il s'enfile se transforment en poudre aux yeux des lecteurs.

Le roman exploite la thématique des apparences. Toute la vie de Théodore Seaborn semble construite sur des faux-semblants. Footballeur raté, publiciste congédié, mari trompé, père inconsistant et spectateur des reprises télévisées de la Commission Charbonneau, il semble inapte à s'engager dans la vie.

Dans sa jeunesse au Liban, Théodore a cru à l'apparente mort tragique de sa demi-sœur. C'est pourtant celle-ci qui viendra le sauver des griffes de Daech. Une résurrection qui tombe à point. La thématique des apparences se prolonge avec la ressemblance frappante entre le professeur Atallah et Théodore Seaborn. La structure même du roman participe des apparences en hésitant entre le thriller et le roman d'espionnage.

Seaborn vit à côté de ses souliers, dépressif et rasséréné par des idées reçues. Le périple qui l'emporte dans le fief de L'EI devient un tremplin vers lui-même. Un voyage initiatique qui permet à ce vacillant personnage de se replomber un peu. On peut aussi y déceler une forme allégorique alors que l'Occidental Seaborn retrouve en Orient une partie de sa vie, une reconquête qui le mène vers la promesse d'une ère nouvelle.

Avec Quand j'étais Theodore Seaborn, Martin Michaud livre un roman spectacle qui ne parvient malheureusement pas à occulter ses nombreuses invraisemblances.

Martin Michaud, Quand j'étais Théodore Seaborn, Éditions Goélette. Novembre 2015. 416 pages.

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