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06/11/2013 11:11 EST | Actualisé 06/01/2014 05:12 EST

<em>Première station avant l'abattoir</em> de Romain Slocombe: espions en vrac!

Pour varier les plaisirs, pourquoi pas un peu d'espionnage... Romain Slocombe est issu de la bande dessinée. Un domaine où seules les scènes importantes sont imagées et l'ambiance souvent rendue avec doigté et précision. Cette expérience vient merveilleusement servir la narration dans son nouveau polar, Première station avant l'abattoir. Il parvient avec un art consommé à saisir l'époque et à nous la rendre avec justesse. Une petite mécanique bien huilée qui nous transporte entre deux guerres...

Le journaliste Britannique Ralph Exeter est un espion à la solde des Bolcheviks. Lors de la conférence économique de Gênes, il reçoit le mandat de démasquer une taupe qui cherche à déstabiliser le nouveau pouvoir russe. Deux meurtres viennent contrarier ses plans: celui d'un agent du deuxième bureau français, assassiné dans un train, puis le décès d'un officier du Guépéou. Ces morts violentes lui sont imputées. Exeter, communiste pur et dur, mais espion plutôt timide, devra chercher la protection de Benito Mussolini pour sortir vivant d'Italie.

style="float: Avec Première station avant l'abattoir, Romain Slocombe nous présente une génération tout juste sortie des tranchées de la Grande Guerre, des survivants ayant vu et senti la mort de proche et qui n'ont d'autres avenirs que l'immédiat. Le futur, c'est déjà aujourd'hui; le temps s'est contracté et les besoins sont à combler sur-le-champ. Tout le monde est espion à la solde de qui le veut, sans grands principes, ni moralité. Les alliances vont et viennent, aléatoires. L'ennemi d'hier est l'ami de demain. Le mensonge et la dissimulation sont érigés en système. Parce qu'il n'y a pas d'avenir, la loyauté devient une valeur utopique.

L'ambiance de fête, d'étourdissement et de plaisirs instantanés que trouvait Exeter et ses semblables dans le Gai Paris ne résiste pas devant la politique d'après-guerre que mènent vainqueurs et vaincus. La route qui mène à la première station avant l'abattoir est toute tracée et aboutira sur une Deuxième Guerre mondiale et toutes les horreurs qui vont la précéder...

Le personnage central de Ralph Exeter est un dandy, coureur de jupons, un peu espion. En route vers l'Italie, il est démasqué par un agent français et sauvé par un écrivain américain (Ernest Hemingway, aisément reconnaissable). Il rencontre les Soviétiques qui le mettent à mal. À force de côtoyer ces espions, amateurs comme professionnels, Exeter tombe, victime d'une machination qui va l'envoyer dans une geôle surveillée par le Guépéou. Il réalise alors que dans le confort d'un bistrot parisien, il est facile d'être communiste et de fomenter des complots. Confronté aux révolutionnaires, face au pouvoir, la mort prend réalité. Le bolchevisme de salon devient risible. La conférence de Gênes est devenue un voyage initiatique et culturel qui va changer sa perception du monde. La brutalité crue des révolutionnaires a chassé le romantisme.

Mélangeant habilement héros fictifs et personnages réels, entre conspirations bourgeoises anti Soviétiques et théorie du complot, Première station avant l'abattoir est un polar d'espionnage somptueux et touffu qui pourrait s'avérer complexe aux yeux des lecteurs les moindrement lunatiques.

Fascistes, communistes, journalistes, c'est le grand bal des dupes et des espions en vrac. La maladie mentale et la paranoïa connaissent des moments glorieux! Les dadaïstes n'avaient pas tort; j'hurle!

Romain Slocombe, Première station avant l'abattoir, Éditions Seuil policiers. Octobre 2013. 392 pages.

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